ACWA Power, géant saoudien de l’énergie, annonce 5 milliards de dollars d’investissements supplémentaires en Ouzbékistan, portant son engagement total à plus de 20 milliards de dollars. Cette expansion couvre l’énergie renouvelable, l’hydrogène vert et les infrastructures stratégiques, consolidant un partenariat économique majeur en Asie centrale.
ACWA Power consolide sa stratégie d’expansion en Asie centrale avec un nouveau plan d’investissement record
Le géant saoudien de l’énergie ACWA Power franchit une nouvelle étape décisive dans son partenariat stratégique avec l’Ouzbékistan. Lors d’une rencontre au sommet avec le président ouzbek Shavkat Mirziyoyev, Muhammad Abunayyan, président du groupe, a confirmé l’intention d’injecter 5 milliards de dollars supplémentaires dans l’économie du pays, portant ainsi l’engagement total de la compagnie à plus de 20 milliards de dollars sur ce territoire.
Cette annonce s’inscrit dans un contexte géopolitique où les investissements énergétiques font office de leviers diplomatiques de premier ordre. Pour l’Ouzbékistan, qui mène depuis plusieurs années une transition énergétique volontariste, ce partenariat dépasse largement le simple apport de capitaux : il constitue un véritable vecteur de modernisation économique, capable d’accélérer la montée en puissance d’un pays longtemps enclavé dans les marges de l’économie mondiale.
Un portefeuille d’investissements déjà substantiel en pleine expansion
Selon Sumendra Raut, directeur financier d’ACWA Power pour l’Ouzbékistan, la compagnie avait déjà engagé 15 milliards de dollars dans le pays jusqu’en juin 2024. Le portefeuille comprend aujourd’hui 19 projets énergétiques, dont 18 dédiés aux énergies renouvelables — une orientation qui témoigne avec éloquence de l’ambition verte du groupe saoudien sur ce marché.
Les réalisations concrètes illustrent cette dynamique. En Karakalpakie, deux parcs éoliens de respectivement 1,5 GW et 100 MW sont en cours de construction, le plus important mobilisant à lui seul 1,65 milliard de dollars. Dans la région de Boukhara, les districts de Peshkun et Gijduvan accueillent chacun des projets éoliens de 500 MW, représentant un investissement de 741 millions de dollars. ACWA Power a par ailleurs signé, lors de la réunion annuelle 2026 de la Banque asiatique de développement, des accords de financement de 226 millions de dollars pour le parc éolien Bash II de 300 MW, confirmant la solidité de sa trajectoire d’investissement dans la région.
Une diversification sectorielle au-delà de l’énergie traditionnelle
L’empreinte d’ACWA Power en Ouzbékistan déborde désormais largement du seul secteur énergétique. Les projets évoqués lors de la rencontre présidentielle embrassent des domaines d’une grande diversité stratégique : la construction de l’aéroport international « Nouveau Tachkent », l’édification d’un établissement médical polyvalent à Fergana, et le lancement d’un centre de données au sein de l’IT Park national.
Muhammad Abunayyan a également mis en avant des initiatives dans l’hydrogène vert, secteur appelé à jouer un rôle central dans la décarbonation de l’économie mondiale. Le projet d’usine de production d’hydrogène vert à Chirchik, développé en partenariat avec PowerChina pour un montant de 88 millions de dollars, incarne cette orientation résolue vers les technologies d’avenir. Gazeta.uz détaille l’ensemble de ces annonces issues de la rencontre avec la présidence ouzbèke.
Une diplomatie économique renforcée malgré les tensions régionales
Les déclarations du président d’ACWA Power révèlent une posture géopolitique assumée et sans ambiguïté. « Quoi qu’il se passe dans le monde, quelle que soit la situation géopolitique, cela n’affectera en aucune manière notre partenariat avec l’Ouzbékistan », a-t-il affirmé, transmettant en ces termes la position du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.
Cette constance diplomatique s’accompagne d’initiatives culturelles inédites. ACWA Power prévoit d’allouer entre 5 000 et 6 000 mètres carrés sur le boulevard Ar-Riyad, en Arabie Saoudite, afin d’y ériger un pavillon ouzbek destiné à mettre en valeur l’histoire et le patrimoine civilisationnel du pays. Un geste symbolique, mais révélateur de la profondeur que le groupe entend donner à cette relation bilatérale.
Impacts économiques et perspectives de développement
L’ampleur des investissements d’ACWA Power reconfigure progressivement le paysage énergétique ouzbek. Les projets solaires envisagés dans les régions de Tachkent et de Samarcande, conjugués aux initiatives éoliennes déjà engagées, positionnent l’Ouzbékistan comme un hub énergétique régional en pleine émergence. Le système de stockage d’énergie par batterie de 334 MW prévu dans la région de Tachkent illustre, quant à lui, la montée en sophistication technologique que ce partenariat rend possible. Pour l’économie locale, ces chantiers génèrent des emplois qualifiés et favorisent un transfert de savoir-faire dont les effets structurels s’annoncent durables. Pour en savoir plus sur les dynamiques de la transition énergétique, notre analyse de l’Energiewende allemande offre un éclairage comparatif stimulant.
Un modèle de partenariat Sud-Sud en construction
La coopération entre ACWA Power et l’Ouzbékistan dessine les contours d’un modèle inédit de partenariat économique. Cette relation transcende les schémas hérités de la coopération Nord-Sud pour tisser une collaboration Sud-Sud fondée sur des synergies technologiques et financières propres aux économies émergentes — un phénomène dont la portée géostratégique mérite d’être soulignée.
L’engagement de long terme du groupe, matérialisé par ces 5 milliards de dollars supplémentaires, témoigne d’une confiance profonde dans le potentiel de l’économie ouzbèke. Cette stratégie s’inscrit également dans les ambitions saoudiennes de diversification et d’internationalisation portées par le programme Vision 2030. Notons que le groupe n’en est pas à son premier éclat de ce type : au Maroc, ACWA Power avait déjà suscité des interrogations sur ses pratiques tarifaires, rappelant que l’expansion du groupe n’est pas exempte de controverses à l’échelle régionale.
