Près de 1.500 Ouzbeks ont découvert au premier semestre 2026 qu’ils étaient officiellement déclarés en emploi sans jamais avoir travaillé pour les entreprises concernées. Cette affaire, qui met en lumière des pratiques frauduleuses, a conduit les autorités à sanctionner des dizaines d’employeurs et à renforcer la lutte contre les embauches fictives.
Une vague de découvertes qui révèle un vaste problème d’emploi en Ouzbékistan
Au cours du premier semestre 2026, les autorités ouzbèkes ont enregistré un phénomène aussi inhabituel qu’inquiétant. Au total, 1.495 personnes ont contacté l’Inspection nationale du travail après avoir découvert qu’elles figuraient officiellement comme salariées d’entreprises où elles n’avaient pourtant jamais exercé la moindre activité. Selon les informations communiquées par l’Inspection nationale du travail, ces personnes ignoraient totalement que leur identité avait été utilisée pour créer une relation de travail fictive.
Les investigations menées à la suite de ces signalements ont rapidement confirmé que le phénomène ne relevait pas d’erreurs administratives isolées. Les contrôles ont établi que de nombreuses entreprises avaient enregistré des salariés sans leur accord, en utilisant leurs données personnelles. Les autorités ont ainsi engagé des procédures administratives et pénales contre les responsables de 143 entreprises et organisations toujours en activité. Parallèlement, 56 autres sociétés ont reçu des injonctions écrites leur imposant de mettre immédiatement fin aux irrégularités constatées.
L’enquête a également montré que certains des employeurs mentionnés dans les plaintes avaient déjà cessé leurs activités. Dans ces situations, les inspecteurs ont procédé à la suppression manuelle des informations erronées enregistrées dans le Système national unifié du travail. Ces corrections concernent principalement des inscriptions réalisées entre 2020 et 2025, permettant ainsi de rétablir les droits professionnels des personnes concernées.
Emploi, embauche et aides sociales : l’histoire d’une femme devenue symbole
Si les statistiques illustrent l’ampleur du phénomène, un cas particulier a profondément marqué l’opinion publique ouzbèke. Quelques jours avant la publication du bilan officiel, plusieurs médias avaient révélé l’histoire d’une habitante de la région d’Andijan, atteinte d’un handicap de premier groupe et élevant seule sa fille mineure.
Cette femme a découvert qu’elle apparaissait officiellement comme employée dans un atelier de confection alors qu’elle n’y avait jamais travaillé. Son identité avait été utilisée sans son autorisation afin de créer un contrat de travail fictif. Cette fausse embauche a eu des conséquences particulièrement lourdes : considérée comme disposant désormais d’un emploi, elle a été radiée du registre des familles à faibles revenus et a perdu les aides sociales auxquelles elle pouvait prétendre.
Cette affaire a suscité une vive émotion en Ouzbékistan. Des économistes, des spécialistes du droit du travail et plusieurs observateurs ont dénoncé une utilisation illégale des données personnelles de citoyens vulnérables afin d’améliorer artificiellement les statistiques de l’emploi ou de répondre à certains objectifs administratifs. L’affaire a rapidement dépassé le simple cadre individuel pour devenir un symbole des dérives possibles liées aux enregistrements frauduleux de contrats de travail.
Face à cette mobilisation, le ministère de l’Emploi et de la Réduction de la pauvreté a intensifié les vérifications réalisées par l’Inspection nationale du travail. Chaque signalement fait désormais l’objet d’un examen individuel conformément à la législation en vigueur, avant que les autorités décident des suites administratives ou judiciaires à engager contre les employeurs concernés.
Contrôles renforcés et nouveaux outils pour empêcher l’emploi fictif en Ouzbékistan
Pour éviter que de nouveaux cas similaires apparaissent, les autorités ouzbèkes misent désormais sur un contrôle plus étroit des données liées à l’emploi. L’Inspection nationale du travail rappelle que chaque citoyen peut vérifier les informations enregistrées à son nom dans les systèmes officiels et signaler toute anomalie détectée. Les personnes qui découvrent une embauche réalisée sans leur accord peuvent transmettre leur plainte via le numéro court 1176 ou par l’intermédiaire du bot Telegram officiel de l’administration compétente.
Cette évolution traduit une volonté de renforcer la transparence du marché du travail. Jusqu’à présent, certains citoyens ne découvraient l’existence d’un contrat fictif qu’à l’occasion d’une demande d’aide sociale, d’une démarche administrative ou d’une vérification de leur historique professionnel. Désormais, les autorités encouragent une surveillance régulière des informations personnelles liées à l’emploi afin de détecter rapidement les irrégularités.
Le phénomène pose également la question de la fiabilité des données utilisées pour mesurer l’activité économique et sociale du pays. Un emploi enregistré officiellement peut influencer plusieurs indicateurs : situation professionnelle, accès à certaines prestations publiques, calcul des périodes d’activité ou encore évaluation des besoins sociaux d’une population. Lorsqu’une embauche est fictive, ces informations peuvent produire une image déformée de la réalité du marché du travail.
Dans ce contexte, les autorités cherchent à responsabiliser davantage les employeurs. Les sanctions engagées contre les dirigeants de 143 entreprises montrent que les pratiques consistant à enregistrer des salariés sans leur consentement sont désormais considérées comme une infraction grave. Les entreprises qui ne corrigent pas leurs déclarations peuvent faire face à des procédures administratives, voire pénales, selon la nature des violations constatées.
Ouzbékistan : l’embauche fictive au cœur d’un chantier de protection des travailleurs
Cette affaire intervient alors que l’Ouzbékistan poursuit une transformation importante de son système de relations professionnelles. Le pays cherche depuis plusieurs années à moderniser son administration du travail, à formaliser davantage les emplois et à améliorer la protection juridique des salariés. Les autorités considèrent que la lutte contre les pratiques frauduleuses constitue une étape nécessaire pour renforcer la confiance entre travailleurs, entreprises et institutions publiques.
Une nouvelle étape a notamment été franchie avec l’adoption de la loi n° ZRU-1150 du 11 juin 2026, qui renforce certaines garanties liées aux droits des travailleurs et élargit les capacités de contrôle dans le domaine social et professionnel. Selon le texte publié par les sources juridiques ouzbèkes, cette réforme vise à améliorer les mécanismes de protection des citoyens et à consolider les outils permettant de faire respecter la législation du travail.
Le développement des services numériques joue également un rôle central dans cette stratégie. Grâce aux bases de données nationales liées à l’emploi, les autorités peuvent désormais comparer plus rapidement les informations déclarées par les entreprises avec les réclamations déposées par les citoyens. Cette numérisation facilite l’identification des incohérences et permet une intervention plus rapide des services de contrôle.
Cependant, l’affaire des près de 1.500 emplois fictifs rappelle que la modernisation administrative doit s’accompagner d’une vigilance constante. Les systèmes numériques peuvent améliorer la détection des anomalies, mais ils nécessitent aussi des mécanismes efficaces de protection des données personnelles et de contrôle des entreprises qui les utilisent.
Pour les citoyens concernés, l’enjeu dépasse la simple correction d’une erreur administrative. Une fausse embauche peut avoir des conséquences concrètes sur leur quotidien : perte d’un soutien social, difficultés lors de démarches officielles ou complications dans la constitution d’un parcours professionnel réel. C’est précisément pour éviter ces situations que les autorités encouragent désormais les habitants à vérifier leurs informations professionnelles et à signaler rapidement toute inscription suspecte.
