Le charbon prend une place de plus en plus centrale dans la stratégie énergétique de l’Ouzbékistan. Confronté à une forte consommation de gaz naturel et à des besoins croissants pour l’hiver prochain, le gouvernement ouzbek a annoncé une réforme du marché du charbon accompagnée d’une subvention destinée aux familles vulnérables. Dans le même temps, Tachkent accélère fortement l’extraction minière et prévoit de porter sa production à 11 millions de tonnes dès la prochaine saison automne-hiver.
Le charbon devient un pilier de la politique énergétique
Le 26 mai 2026, le président ouzbek, Shavkat Mirziyoyev, a réuni plusieurs responsables gouvernementaux afin d’examiner des propositions de réforme du secteur du charbon. L’exécutif souhaite désormais introduire davantage de mécanismes de marché dans cette industrie stratégique, tout en augmentant rapidement les volumes d’extraction afin de sécuriser l’approvisionnement énergétique du pays.
L’Ouzbékistan mise désormais clairement sur le charbon pour réduire sa dépendance au gaz naturel. Il faut savoir que la production nationale de charbon a fortement progressé ces dernières années en Ouzbékistan. Durant les 25 premières années d’indépendance, les volumes extraits étaient passés progressivement de 3,1 à 4 millions de tonnes. Mais depuis neuf ans, la production annuelle a été portée à 10 millions de tonnes.
Les autorités veulent aller encore plus loin. La présidence a indiqué que l’objectif fixé pour la saison automne-hiver 2026-2027 était d’atteindre 11 millions de tonnes extraites. Cette accélération doit permettre de répondre à une consommation énergétique en hausse, notamment pendant les périodes de froid où la demande en chauffage augmente fortement.
Le gouvernement ouzbek considère désormais le charbon comme un instrument de sécurité énergétique. Ces dernières années, plusieurs secteurs économiques ont été progressivement convertis du gaz vers le charbon. Une partie des serres agricoles, des cimenteries et des briqueteries utilisent désormais ce combustible afin d’économiser le gaz naturel, explique l’administration présidentielle. Le mouvement concerne également des établissements publics. Toujours selon la présidence ouzbèke, des jardins d’enfants, des écoles et des hôpitaux ont commencé à être alimentés au charbon dans plusieurs régions du pays.
Charbon : la fin des prix administrés décrétée
Parallèlement à l’augmentation de l’extraction, Tachkent prépare une réforme économique majeure du marché du charbon. À partir du 1er juin 2026, les autorités prévoient de supprimer la régulation administrative des prix. Le gouvernement estime que les tarifs imposés par l’État ne couvrent plus les coûts réels de production. Cette situation aurait limitéles capacités d’investissement des entreprises minières et freiné le développement de nouveaux projets d’extraction.
L’exécutif souhaite donc ouvrir davantage le secteur aux mécanismes de marché afin d’attirer des capitaux privés. Le président ouzbek a demandé d’accélérer les projets d’investissement dans les mines existantes ainsi que dans les nouveaux gisements de charbon.
Cette stratégie s’inscrit dans un programme plus large de modernisation du secteur énergétique. Les autorités veulent également améliorer les infrastructures logistiques liées au transport du charbon. Le gouvernement a reconnu l’existence de difficultés de livraison dans certaines régions, notamment durant les pics de consommation hivernaux.
Le développement de nouvelles capacités minières constitue aussi une priorité. En février 2026, un nouveau gisement situé à Angren devait entrer en exploitation avec des réserves estimées à 233 millions de tonnes. Les autorités espèrent ainsi renforcer durablement les capacités nationales d’extraction.
Des aides pour les familles vulnérables face à la hausse du charbon
La libéralisation progressive des prix fait toutefois craindre une augmentation du coût du charbon pour les ménages. Afin de limiter les conséquences sociales de cette réforme, le gouvernement ouzbek prévoit de maintenir un système de compensation destiné aux familles les plus modestes. Les ménages vulnérables pourront recevoir jusqu’à 600.000 soums (43 euros) d’aide pour l’achat de charbon durant la saison de chauffage.
Cette mesure s’ajoute à plusieurs dispositifs énergétiques déjà mis en place ces derniers mois. En avril 2026, les autorités annonçaient avoir déjà versé 73,7 milliards de soums de compensations énergétiques à des ménages vulnérables pendant la saison hivernale. Le programme prévoit également des aides liées à la consommation de gaz et d’électricité. Les compensations couvrent notamment jusqu’à 150 kilowattheures d’électricité dépassant le tarif social ainsi que 250 mètres cubes de gaz naturel pendant la période hivernale.
Le maintien de ces subventions illustre la difficulté pour Tachkent de concilier libéralisation économique et stabilité sociale. Depuis plusieurs années, l’Ouzbékistan réforme progressivement son secteur énergétique, longtemps marqué par des prix administrés et des subventions massives.
Énergie : l’Ouzbékistan privilégie une approche pragmatique
L’accélération de l’extraction de charbon intervient alors que l’Ouzbékistan cherche à répondre à une demande énergétique en forte croissance. Le pays connaît une hausse régulière de sa consommation d’électricité et de chauffage, portée notamment par la croissance démographique et industrielle. Cependant, cette stratégie soulève aussi des questions environnementales. Le charbon demeure l’une des énergies fossiles les plus émettrices de dioxyde de carbone. Or, l’Ouzbékistan continue parallèlement d’afficher des ambitions climatiques, notamment dans le développement du solaire et de l’éolien.
Pour les autorités, l’urgence semble néanmoins être la sécurisation de l’approvisionnement énergétique intérieur. Les pénuries de gaz et d’électricité observées lors de précédents hivers ont fortement marqué l’opinion publique. Le gouvernement privilégie donc actuellement une approche pragmatique visant à diversifier rapidement les sources d’énergie disponibles.
Cette orientation pourrait encore renforcer le poids du charbon dans l’économie ouzbèke au cours des prochaines années. L’augmentation prévue de l’extraction, la modernisation des infrastructures minières et la multiplication des conversions industrielles montrent que Tachkent considère désormais cette ressource comme un pilier essentiel de sa stratégie énergétique nationale.
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