L’Asie centrale change d’échelle sur le front touristique. En 2025, la région a enregistré une progression spectaculaire de l’activité liée aux voyages et au tourisme, portée par les dépenses des visiteurs internationaux, la mobilité régionale et la montée en puissance de destinations comme le Kazakhstan et l’Ouzbékistan. Les chiffres du World Travel & Tourism Council dessinent désormais un marché touristique en pleine accélération.
L’Asie centrale affiche une croissance touristique hors norme
Le signal est particulièrement net dans les données économiques. En 2025, le voyage et le tourisme ont généré 20,1 milliards de dollars, soit environ 17,4 milliards d’euros, dans les économies d’Asie centrale. Selon le World Travel & Tourism Council, cette contribution a progressé de 17,7% sur un an, tandis que l’économie régionale dans son ensemble avançait de 7,6%. Le tourisme a ainsi gagné du terrain beaucoup plus rapidement que l’activité économique globale. Le WTTC présente désormais l’Asie centrale comme la région touristique affichant la croissance la plus rapide au monde en 2025.
Cette performance ne se limite pas à un effet de rattrapage. Par rapport à 2019, année de référence avant la crise sanitaire, la contribution économique du secteur est supérieure de 27,1 %. Sa part dans l’économie régionale atteint désormais 4,3 %, contre 4,5 % en 2019, ce qui traduit surtout la croissance simultanée du reste de l’économie. Le WTTC anticipe encore une progression à moyen terme : la contribution du tourisme pourrait atteindre 29,7 milliards de dollars, soit environ 25,7 milliards d’euros, en 2036. Sur la période 2026-2036, le secteur devrait enregistrer une croissance annuelle moyenne de 3,2 %.
Le marché de l’emploi confirme cette accélération. En 2025, le voyage et le tourisme représentaient environ 1,7 million d’emplois en Asie centrale, soit 5,8% de l’emploi total régional. Leur nombre a progressé de 9,5% en un an et de 5,4% depuis 2019. Le WTTC prévoit 2,2 millions d’emplois dans le secteur en 2036, soit environ 400.000 postes supplémentaires sur la décennie.
La dynamique est donc double. Le tourisme génère davantage de revenus, mais il devient aussi un employeur plus important. Cette évolution contribue à expliquer pourquoi les gouvernements d’Asie centrale cherchent désormais à dépasser une logique de destinations nationales concurrentes pour construire une véritable offre touristique régionale.
Tourisme : les voyageurs internationaux accélèrent la croissance
Le moteur le plus puissant de cette progression se trouve dans les dépenses des visiteurs étrangers. En 2025, ceux-ci ont dépensé 9,9 milliards de dollars en Asie centrale, soit environ 8,6 milliards d’euros. Le montant a bondi de 26,4% en un an et dépasse de 33,8 % son niveau de 2019. Les dépenses des visiteurs domestiques ont également progressé, mais à un rythme nettement plus modéré : elles atteignent 5,5 milliards de dollars, environ 4,8 milliards d’euros, en hausse de 7,9% sur un an.
Cette différence montre que l’ouverture internationale constitue actuellement l’un des principaux leviers de croissance du tourisme régional. Les visiteurs étrangers représentent environ 64,3% des dépenses touristiques en 2025, contre 35,7% pour les voyageurs domestiques. La progression est d’autant plus significative que les dépenses internationales dépassent déjà largement leur niveau d’avant-crise. Le WTTC estime qu’elles pourraient atteindre 12,9 milliards de dollars, soit environ 11,2 milliards d’euros, en 2036.
La composition des voyages apporte un autre enseignement. Les loisirs dominent très largement l’activité : ils représentent 84,5% des dépenses touristiques régionales en 2025. Les voyages d’affaires ne pèsent que 15,5%. Le marché est donc principalement alimenté par une demande de découverte, de vacances et d’expériences touristiques, plutôt que par les déplacements professionnels.
Mais l’Asie centrale ne dépend pas encore massivement de touristes venus de destinations lointaines. Les flux restent très largement régionaux. Le Kazakhstan fournit 29% des arrivées internationales, l’Ouzbékistan 22%, la Russie 20% et le Kirghizistan 19%. À eux quatre, ces marchés représentent 90 % des arrivées recensées dans le périmètre étudié par le WTTC. La Chine ne représente que 2%.
Cette géographie est importante pour comprendre la rapidité de la croissance. Les cinq pays d’Asie centrale disposent d’un réservoir de clientèle relativement proche, auquel s’ajoutent les marchés russe et chinois. Les distances sont plus courtes, les déplacements peuvent être combinés et les circuits transfrontaliers présentent un potentiel considérable.

