Le Kazakhstan a organisé dans la capitale, Astana, la première démonstration officielle d’un taxi volant de type eVTOL. Cet essai, réalisé dans un cadre strictement expérimental, illustre les ambitions du pays de se positionner parmi les pionniers régionaux des nouvelles mobilités aériennes.
Le taxi volant eVTOL au cœur de la stratégie de mobilité urbaine d’Astana
Astana est entrée dans une nouvelle phase de son développement technologique avec la démonstration officielle du premier taxi volant testé au Kazakhstan. Organisé sur l’hippodrome Kazanat à l’occasion des Games of the Future 2026, cet essai constitue une étape importante pour le projet national de mobilité aérienne urbaine, ou Urban Air Mobility (UAM). Selon le ministère kazakhstanais du Développement numérique, de l’Innovation et de l’Industrie aérospatiale, cette démonstration ne représente pas un événement isolé, mais s’inscrit dans une stratégie de long terme visant à préparer l’arrivée de nouveaux moyens de transport aériens dans le pays.
Les autorités kazakhstanaises précisent que ce vol de démonstration s’est déroulé sans passager, conformément aux protocoles de sécurité applicables aux essais. L’objectif consistait avant tout à valider le comportement de l’appareil dans des conditions opérationnelles réelles et à poursuivre le développement du cadre réglementaire indispensable à l’introduction de cette nouvelle catégorie d’aéronefs.
L’appareil présenté lors de cette démonstration est un AutoFlight Prosperity, développé par le constructeur chinois AutoFlight en coopération avec la société kazakhe Alatau Advance Air Group (AAAG). Il appartient à la famille des eVTOL, acronyme de electric Vertical Take-Off and Landing, qui désigne des aéronefs électriques capables de décoller et d’atterrir verticalement sans nécessiter de piste conventionnelle.

© Министерство транспорта Республики Казахстан
Cette technologie combine les avantages de l’hélicoptère lors des phases de décollage et d’atterrissage avec les performances aérodynamiques d’un avion pendant le vol de croisière. Grâce à cette architecture hybride, les eVTOL sont considérés comme l’une des solutions les plus prometteuses pour désengorger les grandes métropoles, raccourcir les temps de trajet et réduire les émissions locales de CO₂ liées aux transports urbains.
Le modèle présenté à Astana dispose d’une configuration particulièrement ambitieuse. Selon les caractéristiques communiquées par les autorités kazakhes, il peut accueillir un pilote et jusqu’à cinq passagers. Sa vitesse maximale atteint 200 km/h, tandis que son autonomie annoncée s’élève à environ 200 kilomètres. La propulsion repose sur treize moteurs électriques répartis sur la cellule afin d’assurer une meilleure stabilité ainsi qu’une redondance accrue des systèmes de sécurité.
Au-delà de ses performances, cette démonstration revêt une forte dimension stratégique. « Cette démonstration ne constitue pas un événement isolé mais fait partie d’un effort systématique visant à introduire la mobilité aérienne urbaine au Kazakhstan », a expliqué Sergey Khegay, vice-président d’Alatau Advance Air Group, selon le communiqué officiel du ministère kazakh du Développement numérique. Cette déclaration illustre la volonté des autorités de bâtir progressivement tout un écosystème industriel autour des aéronefs électriques.
Taxi volant, eVTOL et mobilité urbaine : une technologie en plein essor
Si le concept de taxi volant nourrit depuis plusieurs décennies l’imaginaire collectif, les progrès réalisés dans les batteries électriques, les systèmes de contrôle de vol automatisés et les matériaux composites permettent désormais d’envisager une exploitation commerciale à moyen terme.
Les eVTOL se distinguent des hélicoptères traditionnels par leur propulsion entièrement électrique. Plusieurs moteurs indépendants remplacent le rotor principal unique, ce qui améliore la redondance mécanique tout en réduisant considérablement le bruit. Cette architecture simplifie également la maintenance et ouvre la voie à une exploitation plus économique sur des liaisons courtes reliant les centres-villes aux aéroports, aux quartiers d’affaires ou encore aux zones périurbaines.

