Ouzbékistan : une nouvelle salve de démarches administratives passe au numérique
Ouzbékistan : une nouvelle salve de démarches administratives passe au numérique

L’Ouzbékistan poursuit la modernisation de ses démarches administratives avec une nouvelle vague de services numériques qui seront progressivement déployés à partir de septembre et d’octobre 2026. Gestion des cartes bancaires, des numéros de téléphone, des biens immobiliers ou encore remboursements automatiques : les usagers disposeront bientôt de nouveaux outils destinés à simplifier leurs relations avec l’administration.

En Ouzbékistan, davantage de simplicité pour gérer cartes bancaires et lignes téléphoniques

L’Ouzbékistan accélère dans la transformation numérique de son administration. En application d’un décret présidentiel signé le 15 juillet 2026, plusieurs dizaines de nouvelles fonctionnalités seront intégrées au Portail unifié des services publics interactifs (EPIGU), connu sous l’adresse my.gov.uz. L’objectif est double : simplifier les démarches des particuliers et des entreprises tout en réduisant les formalités administratives qui subsistent malgré les progrès déjà réalisés.

Cette nouvelle série de mesures s’inscrit dans une stratégie de long terme visant à bâtir une administration largement dématérialisée. Le gouvernement entend poursuivre la numérisation des démarches en développant des services davantage automatisés, plus rapides et mieux intégrés entre les différentes administrations, tout en renforçant la sécurité des échanges et la protection des citoyens.

À partir du 1er octobre 2026, les citoyens pourront consulter directement sur l’EPIGU l’ensemble des numéros de téléphone enregistrés à leur nom. Cette nouveauté permettra notamment d’identifier d’éventuelles lignes oubliées ou utilisées à leur insu, tout en offrant une vision centralisée des abonnements téléphoniques associés à chaque utilisateur. La plateforme permettra également d’effectuer plusieurs opérations qui nécessitaient jusqu’à présent des démarches distinctes auprès des opérateurs. Les usagers pourront demander la suspension temporaire d’un numéro, le réactiver lorsque cela sera nécessaire ou encore résilier définitivement une ligne devenue inutile. Les informations relatives aux services payants souscrits sur chaque numéro seront également accessibles depuis le portail gouvernemental, ce qui facilitera le contrôle des abonnements et la détection d’éventuels prélèvements indésirables.

Les cartes bancaires bénéficieront elles aussi de nouvelles fonctionnalités. Chaque citoyen pourra visualiser les cartes ouvertes à son nom et transmettre directement, sous forme électronique, une demande de blocage ou de clôture à la banque émettrice. L’établissement bancaire restera chargé de l’exécution de l’opération, mais l’ensemble de la démarche pourra désormais être initié depuis une seule interface numérique.

Le calendrier de déploiement est déjà arrêté. Les règlements administratifs encadrant ces nouveaux services doivent être finalisés au mois d’août, tandis que les mesures techniques permettant leur mise en œuvre sont attendues en septembre afin de garantir une entrée en service au 1er octobre 2026.

Les démarches gagnent aussi en automatisation

Avant même cette échéance, une autre évolution importante interviendra dès le 1er septembre 2026 avec l’arrivée d’une carte bancaire virtuelle intégrée directement au portail des services publics. Reliée à la carte bancaire habituelle de l’utilisateur, elle permettra de régler en ligne les différentes prestations administratives sans multiplier les procédures de paiement.

Les autorités ont également prévu de supprimer plusieurs frais liés à cet outil numérique. L’ouverture de la carte virtuelle sera gratuite, tout comme son alimentation et le transfert du solde restant vers une autre carte appartenant au même titulaire. Cette mesure vise à favoriser son adoption par les usagers tout en simplifiant les paiements électroniques auprès des administrations.

L’automatisation concernera également les remboursements. Les sommes versées par erreur, les paiements correspondant à des prestations qui n’ont finalement pas été réalisées ou encore les services délivrés hors des délais réglementaires seront remboursés directement sur la carte virtuelle. Les citoyens n’auront plus à déposer une demande spécifique pour récupérer ces montants, ce qui devrait réduire sensiblement les délais de traitement et les échanges administratifs.

Cette logique d’automatisation s’inscrit dans une réforme beaucoup plus large engagée par le président Shavkat Mirziyoyev. En mai 2026, celui-ci avait validé un vaste programme destiné à réduire la bureaucratie dans les services publics. À cette date, l’Ouzbékistan proposait déjà 1.041 services publics, dont 80% étaient accessibles en ligne. Les autorités estiment néanmoins que de nombreuses procédures demeurent redondantes ou imposent encore des formalités inutiles aux citoyens.

D’ici à 2030, le gouvernement prévoit ainsi d’appliquer le principe de « zéro bureaucratie » à 783 services publics, de convertir 550 services supplémentaires au format numérique et de rendre 80 services proactifs ou composites. Les délais de traitement de 80 démarches devraient en moyenne passer de 13 à 6 jours, tandis que les frais administratifs seront réduits pour 25 catégories de services. Selon les estimations officielles, ces réformes permettraient aux habitants d’économiser chaque année jusqu’à 35 milliards de soums grâce à la diminution des déplacements vers les administrations, auxquels s’ajouteraient 851 milliards de soums économisés grâce à la baisse des redevances administratives.

