La première centrale nucléaire d’Ouzbékistan entre officiellement en construction après le lancement symbolique donné par les présidents Poutine et Mirziyoyev. Ce projet russo-ouzbek marque un tournant énergétique majeur pour l’Asie centrale, combinant technologies nucléaires avancées et ambitions de développement technologique national.
La première centrale nucléaire d’Ouzbékistan officiellement lancée par les deux présidents
Une page historique se tourne pour l’Asie centrale en ce vendredi 5 juin 2026. Vladimir Poutine et Shavkat Mirziyoyev ont solennellement inauguré les travaux de la première centrale nucléaire ouzbèke lors d’une cérémonie organisée en visioconférence, reliant Saint-Pétersbourg au site de Farish dans la région de Djizak. Cette collaboration technologique d’envergure entre Moscou et Tachkent franchit une étape décisive avec le coulage symbolique du « premier béton » dans les fondations de cette infrastructure révolutionnaire pour ce pays d’Asie centrale.
« Nous inaugurons une nouvelle ère du développement technologique, industriel et scientifique de notre nation », a proclamé le président ouzbek lors de cette cérémonie. Ces mots résonnent comme un manifeste pour l’indépendance énergétique du pays et son repositionnement géopolitique dans la région.
Un défi technique confié à l’expertise de Rosatom
L’installation nucléaire ouzbèke s’annonce comme un projet d’exception technique, orchestré par le géant d’État russe Rosatom. Cette centrale nucléaire hybride associera des technologies complémentaires : deux réacteurs VVER-1000 de forte puissance cohabiteront avec deux réacteurs RITM-200N de 55 MW chacun, marquant ainsi la première exportation russe d’une centrale atomique de faible puissance.
Andrey Petrov, premier vice-directeur général de Rosatom en charge de l’énergie nucléaire et président d’Atomstroyexport, souligne la portée historique de cette collaboration : « L’Ouzbékistan emprunte la voie du développement technologique accéléré, et Rosatom s’honore de participer à cette transformation majeure ». L’installation devrait couvrir jusqu’à 14% des besoins énergétiques nationaux une fois pleinement opérationnelle.

© Президент Республики Узбекистан
Les premiers jalons d’une révolution énergétique
Les préparatifs du chantier avaient commencé dès octobre 2025 sur le site de Farish, avec d’imposants travaux d’excavation suivis du coulage de la « sous-fondation » en mars 2026. La cérémonie du 5 juin a consacré le versement de 133 mètres cubes de béton pour ces premiers ouvrages, représentant une fraction des 10.000 mètres cubes nécessaires à l’ensemble des fondations.
Cette étape revêt une dimension particulière selon les critères de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). La présence de Rafael Grossi, directeur général de l’organisation, lors de la cérémonie a formalisé l’attribution du statut de « centrale nucléaire en construction » selon les référentiels internationaux. Cette validation officielle garantit le respect des standards mondiaux les plus exigeants en matière de sûreté nucléaire.
La collaboration entre Uzatom, l’agence ouzbèke de l’énergie atomique rattachée au cabinet des ministres, et Rosatom s’est concrétisée par la ratification d’accords cruciaux en mars 2026. Ces documents englobent une feuille de route pour la coopération nucléaire et les secteurs associés, complétée par un avenant au contrat de construction de la centrale.
Azim Akhmedkhadjaev, directeur d’Uzatom, met l’accent sur les répercussions économiques attendues. Au-delà de la production d’électricité décarbonée, cette infrastructure nucléaire devrait catalyser l’essor industriel, technologique et scientifique ouzbek, générant un écosystème d’innovation autour des technologies atomiques civiles.

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Vers un « atomgrad » ouzbek : enjeux technologiques et sociétaux
L’ambition transcende la simple construction d’une installation électrique. Rosatom envisage la création d’un authentique « atomgrad », une cité scientifique qui constituera, selon Andrey Petrov, « une vitrine des technologies nucléaires et connexes de pointe ». Cette approche globale vise à établir un centre d’excellence local en Ouzbékistan, propice au transfert technologique et à la formation de compétences nationales. Cette démarche rappelle d’ailleurs les grands chantiers nucléaires européens, à l’image des impressionnants travaux de construction d’Hinkley Point C au Royaume-Uni.
Le volet éducatif occupe une place prépondérante, impliquant notamment des étudiants du département de Tachkent de l’Université nationale de recherche nucléaire MEPhI (NRNU MEPhI). Sevintch Yarkulova et Dmitry Eskin, incarnant la nouvelle génération ouzbèke, ont symboliquement participé au lancement des travaux, témoignant de la volonté de développer une expertise locale dans le nucléaire civil.
L’Ouzbékistan fait son entrée dans l’ère de l’énergie nucléaire
Cette centrale nucléaire s’inscrit dans un échiquier géopolitique où l’Asie centrale cristallise les ambitions des grandes puissances. L’Ouzbékistan, avec ses 35 millions d’habitants et sa position géostratégique, cherche à diversifier son bouquet énergétique tout en consolidant ses relations avec la Russie dans le domaine technologique.
L’accord fondateur sur les conditions principales de construction avait été paraphé lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) en 2025, illustrant l’importance que Moscou accorde à ce partenariat. Cette coopération nucléaire civile pourrait servir de référence pour d’autres initiatives similaires en Asie centrale, région historiquement tributaire des hydrocarbures. Dans un contexte où les questions énergétiques deviennent cruciales, cette initiative contraste avec les défis que rencontrent d’autres régions du monde en matière de ressources.
Le planning de construction prévoit une montée en régime progressive de l’installation, générant des retombées économiques substantielles pour l’économie ouzbèke. Au-delà de la dimension énergétique, ce projet incarne l’aspiration de l’Ouzbékistan à intégrer le cercle restreint des nations maîtrisant la technologie nucléaire civile, bénéficiant du soutien technique et financier russe.
