Turkménistan : la major malaisienne Petronas consolide son ancrage dans le secteur gazier caspien
Turkménistan : la major malaisienne Petronas consolide son ancrage dans le secteur gazier caspien

Le Turkménistan et la Malaisie ont renforcé leur partenariat énergétique le 19 juin 2026 par la signature d’un accord stratégique entre Petronas et les autorités turkmènes. Présent dans le pays depuis 1996, le géant malaisien y a investi 11 à 12 milliards de dollars dans le secteur gazier offshore de la mer Caspienne, consolidant ainsi la sécurité énergétique de la Malaisie face à la concurrence chinoise.

Petronas renforce son ancrage gazier au Turkménistan après trente ans d’investissements offshore

Le 18 juin 2026, le Premier ministre malaisien, Anwar Ibrahim, s’est rendu à Achgabat pour une visite officielle consacrée à la coopération énergétique. Dès le lendemain, Petronas, compagnie nationale malaisienne d’hydrocarbures, a signé un partenariat stratégique avec les autorités turkmènes en présence du président Serdar Berdimuhamedov. Loin d’être anecdotique, cet accord s’inscrit dans une relation bilatérale nouée il y a trois décennies et marquée par des investissements massifs dans le bassin caspien.

Selon Akmal Nasrullah Mohd Nasir, vice-ministre malaisien de l’Économie, Kuala Lumpur cherche à renforcer ses chaînes d’approvisionnement énergétique par une coopération de long terme avec Achgabat. La signature intervient quelques mois après la visite du président Berdimuhamedov en Malaisie en décembre 2024, déplacement qualifié par les officiels turkmènes d’ouverture d’une nouvelle étape dans les relations bilatérales.

Trois décennies d’engagement offshore dans la mer Caspienne

Petronas opère au Turkménistan depuis 1996, année où elle fut l’une des premières sociétés étrangères à développer des gisements pétroliers et gaziers offshore dans le secteur turkmène de la Caspienne. Au fil des ans, le groupe malaisien a injecté environ 11 milliards de dollars dans l’infrastructure d’hydrocarbures du pays.

L’actif principal de Petronas demeure le Bloc 1, relié à l’usine de traitement gazier de Kiyanly et au terminal terrestre situé sur la côte caspienne turkmène. Actuellement, ce bloc extrait environ 400 millions de pieds cubes de gaz naturel par jour, soit approximativement 4,1 milliards de mètres cubes annuels. Les réserves estimées dépassent 7.000 milliards de pieds cubes, de quoi garantir une exploitation pérenne.

Un consortium remanié en 2025 avec XRG et Hazarnebit

En 2025, Petronas a signé un nouveau contrat de partage de production pour le Bloc 1 aux côtés de XRG, société basée à Abou Dhabi, de l’entreprise d’État Hazarnebit et du conglomérat Türkmennebit. Selon les termes de l’arrangement, Petronas conserve 57% des parts en qualité d’opérateur, XRG détient 38% et Hazarnebit 5%. Une résolution présidentielle a par ailleurs autorisé Türkmennebit à conclure un accord avec Petronas et Hazarnebit pour l’exploitation de blocs offshore supplémentaires dans le secteur turkmène de la Caspienne.

Anwar Ibrahim a salué la confiance accordée par Achgabat à Petronas, estimant que le partenariat générerait des retours significatifs pour la compagnie. Il a également souligné que la relation croissante ouvrait des opportunités de coopération au-delà du seul secteur énergétique, notamment dans les domaines des transports, de la science et de l’éducation.

Une position stratégique face à la domination chinoise

Si le rôle de la Malaisie au Turkménistan reste modeste comparé à celui de la Chine, il se distingue par sa dimension technique et opérationnelle. Petronas agit en tant qu’investisseur amont et opérateur offshore, tandis que Pékin demeure le client gazier dominant d’Achgabat, important environ 30 milliards de mètres cubes de gaz par an via les gazoducs transcaspiens et centre-asiatiques.

