Le Kirghizstan modernise son irrigation agricole grâce aux donateurs internationaux
Le Kirghizstan modernise son irrigation agricole grâce aux donateurs internationaux

Le Kirghizstan s’apprête à lancer l’un des plus importants programmes de modernisation de son réseau d’irrigation depuis son indépendance. Soutenue par plusieurs institutions financières internationales, cette initiative de près de 150 millions d’euros vise à renforcer la sécurité hydrique, améliorer la productivité agricole et adapter le pays aux effets croissants du changement climatique.

Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures, Fonds de l’OPEP pour le développement international, Agence suisse pour le développement et la coopération… : des donateurs prestigieux pour le Kirghizstan

Le 12 juin 2026, le conseil d’administration de la Banque mondiale a validé un vaste programme d’investissement destiné à transformer les infrastructures d’irrigation kirghizes. Au total, 172 millions de dollars, soit environ 149 millions d’euros, ont déjà été mobilisés auprès de plusieurs donateurs internationaux. Cette enveloppe marque une nouvelle étape dans les efforts du Kirghizstan pour moderniser un secteur essentiel à son économie : l’agriculture.

Selon la Banque mondiale, l’opération repose sur une contribution de 95,75 millions de dollars de l’institution financière internationale, complétée par 50 millions de dollars de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB), 20 millions de dollars du Fonds de l’OPEP pour le développement international et une subvention de 6,25 millions de dollars de l’Agence suisse pour le développement et la coopération.

L’irrigation agricole, un pré-requis à la sécurité alimentaire

L’agriculture demeure l’un des principaux pourvoyeurs d’emplois du Kirghizstan. Pourtant, le secteur souffre depuis des années du vieillissement de ses infrastructures hydrauliques. Une grande partie des canaux et ouvrages d’irrigation datent de l’époque soviétique et présentent aujourd’hui d’importantes pertes d’eau. La Banque mondiale souligne que les réseaux actuels sont devenus insuffisants face à l’augmentation des températures, aux sécheresses plus fréquentes, aux inondations et à l’accumulation de sédiments dans les infrastructures. Ces phénomènes fragilisent la sécurité hydrique du pays et réduisent la productivité agricole.

Le programme approuvé prévoit ainsi la modernisation des systèmes d’irrigation et de drainage, l’amélioration du stockage de l’eau, le renforcement de la sécurité des barrages ainsi que l’installation d’équipements intelligents de mesure et de surveillance des ressources hydriques. Les autorités espèrent également améliorer la gestion quotidienne des infrastructures grâce à des outils numériques de suivi.

Cette stratégie s’inscrit dans une politique plus large de résilience climatique. Depuis plusieurs années, le gouvernement kirghiz et ses partenaires internationaux multiplient les projets liés à la gestion durable de l’eau. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et l’Union européenne financent notamment plusieurs programmes de réhabilitation de canaux dans les régions de Naryn, Jalal-Abad et de la vallée de Ferghana.

Une mobilisation des donateurs autour de la Banque mondiale

La participation simultanée de plusieurs bailleurs internationaux témoigne de l’importance accordée à la question de l’eau en Asie centrale. Selon la Banque mondiale, les financements actuellement engagés devraient également permettre de mobiliser environ 11 millions de dollars supplémentaires auprès du secteur privé.

Le responsable pays du Groupe Banque mondiale pour le Kirghizstan, Hugh Riddell, a indiqué que le gouvernement kirghiz disposait désormais d’une vision claire pour moderniser ses services d’irrigation et garantir un accès plus fiable à l’eau pour les agriculteurs et les communautés rurales.

Les investissements doivent permettre d’améliorer la compétitivité de l’agro-industrie nationale tout en favorisant une utilisation plus rationnelle des ressources hydriques. Pour les partenaires financiers, la modernisation du secteur constitue également un levier de développement économique dans les zones rurales.

Cette approche n’est pas nouvelle. En mars 2025, la BERD et l’Union européenne avaient déjà annoncé un financement de près de 38 millions d’euros destiné à moderniser des infrastructures de transport de l’eau dans plusieurs régions du pays. Quelques mois plus tard, un autre programme de 23,8 millions d’euros a été engagé pour la rénovation et l’automatisation du Grand Canal occidental de Tchouï, l’un des plus importants réseaux d’irrigation du Kirghizstan.

Irrigation, emploi et productivité agricole

Les effets attendus du nouveau programme sont considérables. Selon les estimations de la Banque mondiale, plus de 450.000 personnes devraient bénéficier directement des améliorations apportées aux infrastructures hydrauliques. Les travaux doivent permettre d’améliorer les services d’irrigation sur environ 82.000 hectares de terres agricoles. L’un des objectifs les plus ambitieux concerne l’efficacité du transport de l’eau. Celle-ci devrait passer de 35% actuellement à au moins 70% une fois les infrastructures modernisées.

L’impact économique pourrait également être significatif. Les experts de la Banque mondiale estiment que le renforcement des services d’irrigation pourrait contribuer à la création d’environ 85.000 emplois supplémentaires ou mieux rémunérés dans l’ensemble des filières agricoles.

Les autorités kirghizes ont déjà engagé plusieurs initiatives nationales dans ce domaine. En avril 2026, le gouvernement a annoncé la mise à disposition de 63 nouvelles unités d’équipement destinées au développement du réseau d’irrigation. Il prévoit également d’étendre les technologies d’irrigation économes en eau sur plusieurs milliers d’hectares supplémentaires dès cette année.

Un programme de long terme pour le Kirghizstan

Le projet approuvé en juin ne représente qu’une première étape d’un plan beaucoup plus vaste. Selon la Banque mondiale, ce programme national d’investissement dans l’irrigation pourrait mobiliser jusqu’à 540 millions de dollars au cours de la prochaine décennie. L’objectif affiché est de moderniser les infrastructures hydrauliques sur plus de 200.000 hectares et d’améliorer les conditions de vie de près d’un million de personnes à travers le pays. Le projet sera mis en œuvre jusqu’en 2032 par le Service des ressources en eau relevant du ministère kirghiz des Ressources en eau, de l’Agriculture et de l’Industrie de transformation.

Pour un pays dont une large partie de la population dépend encore directement ou indirectement de l’agriculture, la réussite de cette transformation pourrait constituer un tournant majeur. Dans un contexte de pression climatique croissante et de concurrence accrue pour les ressources en eau en Asie centrale, le renforcement de l’irrigation apparaît désormais comme l’un des piliers du développement économique du Kirghizstan.

Illustration www.magnific.com.

Par Païsiy Ukhanov
Le 06/22/2026

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