L’Ouzbékistan vient de consacrer légalement le droit de grève pour ses travailleurs. Cette révolution juridique, qui entrera en vigueur le 12 septembre 2026, établit pour la première fois un cadre précis pour l’exercice de ce droit fondamental tout en définissant des garde-fous stricts.
L’Ouzbékistan légalise officiellement le droit de grève
Le président de l’Ouzbékistan, Shavkat Mirziyoyev, a signé le 11 juin 2026 une loi historique qui consacre pour la première fois le droit de grève. Adoptée par la Chambre législative le 10 septembre 2025, puis approuvée par le Sénat le 8 avril 2026, cette législation entrera en vigueur le 12 septembre 2026. Elle inscrit dans le Code du travail une définition précise de la grève comme « un refus temporaire, volontaire et collectif, total ou partiel, d’exécuter les obligations professionnelles pour défendre les intérêts professionnels, socio-économiques et corporatistes lors d’un conflit collectif du travail avec l’employeur ».
La réforme vise explicitement à aligner la législation ouzbèke sur les standards internationaux, notamment la convention n°87 de l’Organisation internationale du travail sur la liberté syndicale. Jusqu’alors, aucun cadre juridique ne régulait les mouvements sociaux dans le pays d’Asie centrale.
Un processus encadré par des procédures strictes
La nouvelle loi impose un parcours rigoureux avant tout déclenchement de grève. Les salariés devront d’abord épuiser toutes les procédures de conciliation avec leur employeur. Seuls l’échec des négociations ou le refus patronal de dialoguer ouvrent la voie à l’action collective.
L’assemblée générale des salariés doit approuver le mouvement à plus de 50% des présents, au moins un mois avant son déclenchement effectif. Le comité syndical dispose ensuite de cinq jours ouvrables pour notifier officiellement l’employeur, qui doit à son tour informer les autorités compétentes dans les 24 heures. Le ministère de la Justice précise que « la participation à la grève demeure volontaire. Nul ne peut être contraint de participer à une grève ou d’y renoncer ».
Les participants bénéficient de garanties substantielles. La participation à une grève légale ne peut constituer un motif de sanction disciplinaire, et le poste reste préservé pendant toute la durée du conflit. Le dirigeant du mouvement, désigné par le comité syndical, peut convoquer des assemblées, accéder aux informations patronales et recourir à des experts spécialisés. Cependant, l’employeur conserve le droit de suspendre les salaires durant l’arrêt de travail. Les non-grévistes continuent de percevoir leur rémunération selon les modalités du Code du travail et peuvent, avec leur accord, être temporairement affectés à d’autres missions.
Des secteurs entiers exclus du droit de grève
Plusieurs catégories professionnelles restent exclues de ce nouveau droit : personnels de santé, militaires, magistrats, forces de l’ordre et agents des services d’énergie, d’eau et de télécommunications. Dans les secteurs vitaux (transport, santé, énergie), les grèves demeurent conditionnées au maintien de services minimaux dont la liste sera fixée par le gouvernement.
Les périodes d’état d’urgence, de mobilisation générale ou de conflit armé suspendent automatiquement l’exercice du droit de grève. L’autorité judiciaire peut également reporter ou suspendre un mouvement pour une durée maximale de 30 jours si celui-ci présente des risques pour la sécurité publique, l’environnement ou la santé des populations.
Human Rights Watch observe que « malgré les réformes entreprises, l’Ouzbékistan conserve des défis concernant le respect des droits du travail », évoquant notamment les retards de paiement et les limitations dans la défense des droits des travailleurs.
Des sanctions pénales sévères contre les grèves illégales
Le Code pénal intègre désormais l’article 218, qui sanctionne lourdement les violations. Organiser une grève illégale expose à des amendes de 3.400 à 10.200 dollars, des travaux d’intérêt général jusqu’à 360 heures, voire une peine d’emprisonnement de trois ans maximum.
Les sanctions atteignent dix ans de réclusion criminelle lorsque les actions entraînent des dommages importants ou des victimes. Le Code administratif prévoit également des amendes graduelles selon la gravité des infractions.
Premiers tests dans un contexte social tendu
La nécessité d’un tel cadre juridique s’est déjà manifestée dans les faits. En janvier dernier, environ 1.500 travailleurs indiens de l’entreprise Enter Engineering avaient mené plusieurs jours de protestation pour réclamer des salaires impayés depuis plusieurs mois. De tels épisodes illustraient l’absence de mécanismes légaux pour réguler les conflits sociaux.
La mise en œuvre pratique constituera un test décisif pour cette révolution juridique. Les syndicats devront s’approprier ces nouveaux mécanismes, tandis que les employeurs adapteront leurs pratiques de dialogue social. Entre aspirations démocratiques et impératifs de stabilité économique, l’Ouzbékistan tente de faire de ce droit nouvellement consacré un véritable levier de régulation plutôt qu’un simple outil de confrontation.
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