En avril 2026, la Chine et le Turkménistan ont signé un accord portant sur la quatrième phase du gisement géant de Galkynysh. Le China National Petroleum Group (CNPC) y construira des installations de traitement capables de traiter 10 milliards de mètres cubes supplémentaires chaque année. La valeur du projet atteindrait 5,1 milliards de dollars, confirmant l’ampleur de l’engagement chinois dans l’infrastructure gazière turkmène.

Face à la prédominance chinoise, Petronas se positionne comme un partenaire complémentaire, apportant expertise technique et capitaux dans un secteur offshore complexe. La stratégie malaisienne consiste moins à rivaliser avec les volumes chinois qu’à sécuriser des approvisionnements diversifiés et pérennes pour son propre marché domestique et ses activités régionales.

Turkménistan : la major malaisienne Petronas consolide son ancrage dans le secteur gazier caspien

© The State Concern «Тürkmengaz»

Pour la Malaisie, la sécurité énergétique est un enjeu de long terme

L’annonce du Premier ministre Anwar Ibrahim ne constitue pas un simple investissement supplémentaire à l’étranger. Elle représente une avancée majeure dans la quête de sécurité énergétique de long terme pour la Malaisie, à un moment où la compétition mondiale pour les ressources fossiles s’intensifie. Les réserves turkmènes, parmi les plus abondantes au monde, offrent à Kuala Lumpur une assurance d’approvisionnement jusqu’en 2050 au moins, selon les projections gouvernementales.

Le partenariat s’étend également au-delà de l’extraction. Les deux pays explorent des coopérations dans le transport énergétique, la formation de personnel qualifié et le transfert de technologies. Les médias turkmènes ont évoqué des discussions portant sur des projets d’investissement conjoints et l’élargissement des liens commerciaux bilatéraux.

Perspectives et défis d’un partenariat renouvelé

Les entretiens menés à Achgabat devraient se concentrer sur le renforcement de la coopération énergétique par l’extension des activités offshore de Petronas, le développement de projets d’investissement dans les infrastructures de traitement et de transport du gaz, ainsi que l’expansion des échanges commerciaux dans des secteurs non énergétiques.

Toutefois, plusieurs obstacles subsistent. Le Turkménistan demeure l’un des pays les plus fermés au monde, avec une gouvernance opaque et des procédures administratives complexes. Les investisseurs étrangers, y compris Petronas, doivent composer avec un environnement réglementaire parfois imprévisible et une dépendance marquée aux exportations vers la Chine, susceptible d’influencer les priorités stratégiques d’Achgabat.

Par ailleurs, la transition énergétique mondiale pose la question de la pérennité des investissements gaziers massifs. Si le gaz naturel est souvent présenté comme une énergie de transition moins polluante que le charbon, sa compatibilité avec les objectifs climatiques de long terme reste débattue. Petronas devra arbitrer entre rentabilité immédiate et adaptation à un paysage énergétique en mutation rapide.

Néanmoins, pour la Malaisie, le pari turkmène conserve sa logique. Dans un contexte de volatilité des prix et de tensions géopolitiques croissantes autour des routes d’approvisionnement énergétique, diversifier les sources et sécuriser des participations opérationnelles dans des gisements majeurs constitue une stratégie prudente. Le partenariat signé le 19 juin 2026 témoigne de la volonté de construire une résilience énergétique à l’horizon 2050, tout en capitalisant sur une relation bilatérale éprouvée depuis trente ans.

Comme l’a rappelé Anwar Ibrahim lors de sa visite, la confiance mutuelle entre Kuala Lumpur et Achgabat ouvre des perspectives bien au-delà du seul secteur gazier. Reste à voir si la dynamique parviendra à s’affranchir des contraintes structurelles qui pèsent sur le Turkménistan et à s’adapter aux transformations profondes du système énergétique mondial.

Par Païsiy Ukhanov
Le 06/23/2026

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