Crise énergétique : au Kirghizstan, les vestons des fonctionnaires deviennent un luxe
Crise énergétique : au Kirghizstan, les vestons des fonctionnaires deviennent un luxe

Au Kirghizstan, les vestons et les cravates sont désormais dans le viseur du gouvernement. Face à une consommation électrique en forte hausse et à la pression croissante sur le réseau énergétique national, les autorités kirghizes ont décidé d’assouplir le code vestimentaire des fonctionnaires afin de réduire l’usage des climatiseurs dans les bâtiments publics.

Au Kirghizstan, les fonctionnaires devront abandonner les vestons pour réduire la consommation d’énergie

Le 13 mai 2026, le président du Cabinet des ministres kirghiz, Adylbek Kassymaliev, a signé une directive demandant aux agents de l’État de venir travailler en chemise, sans veston ni cravate. L’objectif affiché est simple : limiter la consommation d’électricité durant les périodes de chaleur, alors que le pays fait face à une demande énergétique de plus en plus difficile à satisfaire.

La mesure doit être appliquée immédiatement dans les administrations publiques. Lors d’une réunion gouvernementale, Adylbek Kassymaliev a expliqué que les tenues formelles poussaient les employés à utiliser davantage la climatisation dans les bureaux gouvernementaux. Le chef du gouvernement a notamment affirmé que « si nous portons simplement des chemises, il ne sera peut-être plus nécessaire d’allumer les climatiseurs ». Il a également insisté sur la nécessité de « préserver l’électricité » à l’approche des fortes chaleurs estivales.

Cette décision intervient dans un contexte énergétique tendu. La consommation électrique du Kirghizstan est passée de 15,4 milliards de kilowattheures en 2020 à 19,3 milliards en 2025, soit une hausse supérieure à 25% en seulement cinq ans. Les autorités kirghizes craignent désormais que la demande atteigne 25 milliards de kilowattheures d’ici 2030 si la tendance actuelle se poursuit.

À l’hiver 2025-2026, le gouvernement avait déjà imposé plusieurs mesures d’économie d’énergie en raison d’un déficit électrique national. En parallèle, le prix de l’électricité a également augmenté au 1er mai 2026 dans le pays.

Crise énergétique : au Kirghizstan, les vestons des fonctionnaires deviennent un luxe

© Жогорку Кенеш Кыргызской Республики

Abadon des vestons : le précédent japonais devenu modèle mondial

Pour justifier cette initiative, le gouvernement kirghiz s’est directement inspiré du programme japonais « Cool Biz », lancé en 2005 au Japon par le ministère de l’Environnement. Cette campagne, mise en place sous le gouvernement de l’ancien Premier ministre Junichiro Koizumi, encourageait les salariés et les fonctionnaires à abandonner les costumes, les cravates et les vêtements trop chauds pendant l’été. L’idée consistait à relever la température des climatiseurs dans les bureaux afin de réduire la consommation énergétique du pays.

Le programme recommandait notamment de régler les climatiseurs à 28 degrés Celsius dans les bâtiments administratifs. Selon les données du gouvernement japonais et du ministère de l’Environnement relayées ces dernières années par plusieurs médias japonais et internationaux, l’opération aurait permis d’économiser plusieurs millions de tonnes de CO₂ et de réduire significativement la facture énergétique nationale.

Très rapidement, l’initiative japonaise avait dépassé le simple cadre administratif. Les grandes entreprises privées avaient adopté à leur tour des codes vestimentaires plus souples pendant l’été. Certaines enseignes avaient même développé des collections spéciales de vêtements professionnels légers destinés aux salariés de bureau. Au fil des années, « Cool Biz » est devenu un symbole de la politique climatique japonaise. Après la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011, le programme avait d’ailleurs été renforcé afin de limiter davantage la consommation d’électricité dans un pays confronté à des pénuries énergétiques.

Le parallèle avec la situation kirghize est évident. Comme le Japon à certaines périodes de tension énergétique, le Kirghizstan cherche aujourd’hui des solutions rapides et peu coûteuses pour diminuer la pression sur son réseau électrique, sans imposer immédiatement des restrictions plus lourdes à la population.

La Thaïlande avait déjà tenté de supprimer les vestons dans les administrations

Le Thaïlande a lui aussi expérimenté des politiques similaires afin de réduire la climatisation dans les bâtiments publics. Au début des années 2010, plusieurs administrations thaïlandaises avaient encouragé les employés à porter des vêtements traditionnels ou des chemises plus légères pendant les périodes de forte chaleur. Le gouvernement espérait ainsi diminuer la dépendance à la climatisation dans un pays où les températures dépassent régulièrement les 35 degrés.

Bangkok avait également mené des campagnes nationales d’économie d’énergie demandant aux bureaux publics et aux entreprises de limiter l’usage des climatiseurs durant certaines heures de la journée. Comme au Japon, le lien entre vêtements professionnels et consommation électrique avait été largement mis en avant par les autorités. Dans plusieurs pays asiatiques, ces politiques reposent sur une logique simple : plus les tenues professionnelles sont légères, moins les employés ressentent le besoin de refroidir artificiellement les bureaux. Cela permet de réduire la consommation électrique tout en évitant des investissements massifs dans de nouvelles capacités de production énergétique.

Au Kirghizstan, cette approche prend cependant une dimension particulière. Le pays dépend fortement de l’hydroélectricité, mais les épisodes de sécheresse et l’augmentation rapide de la demande fragilisent le système énergétique national. Les autorités cherchent donc à multiplier les mesures d’économie avant que les pénuries ne deviennent plus fréquentes.

Même si cette décision peut sembler anecdotique, elle révèle l’ampleur des inquiétudes énergétiques dans le pays. Les climatiseurs représentent une part importante de la consommation électrique estivale dans les bâtiments administratifs modernes de Bichkek. Les autorités kirghizes misent désormais sur une combinaison de sobriété énergétique et de modernisation des infrastructures. Plusieurs projets industriels et énergétiques sont actuellement en cours afin d’augmenter les capacités de production nationales, alors que la croissance économique et démographique accroît mécaniquement la demande d’électricité.

Par Rodion Zolkin
Le 05/15/2026

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