La journaliste tadjike incarcérée Ulfatkhonim Mamadshoeva sélectionnée par la coalition One Free Press en 2026
La journaliste tadjike incarcérée Ulfatkhonim Mamadshoeva sélectionnée par la coalition One Free Press en 2026

Ulfatkhonim Mamadshoeva, journaliste tadjike de 68 ans condamnée à 20 ans de prison, figure parmi les dix cas les plus urgents de persécution journalistique mondiale selon la One Free Press Coalition. Cette reconnaissance internationale rappelle l’ampleur de la répression contre les médias indépendants au Tadjikistan.

Ulfatkhonim Mamadshoeva, un symbole de la répression à l’encontre le journalistes

La journaliste tadjike Ulfatkhonim Mamadshoeva figure désormais parmi les dix cas les plus urgents de persécution journalistique recensés à travers le monde. Cette reconnaissance internationale, établie par la One Free Press Coalition à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse le 3 mai 2026, place la situation de cette femme de 68 ans au cœur des préoccupations planétaires autour de l’étouffement de l’information libre.

Cette liste annuelle, compilée en collaboration avec le Committee to Protect Journalists (CPJ), l’International Women’s Media Foundation et Reporters Sans Frontières, révèle une réalité aussi précise qu’accablante : 330 journalistes croupissent actuellement derrière les barreaux dans le monde pour avoir simplement exercé leur métier. Plus alarmant encore, 61% d’entre eux sont détenus sous des accusations dites « anti-étatiques » — terrorisme, financement étranger ou complot contre l’ordre établi.

Le parcours brisé d’une journaliste vétéran

Ulfatkhonim Mamadshoeva incarne avec une acuité particulière cette dérive autoritaire qui gagne du terrain à l’échelle mondiale. Arrêtée en mai 2022 dans sa région natale du Gorno-Badakhshan, cette journaliste freelance chevronnée a vu une carrière de plusieurs décennies brutalement interrompue. Les autorités tadjikes l’accusent d’avoir orchestré les manifestations qui ont secoué cette province autonome perchée à l’est du pays.

Son parcours témoigne d’un engagement profond et constant pour l’information indépendante. Spécialisée dans les questions culturelles, sociales et géopolitiques, elle dirigeait un site d’actualités indépendant tout en présidant une ONG dédiée aux droits des femmes. Cette double posture — journaliste et militante — lui a valu une condamnation d’une sévérité hors norme.

Le tribunal l’a reconnue coupable de multiples chefs d’une gravité exceptionnelle : trahison, terrorisme, constitution d’un groupe criminel, usurpation violente du pouvoir d’État, meurtre et tentative de meurtre. Cette accumulation de charges, procédé caractéristique des régimes autoritaires pour alourdir les peines au maximum, lui a finalement valu vingt ans de réclusion.

Un contexte régional explosif

L’arrestation d’Ulfatkhonim Mamadshoeva s’inscrit dans un contexte régional d’une tension extrême. Les soulèvements de 2022 dans le Gorno-Badakhshan ont mis au jour les fractures profondes qui opposent le pouvoir central de Douchanbé à cette région montagneuse, historiquement rétive à toute tutelle.

Frontalière de l’Afghanistan et du Pakistan, cette zone autonome concentre depuis des décennies des tensions ethniques et politiques latentes. La répression qui a suivi les protestations de 2022 illustre la stratégie du régime tadjik pour museler toute voix dissidente, et plus particulièrement les médias indépendants capables de documenter les abus commis par les forces de l’ordre.

Le procès à huis clos de la journaliste, mené sans présentation de preuves convaincantes aux yeux des observateurs internationaux, démontre l’instrumentalisation de la justice à des fins purement politiques. Cette méthode, hélas répandue dans l’espace post-soviétique, vise à décourager définitivement toute velléité d’investigation journalistique.

Une liste révélatrice des dérives autoritaires contre les médias

L’inclusion d’Ulfatkhonim Mamadshoeva dans cette liste la place aux côtés de figures emblématiques de la résistance journalistique mondiale. Jimmy Lai, le magnat hongkongais de 78 ans condamné à vingt ans de prison, ou Zhang Zhan, la journaliste chinoise incarcérée pour avoir couvert l’épidémie de Covid-19 à Wuhan, illustrent la dimension planétaire de cette offensive contre la liberté d’informer.

Cette sélection révèle également la diversité géographique de la répression : l’Iran avec Reza Valizadeh, le Vietnam avec Pham Doan Trang, les Philippines avec Frenchie Mae Cumpio. D’un continent à l’autre, les méthodes varient peu : accusations de terrorisme ou d’activités anti-étatiques, allégations de financement étranger ou de collusion avec des puissances hostiles, procès à huis clos privés de toute garantie procédurale, sentences délibérément disproportionnées pour dissuader l’ensemble de la profession.

Illustration www.magnific.com.

Par Rodion Zolkin
Le 05/12/2026

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