Couteaux interdits aux mineurs : Douchanbé face à l’escalade de la violence juvénile
Couteaux interdits aux mineurs : Douchanbé face à l'escalade de la violence juvénile

Face à la multiplication des agressions impliquant des couteaux, la police de Douchanbé interdit leur vente aux mineurs. Cette mesure d’urgence répond à une escalade de violence juvénile qui interroge la société tadjike contemporaine.

Au Tadjikistan, une accessibilité problématique des armes blanches

L’interdiction de vente de couteaux aux mineurs est devenue une urgence sécuritaire à Douchanbé. Face à la multiplication des agressions impliquant des adolescents armés, les autorités tadjikes s’efforcent d’enrayer une spirale inquiétante qui transforme les marchés de la capitale en arsenal d’accès libre.

La Direction générale du ministère de l’Intérieur (UMVD) de Douchanbé a officiellement sommé commerçants et entrepreneurs de cesser immédiatement la vente de couteaux domestiques aux mineurs. Cette mesure d’urgence intervient dans le sillage d’une série d’incidents sanglants qui témoignent d’une dégradation préoccupante du climat sécuritaire dans la capitale tadjike.

Selon les investigations menées par la police de Douchanbé, les adolescents se procurent principalement ces couteaux sur les marchés locaux et dans les points de vente d’articles ménagers. Cette facilité d’acquisition constitue le maillon faible d’un dispositif qui permet aux mineurs de s’armer sans aucun contrôle effectif.

Les autorités pointent également la responsabilité parentale dans cette escalade. La police exhorte explicitement les parents à exercer « un contrôle strict » sur le comportement et les agissements de leurs enfants, les invitant à prendre conscience de leur « responsabilité sérieuse » dans l’éducation et l’encadrement de leur progéniture.

Des incidents sanglants révélateurs d’une crise profonde

Les faits récents illustrent avec une brutalité éloquente l’acuité de cette problématique au Tadjikistan. Une altercation entre adolescents a dégénéré en rixe mortelle, le couteau en main : bilan, un mineur mort des suites de ses blessures, un autre hospitalisé dans un état critique.

Plus récemment, le 10 mai 2026, les forces de l’ordre ont évité de justesse un nouveau drame. Dans le cimetière de la mahalla Kamoli Khudjandi, dans le district de Shohmansur, une confrontation entre groupes d’adolescents avait été organisée de longue main. L’intervention préventive des autorités a permis l’arrestation de neuf mineurs, dont l’un était effectivement porteur d’un couteau.

L’opération « Noz » : une réponse sécuritaire d’ampleur

Pour contrer ce phénomène, les autorités de Douchanbé ont lancé l’opération « Noz » — « couteau », en tadjik. En l’espace d’une semaine seulement, cette campagne a conduit à l’arrestation de vingt et un commerçants vendant illégalement des armes blanches, selon les déclarations de Sirodjiddin Shakuri, responsable du service de presse de la police de Douchanbé. Cette offensive administrative s’inscrit dans une logique de prévention visant autant les vendeurs que les acheteurs potentiels. Les contrôles se sont intensifiés sur l’ensemble des points de vente, des grands bazars animés aux plus modestes échoppes de quartier.

Au-delà de la question des couteaux, ce phénomène révèle des fractures bien plus profondes au sein de la société tadjike contemporaine. L’escalade de la violence juvénile interroge l’efficacité des structures d’encadrement traditionnelles face aux mutations accélérées que connaît cette république d’Asie centrale. Si le couteau reste, dans bien des cultures, un objet du quotidien — comme en témoignent des histoires aussi différentes que celle de l’Opinel savoyard ou celle du Douk-Douk corse —, sa dérive comme arme entre les mains de la jeunesse constitue un signal d’alarme que nulle société ne peut se permettre d’ignorer.

Par Païsiy Ukhanov
Le 05/15/2026

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