Fin juin 2025, la visite de Saïda Mirziyoyeva à Paris a confirmé la stratégie française de consolidation diplomatique en Asie centrale. Rencontres avec Emmanuel Macron et Jean-Noël Barrot, échanges commerciaux en hausse de 35% en cinq mois, partenariats institutionnels renforcés : la France affirme son positionnement face aux puissances rivales dans cette région stratégique.
La France affirme son engagement auprès de Tachkent
À la fin du mois de juin 2025, la visite à Paris de Saïda Mirziyoyeva, fille du président de l’Ouzbékistan et cheffe de son administration, n’était pas une simple mission diplomatique. Elle incarnait la stratégie française de consolidation de son influence en Asie centrale, une région où les puissances rivales se disputent l’accès aux ressources énergétiques et aux routes commerciales majeures. En recevant cette figure clé du pouvoir ouzbek, Emmanuel Macron et son ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot ont confirmé que Tachkent demeure un partenaire incontournable pour Paris dans cette zone d’importance croissante.
Le 30 juin 2025, Saïda Mirziyoyeva rencontrait Emmanuel Macron à l’Élysée, point d’orgue d’une visite soigneusement orchestrée. La veille, le ministre Jean-Noël Barrot l’avait reçue au Quai d’Orsay pour discuter des relations bilatérales et des projets franco-ouzbeks. Ces rendez-vous au plus haut niveau politique français traduisent une volonté claire : ancrer l’Ouzbékistan dans le réseau d’influence européen de la France, face à la présence massive de la Russie et de la Chine dans la région.

© Telegram @SShMirziyoyeva
L’Ouzbékistan, riche de 35 millions d’habitants et pivot géographique entre Asie et Europe, représente un atout géostratégique majeur. Sous la présidence de Shavkat Mirziyoyev, le pays a multiplié les ouvertures vers l’Occident depuis 2016. La présence de sa fille et conseillère influente à Paris témoigne de la priorité accordée au partenariat français, perçu comme un levier de diversification face aux puissances traditionnelles de la zone.
Énergie, transports et infrastructure au cœur du partenariat
Les discussions ont porté sur des secteurs stratégiques précis. « Notre coopération couvre des directions telles que l’énergie, les transports, l’infrastructure, l’éducation et la santé. Nous avons l’intention de continuer à renforcer le partenariat avec la France et l’Europe, en restant un partenaire fiable et prévisible en Asie centrale », a écrit Saïda Mirziyoyeva sur son canal Telegram. Les entreprises françaises, notamment dans le secteur ferroviaire et énergétique, voient dans l’Ouzbékistan un marché en expansion rapide, porté par des réformes économiques ambitieuses.
Paris mise également sur des projets structurants comme l’Université franco-ouzbèke, inaugurée en 2022, qui forme les élites locales aux standards européens. L’Agence française de développement (AFD) finance plusieurs programmes d’infrastructure urbaine et agricole, renforçant la présence institutionnelle française sur le terrain. L’objectif : transformer une relation commerciale en partenariat durable, ancré dans la formation et le transfert de compétences.
Des échanges commerciaux en forte croissance, un classement qui monte
Sur l’année 2025, les échanges commerciaux entre l’Ouzbékistan et la France ont atteint 1,38 milliard de dollars, plaçant Paris au 8e rang des partenaires commerciaux de Tachkent. Une progression de 20,8% par rapport à 2024, qui reflète l’intensification des relations économiques bilatérales. Toutefois, ce classement reste modeste comparé aux géants régionaux : la Chine, la Russie et la Turquie dominent largement les flux commerciaux ouzbeks.
La France exporte principalement des équipements industriels, des technologies médicales et des produits agroalimentaires. En retour, elle importe des métaux précieux, des textiles et des produits chimiques. Mais le potentiel reste sous-exploité : l’Ouzbékistan, riche en uranium, gaz naturel et coton, pourrait devenir un fournisseur stratégique pour l’Europe dans un contexte de diversification énergétique post-Ukraine.
Le commerce bilatéral en hausse de 35% en cinq mois : la dynamique économique suit la diplomatie
Entre janvier et mai 2025, les échanges ont bondi de 35,2%, atteignant 771,9 millions de dollars. Sur cette période, la France est montée au 6e rang des partenaires commerciaux de l’Ouzbékistan, signe d’une accélération récente. Les missions économiques se multiplient, les contrats se signent, et les investissements français dans les infrastructures ouzbèkes progressent sensiblement.
Plusieurs facteurs expliquent cette embellie. D’abord, les sanctions occidentales contre la Russie ont poussé l’Ouzbékistan à diversifier ses partenaires commerciaux. Ensuite, les réformes économiques menées par Tachkent ont amélioré le climat des affaires, attirant davantage d’investisseurs européens. Enfin, la diplomatie française a intensifié ses efforts en Asie centrale, multipliant les visites ministérielles et les accords sectoriels.
UNESCO, AFD et Université franco-ouzbèke : les piliers institutionnels
Le 30 juin, Saïda Mirziyoyeva rencontrait également Khaled Al-Anani, directeur général de l’UNESCO. Les discussions ont porté sur l’éthique de l’intelligence artificielle, la durabilité climatique et le leadership féminin. Selon Khaled Al-Anani, « l’Ouzbékistan et l’UNESCO sont liés par un partenariat solide dans l’éducation, la culture et la science, y compris la coopération sur l’éthique de l’IA, la durabilité climatique et les priorités de genre ».
Ces sujets, apparemment éloignés des enjeux commerciaux immédiats, révèlent une stratégie française de soft power. En positionnant Paris comme partenaire privilégié sur les questions culturelles, éducatives et technologiques, la France cherche à construire une influence durable, moins vulnérable aux fluctuations géopolitiques que les simples relations commerciales. L’AFD, active en Ouzbékistan depuis 2019, finance des projets dans l’eau, l’énergie renouvelable et l’agriculture durable, renforçant cette présence institutionnelle.
Face aux autres puissances régionales, la France mise sur la stabilité et la prévisibilité
L’Asie centrale reste un terrain de compétition féroce entre grandes puissances. La Chine y déploie ses nouvelles routes de la soie, la Russie y maintient une influence historique via l’Organisation du traité de sécurité collective, et la Turquie y cultive des liens linguistiques et culturels. La France, elle, joue la carte de la fiabilité institutionnelle et du partenariat équilibré.
Comme l’a souligné Saïda Mirziyoyeva, « l’Ouzbékistan et la France sont liés par un partenariat à long terme dans des domaines stratégiques, et il y a beaucoup de projets et d’initiatives conjoints à venir qui seront bénéfiques pour les deux pays ». Paris mise sur la prévisibilité, la transparence et le respect des normes internationales, des atouts face aux approches parfois plus transactionnelles de ses concurrents.
La question demeure toutefois : la France saura-t-elle transformer cette dynamique diplomatique en présence économique durable ? Les prochains mois, marqués par la concrétisation des projets évoqués lors de cette visite, apporteront des éléments de réponse. Pour l’instant, Paris a réussi à placer ses pions dans une région stratégique, où chaque influence compte dans le grand jeu géopolitique mondial.