L’Ouzbékistan étend les démarches numériques à l’immobilier et aux véhicules

La modernisation des démarches administratives ne se limite pas aux services bancaires ou aux télécommunications. À compter du 1er octobre 2026, les particuliers comme les entreprises pourront également gérer directement depuis l’EPIGU certaines opérations liées à leurs biens immobiliers et à leurs véhicules.

Ils auront notamment la possibilité d’instaurer ou de lever eux-mêmes une interdiction de vente, de mise en gage ou d’hypothèque concernant leurs biens. Jusqu’à présent, ces procédures impliquaient souvent plusieurs administrations et établissements financiers. Désormais, elles seront centralisées sur le portail gouvernemental. Pour les particuliers, l’opération nécessitera une authentification par reconnaissance faciale (Face ID), tandis que les personnes morales devront fournir une décision de leurs organes dirigeants revêtue d’une signature électronique.

L’une des évolutions les plus attendues concerne toutefois la suppression automatique des restrictions liées aux crédits. Le ministère de la Justice, la Banque centrale, le ministère de l’Intérieur et l’Agence cadastrale devront mettre en place, avant le 1er novembre 2026, un mécanisme permettant d’effacer ces limitations dès qu’un prêt aura été intégralement remboursé. Les propriétaires n’auront donc plus à entreprendre de démarches supplémentaires pour faire lever ces inscriptions.

Lorsque le contrat de gage ou d’hypothèque aura été authentifié par un notaire, la banque transmettra automatiquement les informations nécessaires au système électronique « Notarius » via la plateforme interbancaire. L’interdiction devra alors être levée dans un délai maximal d’un jour ouvrable. Dans les autres cas, l’inscription correspondante sera supprimée de manière proactive du registre des garanties, sans intervention de l’emprunteur.

Le décret introduit également plusieurs simplifications dans le domaine immobilier. À partir du 1er janvier 2027, les personnes enregistrant tardivement leurs droits de propriété ne feront plus l’objet d’une responsabilité administrative, mais devront acquitter des frais majorés dont le montant dépendra de la durée du retard. Les modalités de calcul de l’exonération fiscale applicable à la vente d’un logement hérité ou reçu en donation d’un proche sont également revues afin de prendre en compte la date d’enregistrement du droit de propriété du défunt ou du donateur.

Enfin, les citoyens pourront désormais enregistrer leur résidence dans un logement faisant l’objet d’une saisie ou d’une interdiction, sous réserve d’accepter par avance que cette inscription puisse être annulée à la demande du propriétaire, du créancier ou de l’autorité compétente. Là encore, les autorités cherchent à concilier simplification administrative et sécurité juridique.

La numérisation des démarches administratives s’inscrit dans une transformation profonde de l’administration ouzbèke

Au-delà de ces nouveaux services, le gouvernement poursuit une réforme beaucoup plus ambitieuse de son administration numérique. Quelques jours avant la publication du décret du 15 juillet, le président Shavkat Mirziyoyev avait examiné l’avancement d’une plateforme numérique unifiée destinée à connecter les administrations publiques. Cette infrastructure doit permettre de centraliser les données des organismes de l’État, de fluidifier les échanges d’informations et d’améliorer le pilotage des politiques publiques grâce à des outils d’analyse et d’intelligence artificielle.

Cette logique de décloisonnement devrait progressivement faire disparaître de nombreuses formalités imposées aux usagers. Lorsqu’une information sera modifiée dans un registre officiel, les administrations concernées pourront en être informées automatiquement par l’intermédiaire de la plateforme d’intégration de l’administration électronique. Les citoyens n’auront donc plus à transmettre plusieurs fois les mêmes documents ou à signaler eux-mêmes certains changements de situation.

Les utilisateurs de my.gov.uz recevront également des notifications en temps réel lorsqu’une modification concernera leurs principales données personnelles. Certaines pièces d’identité pourront même être rééditées automatiquement à partir des certificats officiels constatant un changement d’état civil, limitant ainsi les déplacements auprès des différents services administratifs.

Le gouvernement entend également renforcer la protection des usagers dans l’environnement numérique. À partir du 1er novembre 2026, les appels publicitaires et les SMS commerciaux ne pourront être adressés qu’avec l’accord préalable du destinataire. Leur envoi sera interdit entre 18 heures et 9 heures, tandis que les opérateurs devront proposer des outils permettant aux abonnés de bloquer facilement ces communications.

Ces différentes mesures s’inscrivent dans les objectifs fixés par le décret présidentiel PQ-257, qui prévoit la numérisation d’au moins 5.000 fonctions administratives d’ici à la fin de 2028 ainsi qu’une réduction de 30% des coûts de développement et d’exploitation des systèmes d’information publics. En multipliant les services accessibles à distance, en automatisant les procédures et en renforçant l’interconnexion des administrations, l’Ouzbékistan poursuit ainsi sa stratégie de modernisation de l’action publique tout en cherchant à réduire durablement le poids des formalités administratives pour les citoyens et les entreprises.

Illustration www.magnific.com.

Par Rodion Zolkin
Le 07/24/2026

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