© Министерство транспорта Республики Казахстан
Selon plusieurs acteurs industriels spécialisés dans ce secteur, les futurs appareils pourraient assurer une partie des déplacements quotidiens dans les grandes agglomérations tout en remplissant des missions plus spécifiques. Les services médicaux d’urgence, les opérations de secours, le transport rapide de marchandises sensibles ou encore certaines missions de sécurité civile figurent parmi les applications les plus souvent évoquées.
Le Kazakhstan entend précisément explorer l’ensemble de ces usages. Les autorités considèrent que le développement de la mobilité aérienne urbaine ne se limite pas à l’acquisition d’appareils. Il suppose également la création d’un cadre réglementaire adapté, la certification des aéronefs, la formation des équipages, la mise en place de systèmes de gestion du trafic aérien dédiés ainsi que la construction de futurs vertiports capables d’accueillir ces nouveaux véhicules aériens.
Le Kazakhstan veut construire tout un écosystème autour du taxi volant et des eVTOL
Le projet dépasse donc largement la simple démonstration technologique organisée à Astana. Les autorités souhaitent créer un véritable écosystème national consacré à la mobilité aérienne urbaine. Celui-ci doit réunir industriels, autorités de l’aviation civile, centres de recherche, entreprises spécialisées dans les infrastructures et partenaires internationaux afin d’accompagner l’arrivée progressive des eVTOL sur le marché kazakhstanais.
Cette approche repose également sur des coopérations industrielles. L’AutoFlight Prosperity utilisé lors de la démonstration est le fruit d’un partenariat entre le constructeur chinois AutoFlight et la société kazakhe Alatau Advance Air Group. Pour Kellen Xie, dirigeant d’AutoFlight, la technologie développée par son entreprise est appelée à transformer de nombreux secteurs. Selon le communiqué officiel du ministère kazakh du Développement numérique, il estime que les grands appareils eVTOL pourront répondre à des besoins variés, qu’il s’agisse du transport de passagers, de la logistique ou encore des services d’urgence.
Le choix d’un appareil électrique n’est pas anodin. Contrairement aux aéronefs conventionnels, les eVTOL produisent peu de bruit et n’émettent pas directement de gaz d’échappement pendant leur utilisation. Ces caractéristiques expliquent l’intérêt croissant qu’ils suscitent auprès des grandes métropoles confrontées à la congestion routière et à la nécessité de réduire leur empreinte environnementale. Elles ne dispensent toutefois pas les exploitants de relever plusieurs défis, notamment en matière d’autonomie des batteries, de certification, de cybersécurité, de gestion du trafic aérien à basse altitude et d’acceptabilité par le grand public.
La démonstration organisée à Astana constitue donc davantage un point de départ qu’un aboutissement. Avant une éventuelle mise en service commerciale, plusieurs étapes restent à franchir. Les autorités devront poursuivre les essais opérationnels, définir les règles d’exploitation de ces nouveaux aéronefs, aménager des infrastructures adaptées et intégrer progressivement ces appareils au système de navigation aérienne existant. Le ministère des Transports rappelle d’ailleurs que le vol du 24 juillet a été réalisé sans passager, conformément aux exigences de sécurité applicables à cette phase expérimentale.
Malgré ces contraintes, le Kazakhstan affiche clairement son ambition de devenir l’un des pionniers de la mobilité aérienne urbaine en Asie centrale. En accueillant cette première démonstration officielle d’un taxi volant de type eVTOL, le pays envoie un signal fort aux industriels du secteur et affirme sa volonté d’accompagner l’émergence des nouvelles technologies aéronautiques. Si les expérimentations se poursuivent avec succès et que le cadre réglementaire évolue au même rythme que les innovations techniques, ces appareils pourraient à terme compléter les réseaux de transport existants et ouvrir une nouvelle page de l’aviation civile dans la région.
