Les lacs de Kolsai, au Kazakhstan, auront leur téléphérique
Les lacs de Kolsai, au Kazakhstan, auront leur téléphérique

Le Kazakhstan lance un projet de téléphérique de 26,4 millions d’euros pour relier les lacs de Kolsai, destinations touristiques en plein essor. Une infrastructure ambitieuse qui interroge sur l’équilibre entre développement économique et préservation environnementale dans cette région d’Almaty prisée par 600.000 visiteurs par an.

Les lacs de Kolsai vont révolutionner leur accessibilité avec un projet de téléphérique ambitieux

Les lacs de Kolsai, joyaux naturels nichés dans les contreforts du Tian Shan kazakhstanais, s’apprêtent à vivre une transformation sans précédent. D’ici la fin de l’année 2027, une liaison par téléphérique reliera le Lac inférieur au Lac moyen, redessinant profondément l’accès à ces sites que s’arrachent les amateurs de nature aux portes d’Almaty. Ce chantier de 15 milliards de tenges — soit environ 30 millions d’euros — illustre avec éclat l’ambition kazakhstanaise de hisser son tourisme de montagne au rang des destinations d’exception, non sans susciter de légitimes interrogations sur l’équilibre entre développement économique et intégrité des écosystèmes.

L’annonce officielle, formulée par Nurym Sagymzhan, akim du district rural de Saty, confirme que les négociations foncières sont désormais closes. Une célérité administrative qui surprend dans un pays où les grands chantiers d’infrastructure s’accommodent souvent de délais considérables. Le calendrier reste serré : lancement des travaux en 2026, inauguration attendue en décembre 2027.

Un téléphérique de 6,3 kilomètres sans coupe d’arbres

Les spécifications techniques du futur équipement témoignent d’une ambition résolue. Le téléphérique s’étendra sur 6,3 kilomètres selon certaines sources, 8 kilomètres selon d’autres — une imprécision qui trahit peut-être une communication encore lacunaire autour du projet. Quoi qu’il en soit, l’installation partira d’une vaste zone de stationnement de 500 places, actuellement en cours de finalisation, pour rejoindre le lac moyen de Kolsai.

L’engagement solennel de ne procéder à aucune coupe d’arbres constitue un argument environnemental de poids. Dans un contexte où les lacs de Kolsai attirent déjà 600.000 visiteurs pat an — soit 33% de plus que l’objectif initial fixé à 450.000 —, la pression exercée sur l’écosystème local devient une préoccupation sérieuse. Le recours aux technologies chinoises pour ce chantier s’inscrit, lui, dans la logique géopolitique kazakhstanaise, résolument tournée vers l’Orient.

Une fréquentation touristique qui explose

Les chiffres de fréquentation révèlent toute l’ampleur du phénomène touristique qui s’est emparé de ces paysages d’altitude. En 2025, le parc national des lacs de Kolsai a accueilli 600.026 visiteurs, dont 128.160 touristes étrangers — une progression spectaculaire au regard des 395.000 entrées enregistrées en 2024. Les nationalités les plus représentées dessinent une géographie touristique révélatrice : Indiens, Japonais, Chinois, Sud-Coréens et Malaisiens côtoient Turcs, Français, Britanniques et Russes dans les sentiers du parc.

Cette affluence massive pose d’ores et déjà des défis concrets. Dès 2026, les autorités entendent instaurer des quotas journaliers d’entrée, assortis d’un système de réservation en ligne obligatoire. Khamit Akhmetov, directeur adjoint du parc national, confirme que cette mesure vise à préserver la fragilité de l’écosystème de la région d’Almaty. Le tarif d’accès actuel — 3.600 tenges, soit environ 7 euros par véhicule léger — ne devrait, quant à lui, pas évoluer.

Un pari économique aux implications environnementales

La société Kompaniya Stroy Industriya, porteuse du projet, mise résolument sur la rentabilité de cet investissement colossal. Avec près de 200.000 visiteurs supplémentaires enregistrés en une seule année, la demande touristique semble a priori justifier une telle infrastructure. Néanmoins, cette logique soulève des questions fondamentales sur la capacité de charge des milieux montagnards, par nature vulnérables.

L’ironie de la situation mérite d’être relevée : alors que les autorités kazakhstanaises s’apprêtent à contingenter l’accès quotidien pour ménager l’environnement, elles valident simultanément un projet susceptible d’attirer toujours plus de visiteurs. Cette contradiction apparente illustre les tensions classiques entre développement touristique et préservation naturelle, particulièrement vives dans les économies émergentes soucieuses de diversifier leurs sources de revenus.

Le Kazakhstan face au défi du tourisme durable

Ce projet de téléphérique aux lacs de Kolsai s’inscrit dans une stratégie plus large du Kazakhstan de valoriser le tourisme de montagne. Le pays, longtemps tributaire de ses ressources énergétiques, cherche à élargir les bases de son économie. L’exemple des Alpes européennes ou des Rocheuses canadiennes enseigne pourtant que l’équipement touristique intensif peut rapidement dénaturer les espaces naturels qu’il prétendait mettre en lumière.

La concentration de 99% du flux touristique sur deux sites seulement — le lac inférieur de Kolsai et le lac Kaindy — révèle une surfréquentation déjà préoccupante. Dans cette configuration, le futur téléphérique risque d’accentuer ce déséquilibre plus que de le corriger, en facilitant encore l’accès aux zones les plus sensibles.

Perspectives et interrogations pour l’avenir

L’achèvement prévu du téléphérique pour la fin 2027 coïncide avec une période charnière pour l’industrie touristique mondiale. Les effets du changement climatique, perceptibles jusque dans les massifs d’Asie centrale, imposent de repenser en profondeur les modèles de développement. Le Kazakhstan saura-t-il éviter les écueils de la surtourisation qui gangrènent déjà tant de destinations alpines ?

La question mérite d’être posée : les 15 milliards de tengé engagés dans ce chantier n’auraient-ils pas pu être investis autrement ? Le développement d’hébergements durables, la formation de guides locaux, ou encore la création d’itinéraires alternatifs capables de désengorger les sites les plus fréquentés constituent autant de pistes à explorer. La stratégie touristique du Kazakhstan semble pour l’heure privilégier la facilité d’accès à la diversification de l’offre.

Par Rodion Zolkin
Le 06/01/2026

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