Le premier Forum international de la civilisation islamique s’est ouvert en Ouzbékistan avec l’ambition de dépasser le cadre d’un simple colloque académique. Réunissant plusieurs centaines de spécialistes venus du monde entier, l’événement entend faire de l’héritage intellectuel islamique un levier de dialogue, de coopération scientifique et de réflexion sur les défis contemporains.
Un évènement de haut niveau qui rassemble différents acteurs
Le Forum international de la civilisation islamique a officiellement débuté le 7 juillet 2026 à Tachkent, avant de se poursuivre jusqu’au 11 juillet dans plusieurs villes emblématiques du pays, notamment Samarcande et Termez. Organisé par le Centre de la civilisation islamique d’Ouzbékistan, avec le soutien de partenaires internationaux parmi lesquels l’Organisation du monde islamique pour l’éducation, les sciences et la culture (ICESCO), ce rendez-vous réunit plus de 300 intervenants issus d’une quarantaine de pays. Son thème, « La voie de la paix, de la tolérance et de l’éducation », traduit la volonté des organisateurs de replacer l’héritage intellectuel du monde islamique au cœur des débats contemporains.
Au-delà de son importance diplomatique, ce Forum s’adresse aussi bien aux chercheurs qu’aux étudiants, aux responsables culturels, aux conservateurs de musées, aux spécialistes des manuscrits anciens, aux représentants des institutions religieuses et aux décideurs publics. Pendant cinq jours, conférences, tables rondes, visites scientifiques et rencontres internationales rythment un programme conçu pour faire dialoguer histoire, innovation et coopération académique.
Le Forum international de la civilisation islamique, une vitrine du patrimoine ouzbek
L’organisation de ce premier Forum constitue l’aboutissement de plusieurs années de préparation autour du Centre de la civilisation islamique, immense complexe culturel construit à Tachkent à l’initiative du président Shavkat Mirziyoyev. L’institution n’a pas été pensée comme un simple musée. Elle ambitionne de devenir un centre international de recherche, de conservation et de diffusion des connaissances consacrées à la civilisation islamique et à l’histoire intellectuelle de l’Asie centrale.
Dans son message adressé aux participants, le président ouzbek a qualifié cette rencontre d’« événement véritablement historique », estimant qu’elle marque une nouvelle étape dans la valorisation du patrimoine scientifique et culturel de la région. Selon lui, l’intérêt manifesté par des délégations venues de plusieurs continents témoigne de la place grandissante qu’occupe aujourd’hui l’Ouzbékistan dans les échanges universitaires consacrés à l’histoire de la civilisation islamique.

© I Международный форум исламской цивилизации
Le choix de Tachkent n’a rien d’anodin. Depuis plusieurs années, le pays multiplie les initiatives visant à restaurer les grands sites historiques, à numériser des milliers de manuscrits anciens et à développer la coopération avec les principales institutions culturelles internationales. Le Centre de la civilisation islamique constitue désormais le point de convergence de cette stratégie patrimoniale.
Son exposition permanente illustre cette ambition. Organisée selon la logique « Civilisations – Personnalités – Découvertes », elle retrace les grandes étapes de l’histoire intellectuelle de l’Asie centrale. Les visiteurs parcourent successivement les périodes préislamiques, les premiers siècles de l’islam, les deux grandes renaissances scientifiques de la région, avant d’aboutir à une section consacrée au « Nouvel Ouzbékistan ». L’ensemble associe objets archéologiques, manuscrits, installations numériques interactives et dispositifs audiovisuels destinés à rendre accessibles plusieurs siècles d’histoire.
Le Forum international de la civilisation islamique, un évènement tourné vers la recherche
Si le patrimoine constitue le fil conducteur du Forum, son contenu dépasse largement les questions muséales. Les organisateurs ont élaboré un programme destiné à favoriser les échanges entre disciplines et entre générations de chercheurs. Les conférences abordent aussi bien l’histoire des sciences que la théologie, la philosophie, la restauration des manuscrits, l’archéologie, les humanités numériques ou encore les nouvelles méthodes de conservation des collections.
Les participants sont invités à réfléchir à la manière dont les connaissances produites dans les grands centres intellectuels d’Asie centrale ont influencé le développement des mathématiques, de l’astronomie, de la médecine ou de la philosophie dans de nombreuses régions du monde. Plusieurs sessions sont consacrées aux figures majeures de cette histoire, parmi lesquelles l’imam Boukhari, l’imam Termizi, l’imam Maturidi, Al-Khwarizmi, Al-Farghani ou encore Avicenne, dont les travaux continuent d’alimenter la recherche internationale.

