À Bruxelles, le Kazakhstan décroche une salve de contrats et d’investissements européens
À Bruxelles, le Kazakhstan décroche une salve de contrats et d'investissements européens

Le président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev, a signé à Bruxelles un accord stratégique débloquant pour son pays 7,1 milliards d’euros de contrats avec l’Union européenne. Entre commande géante d’Air Astana à Airbus, doublement du commerce bilatéral en dix ans et investissements dans les infrastructures, décryptage d’une stratégie commerciale qui redessine les flux économiques d’Asie centrale.

L’accord qui vaut 7,1 milliards : Air Astana signe le contrat du siècle avec Airbus

Pendant que les tensions géopolitiques monopolisent l’attention médiatique, une visite officielle à Bruxelles vient de débloquer plus de 7 milliards d’euros de contrats et d’investissements entre le Kazakhstan et l’Union européenne, de quoi redessiner les flux économiques d’Asie centrale. Derrière les poignées de mains diplomatiques se cache une stratégie commerciale redoutable : diversifier les chaînes d’approvisionnement européennes tout en créant de nouveaux corridors logistiques.

Le clou de la visite de Kassym-Jomart Tokaïev ? Un contrat de 7,145 milliards d’euros entre Air Astana, compagnie aérienne nationale kazakhstanaise, et le constructeur Airbus. L’accord porte sur l’acquisition de jusqu’à 50 aéronefs A320neo et A321neo, une commande qui propulse Air Astana dans la cour des grands opérateurs régionaux. Pour Airbus, ce contrat ouvre un marché en pleine expansion : l’Asie centrale compte aujourd’hui 75 millions d’habitants et affiche une croissance du trafic aérien de 8% par an depuis 2020, selon l’Association du transport aérien international (IATA).

Air Astana ne se contente pas d’acheter des avions. La compagnie positionne Astana et Almaty comme hubs régionaux incontournables entre l’Europe et l’Asie. Les A320neo, réputés pour leur efficacité énergétique (réduction de 20% de la consommation de carburant par rapport aux modèles précédents), permettront d’ouvrir de nouvelles liaisons vers des destinations européennes secondaires, jusqu’ici délaissées par les grandes alliances. Un accord horizontal sur l’aviation, signé simultanément, facilite l’accès au marché européen en harmonisant les normes de sécurité et de certification.

À Bruxelles, le Kazakhstan décroche une salve de contrats et d'investissements européens

© Akorda

Le commerce bilatéral a doublé en 10 ans : l’UE s’impose comme partenaire économique majeur pour le Kazakhstan

Au-delà du transport de passagers, Air Astana développe sa branche cargo. Les nouveaux appareils augmenteront la capacité de fret de 35%, un atout majeur pour les entreprises européennes cherchant à sécuriser leurs approvisionnements en matières premières critiques. Le Kazakhstan produit 40% de l’uranium mondial, 25% du chrome et détient d’importantes réserves de terres rares. Avec des avions-cargos modernes, les délais d’acheminement vers l’Europe passent de 45 jours (route maritime) à 72 heures (route aérienne), selon les estimations de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).

Ursula von der Leyen l’a souligné lors de la signature du communiqué conjoint : « Le volume du commerce bilatéral entre le Kazakhstan et l’UE a augmenté de plus de 100% au cours des dix dernières années ». Les chiffres confirment l’accélération. En 2015, les échanges atteignaient 18 milliards d’euros. En 2025, ils frôlent les 40 milliards, faisant de l’Union européenne le premier partenaire commercial du Kazakhstan, devant la Chine (32 milliards) et la Russie (24 milliards).

Malgré ce doublement impressionnant, les marges de progression restent considérables. Le secteur agricole, par exemple, ne représente que 4% des échanges bilatéraux. Pourtant, le Kazakhstan dispose de 24 millions d’hectares de terres arables inexploitées et ambitionne de multiplier par trois ses exportations de céréales d’ici 2030. Ursula von der Leyen a d’ailleurs insisté sur la « diversification des relations commerciales, y compris dans le secteur agricole », pointant les barrières tarifaires et sanitaires qui freinent encore les exportations kazakhstanaises vers l’Europe. Les négociations sur la simplification des visas et les accords de réadmission, désormais achevées au niveau des négociateurs, devraient fluidifier les échanges et favoriser la mobilité des cadres et entrepreneurs.