Une région qui cherche à transformer ses flux en destination commune
La progression du tourisme intervient parallèlement à une volonté politique de mieux intégrer les destinations. L’Ouzbékistan a ainsi proposé en 2026 de renforcer l’initiative du « Cercle touristique d’Asie centrale », avec l’objectif de faciliter les itinéraires transfrontaliers, de développer des circuits combinés et de coordonner davantage les événements touristiques. La proposition intervient alors que les flux entre pays voisins constituent déjà une part majeure du marché régional.
Le projet répond à une logique simple : au lieu de vendre séparément cinq destinations, les pays d’Asie centrale peuvent proposer aux visiteurs un parcours reliant plusieurs territoires. Cette approche permettrait de prolonger la durée des séjours et de répartir davantage les dépenses touristiques entre plusieurs villes et sites. Elle pourrait aussi donner davantage de visibilité à des destinations encore moins connues du grand public international.
La question des frontières est centrale. Le Kirghizistan a relancé l’idée d’un visa touristique commun à plusieurs pays d’Asie centrale, avec le soutien du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan. Le projet doit encore faire l’objet de discussions entre les administrations concernées et ses modalités concrètes restent à déterminer. Il s’inscrit néanmoins dans la même tendance : faciliter la circulation des visiteurs pour transformer la région en un espace touristique plus cohérent.
Cette stratégie arrive alors que plusieurs marchés enregistrent leurs propres records. L’Ouzbékistan constitue l’un des exemples les plus marquants. Selon Dunyo, le pays a accueilli 11,7 millions de touristes étrangers en 2025, soit une progression de 46,8% en un an. Les recettes d’exportation de services touristiques y ont atteint 4,8 milliards de dollars, soit environ 4,2 milliards d’euros.
Le Kazakhstan joue, lui aussi, un rôle central dans la dynamique régionale. D’après les données du WTTC, il représente la première source d’arrivées touristiques dans l’ensemble régional, avec 29% des flux entrants. Sa position géographique, ses infrastructures aériennes et ferroviaires et le développement de destinations urbaines et naturelles contribuent à renforcer son rôle de porte d’entrée vers l’Asie centrale.
Le sens des déplacements régionaux est toutefois différent selon les marchés. Pour les départs touristiques depuis l’Asie centrale, l’Ouzbékistan constitue la première destination avec 25% des flux, devant le Kazakhstan avec 23% et le Kirghizistan avec 18%. La Russie représente 16% et la Turquie 6%.

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La croissance du tourisme pose aussi un défi environnemental
La spectaculaire progression économique du tourisme régional ne doit cependant pas masquer son empreinte environnementale. Les données du WTTC montrent que la part du voyage et du tourisme dans les émissions de gaz à effet de serre de l’Asie centrale est passée de 3,2% en 2019 à 3,6% en 2024. Le développement du secteur s’accompagne donc d’une pression climatique qui devra être prise en compte à mesure que les flux augmentent.
Le principal point de vigilance concerne le mix énergétique. En 2024, les combustibles fossiles représentaient 94,8% de l’énergie associée au voyage et au tourisme dans la région. Les sources bas carbone, qui regroupent le nucléaire et les énergies renouvelables, ne comptaient que pour 4,9%, tandis que les biocarburants et les déchets représentaient 0,3%.L’enjeu dépasse donc la seule fréquentation des hôtels ou des sites touristiques. La croissance du secteur suppose davantage de transports, d’hébergement, d’énergie, de restauration et d’infrastructures. Or une partie importante de cette chaîne reste alimentée par des sources fossiles. À mesure que l’Asie centrale cherche à attirer davantage de visiteurs internationaux, la question de l’efficacité énergétique des bâtiments, des transports collectifs, des réseaux ferroviaires et des infrastructures touristiques prendra mécaniquement plus d’importance.

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Le tourisme possède néanmoins aussi une dimension sociale significative. En 2024, les femmes représentaient 40,9% de l’emploi direct du secteur en Asie centrale. Les jeunes de 19 à 24 ans en représentaient 15,1%, tandis que les emplois à hauts salaires comptaient pour 33,4%. Le secteur constitue ainsi un débouché important pour plusieurs catégories de travailleurs, notamment dans des économies où le développement des services est devenu une priorité.
Les recettes fiscales constituent un autre effet économique mesurable. En 2024, les activités liées au voyage et au tourisme ont généré environ 4 milliards de dollars de recettes fiscales, soit près de 3,5 milliards d’euros, représentant 3,9% des recettes publiques. Cette contribution inclut notamment les impôts sur les entreprises, les prélèvements sur le travail et les taxes à la consommation, mais pas les taxes spécifiquement touristiques.
Pour l’Asie centrale, le défi consiste désormais à convertir une croissance exceptionnellement rapide en marché touristique durable. Les chiffres de 2025 montrent que la demande existe déjà, que les flux régionaux sont puissants et que les dépenses internationales progressent rapidement. Les prochaines étapes portent donc moins sur la création d’un marché que sur sa structuration : connecter davantage les destinations, simplifier les déplacements transfrontaliers, augmenter la capacité d’accueil et accompagner l’expansion du tourisme par des infrastructures moins dépendantes des énergies fossiles.