Le Forum met également l’accent sur les technologies contemporaines appliquées au patrimoine. Les spécialistes présentent des projets de numérisation de manuscrits, des outils d’intelligence artificielle destinés à faciliter leur étude, ainsi que de nouvelles méthodes de médiation culturelle utilisant des dispositifs interactifs. Le Centre prévoit notamment d’accueillir jusqu’à 500 visiteurs par heure grâce à des audioguides multilingues, des écrans tactiles et des parcours numériques développés spécialement pour le complexe.
Cette dimension technologique reflète l’évolution du projet porté par les autorités ouzbèkes. Le Conseil scientifique du Centre travaille depuis plusieurs mois à enrichir les contenus de l’exposition, à améliorer l’accessibilité des espaces et à développer des coopérations avec des universités, des bibliothèques et des musées étrangers. Plus de 800 projets scientifiques et d’innovation ont déjà été étudiés dans ce cadre, tandis que le programme national « Caravane des Lumières » a mobilisé plus d’un millier d’universitaires et près de deux mille chercheurs associés afin d’alimenter les futures activités scientifiques du Centre.
Le Forum international de la civilisation islamique, un rendez-vous ouvert au dialogue entre les cultures
L’une des principales ambitions du Forum consiste à créer un espace de dialogue durable entre les institutions scientifiques du monde islamique et leurs partenaires internationaux. Les organisateurs ont ainsi réuni des représentants d’universités, d’académies des sciences, de bibliothèques nationales, de musées, de centres de recherche et d’organisations internationales afin de favoriser de nouveaux projets communs.
Cette dimension internationale est illustrée par la présence de plus de 300 intervenants issus d’une quarantaine de pays. Plusieurs séances sont consacrées au partage d’expériences sur la conservation des manuscrits, la numérisation des collections patrimoniales, la recherche historique ou encore les politiques de valorisation des sites culturels. L’objectif est également de renforcer les échanges universitaires, de faciliter la circulation des chercheurs et d’encourager des programmes de recherche communs.

© I Международный форум исламской цивилизации
Au-delà des conférences, le Forum propose aux participants des visites du Centre de la civilisation islamique, de ses salles d’exposition et de ses espaces documentaires. Les délégations découvrent notamment la salle du Coran, organisée autour de l’un des plus anciens manuscrits coraniques conservés au monde, inscrit au registre « Mémoire du monde » de l’UNESCO, ainsi que les espaces consacrés aux grandes figures scientifiques et intellectuelles de l’Asie centrale.
Le programme prévoit également des déplacements à Samarcande et à Termez, deux villes majeures de l’histoire culturelle de la région. Ces étapes permettent aux invités d’approfondir leur connaissance du patrimoine architectural et spirituel ouzbek, tout en participant à des rencontres scientifiques consacrées aux écoles théologiques et aux grands savants qui ont marqué l’histoire de la civilisation islamique.
Le grand public n’est pas totalement absent de cette manifestation. Si de nombreuses sessions sont destinées aux spécialistes, le Centre prévoit également des expositions, des démonstrations numériques, des visites guidées, des projections audiovisuelles et des présentations interactives destinées à rendre accessibles au plus grand nombre plusieurs siècles d’histoire intellectuelle. Cette volonté de vulgarisation s’inscrit dans le projet global du Centre, qui entend faire dialoguer recherche académique, médiation culturelle et nouvelles technologies.

© I Международный форум исламской цивилизации
Le Forum international de la civilisation islamique, vitrine du rayonnement culturel de l’Ouzbékistan
Au-delà de son intérêt scientifique, ce premier Forum s’inscrit dans une stratégie plus large de diplomatie culturelle menée par l’Ouzbékistan depuis plusieurs années. Les autorités souhaitent renforcer la visibilité internationale du pays en mettant en avant son rôle historique dans le développement des sciences, de la philosophie, de la médecine, des mathématiques et de l’astronomie au sein de la civilisation islamique.
Le président Shavkat Mirziyoyev a souligné que la forte participation internationale témoignait de « l’intérêt croissant du monde pour la civilisation islamique et son héritage spirituel, scientifique et culturel ». Cette approche est partagée par les responsables religieux ouzbeks. Le grand mufti Cheikh Nouriddin Kholiknazar a rappelé que la civilisation islamique constituait « une source de savoir, de sagesse, de justice, de miséricorde et de tolérance », insistant sur la nécessité de transmettre cet héritage aux jeunes générations.
Les organisateurs voient également dans cette rencontre un point de départ plutôt qu’un événement isolé. Plusieurs projets de coopération scientifique, des publications communes et de futures expositions internationales doivent être annoncés à l’issue des travaux. Les autorités ouzbèkes envisagent aussi de présenter les résultats du Forum dans plusieurs grandes institutions internationales, notamment auprès des Nations unies et de l’UNESCO, afin de prolonger les échanges engagés à Tachkent.
Pour les visiteurs comme pour les chercheurs, le Forum offre ainsi une occasion rare de découvrir la richesse du patrimoine intellectuel de l’Asie centrale tout en participant à des débats sur les enjeux contemporains de la recherche, de l’éducation et du dialogue interculturel. L’événement illustre également l’ambition du Centre de la civilisation islamique de devenir, dans les années à venir, l’une des principales plateformes internationales consacrées à l’étude, à la conservation et à la diffusion de l’héritage scientifique et culturel du monde islamique.