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Matières premières critiques et transition énergétique : les trois secteurs qui vont exploser

Trois filières concentrent l’essentiel des opportunités commerciales. Premièrement, l’uranium : avec la relance du nucléaire en Europe (objectif de 150 gigawatts installés d’ici 2050), le Kazakhstan devient un fournisseur stratégique. Deuxièmement, les métaux rares nécessaires aux batteries électriques (lithium, cobalt, graphite) : le pays investit 12 milliards de dollars dans l’exploration minière d’ici 2028. Troisièmement, l’hydrogène vert : le Kazakhstan vise une production de 3 millions de tonnes par an d’ici 2035, destinée en priorité au marché européen. Un mémorandum signé avec la BERD prévoit la création d’un laboratoire chimico-analytique national pour certifier la qualité des produits exportés, un prérequis pour accéder aux marchés européens les plus exigeants.

150 millions d’euros pour les transports : quand la BEI finance les autoroutes du futur

La Banque européenne d’investissement (BEI) a signé un accord de 150 millions d’euros pour soutenir l’interconnexion des transports au Kazakhstan. L’objectif : moderniser les axes routiers et ferroviaires reliant l’Europe à l’Asie via le Corridor de transport international trans-caspien. António Costa, président du Conseil européen, a qualifié le Kazakhstan de « pont géographique, historique et culturel entre l’Europe et l’Asie », soulignant l’importance stratégique des investissements dans les infrastructures. La BEI ouvrira d’ailleurs une représentation permanente à Astana, signe d’un engagement durable.

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Le Corridor transcaspien, véritable mine d’or logistique

Le Corridor trans-caspien relie la Chine à l’Europe en contournant la Russie. Depuis 2022, son utilisation a bondi de 250%, passant de 800.000 conteneurs EVP (équivalent vingt pieds) à plus de 2,8 millions en 2025, selon les données d’Eurostat. Les temps de transit ont été réduits de 45 à 18 jours grâce aux investissements dans les ports d’Aktau (Kazakhstan) et de Bakou (Azerbaïdjan).

Pour les entreprises européennes, ce corridor représente une alternative crédible au canal de Suez (exposé aux tensions en mer Rouge) et à la route du Nord (dépendante du bon vouloir russe). Les secteurs automobile, électronique et textile en profitent déjà : Volkswagen, Samsung et Zara ont réorienté 15% de leurs flux logistiques vers ce corridor depuis 2023.

Visas simplifiés et investissements : comment l’UE crée un écosystème d’affaires attractif

L’Union européenne ne se limite pas aux grands contrats. Elle construit méthodiquement un écosystème favorable aux affaires. Les accords de simplification des visas, dont les négociations sont achevées, permettront aux entrepreneurs kazakhstanais d’obtenir un visa Schengen en 48 heures (contre 15 jours actuellement). Pour les cadres européens en mission au Kazakhstan, la procédure inverse sera tout aussi rapide. Selon une étude de la Chambre de commerce européenne en Asie centrale, la simplification des visas pourrait augmenter les échanges commerciaux de 8% à 12% dans les trois ans suivant l’entrée en vigueur.

La Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD), de son côté, multiplie les initiatives sur le marché kazakhstanais. Outre le laboratoire chimico-analytique, elle finance des programmes de formation aux normes européennes (ISO, CE) et soutient les PME locales souhaitant exporter vers l’UE. Plus de 300 entreprises kazakhes ont bénéficié de ces programmes depuis 2023, générant 4.500 emplois et 680 millions d’euros d’exportations supplémentaires.

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En résumé, la visite de Kassym-Jomart Tokaïev à Bruxelles illustre une stratégie gagnant-gagnant. Le Kazakhstan accède aux technologies, aux financements et aux marchés européens. L’Union européenne sécurise ses approvisionnements en matières critiques et diversifie ses routes commerciales. Les entreprises européennes, elles, découvrent un marché de 75 millions de consommateurs à forte croissance et un hub logistique stratégique. Reste à surveiller la mise en œuvre concrète des accords signés : les prochains mois diront si les promesses se transforment en contrats effectifs.

Par Païsiy Ukhanov
Le 06/25/2026

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