L’Ouzbékistan stagne à la 147ème place mondiale pour la liberté de presse, selon le dernier classement annuel de Reporters sans frontières. Malgré une progression d’un rang, la situation reste « très complexe » avec un contrôle étatique persistant sur les médias.
Ouzbékistan : la liberté de presse reste entravée malgré une timide progression
L’Ouzbékistan occupe une position préoccupante dans le dernier classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Sa 147ème place sur 180 pays évalués illustre parfaitement les défis persistants auxquels se heurtent les journalistes dans cette région du monde. Cette situation révèle un paradoxe troublant : tandis que le pays s’efforce de moderniser son image sur la scène internationale, la répression vis-à-vis des journalistes demeure une réalité tangible.
Dans son dernier rapport annuel, Reporters sans frontières (RSF) fait état d’une amélioration en trompe-l’œil pour l’Ouzbékistan. Le pays gagne certes une position par rapport à 2025, mais voit paradoxalement son score global se dégrader, chutant de 35,24 à 34,95 points. Cette contradiction souligne toute la complexité de la situation médiatique dans ce pays de 35 millions d’habitants, où les apparences de progrès dissimulent mal une réalité bien plus sombre.
Une situation qualifiée de « très complexe » par les observateurs
Reporters sans frontières qualifie sans détour la situation de la liberté de presse en Ouzbékistan comme « très complexe ». Cette qualification n’a rien de fortuit : elle traduit un environnement médiatique où « critiquer les autorités demeure extrêmement difficile ». Les autorités ouzbèkes « maintiennent un contrôle rigoureux sur les médias, tandis qu’une partie significative des blogueurs entretient des liens étroits avec le gouvernement ».
Cette mainmise gouvernementale s’articule autour de plusieurs mécanismes. Le cadre juridique demeure restrictif, bridant de facto l’expression critique. L’autocensure règne largement au sein des rédactions, les journalistes anticipant les conséquences potentielles de leurs publications. Enfin, la cooptation d’influenceurs numériques par les cercles du pouvoir contribue à façonner un paysage médiatique acquis au régime.

© Reporters sans frontières
Des indicateurs contrastés révélateurs des contradictions du régime
L’analyse détaillée du classement RSF dévoile des tendances contradictoires qui caractérisent l’évolution récente de l’Ouzbékistan. Trois des cinq indicateurs évalués – politique, droit, culture et société – accusent une dégradation notable. Cette régression frappe particulièrement le volet juridique, pourtant crucial pour la protection des journalistes et la garantie de leur indépendance.
Néanmoins, deux secteurs affichent une amélioration marginale : l’indicateur économique suggère une possible diversification des sources de financement des médias, tandis que l’indicateur sécuritaire laisse entrevoir une réduction des menaces physiques directes contre les journalistes. Ces évolutions nuancées témoignent des tentatives de modernisation entreprises depuis l’arrivée au pouvoir de Shavkat Mirziyoyev en 2016, sans toutefois ébranler les structures fondamentales du contrôle étatique sur l’information.
Selon Reporters sans frontières, pour l’Ouzbékistan, plusieurs défis majeurs se profilent. D’abord, la nécessité de réviser en profondeur le cadre législatif régissant les médias et la liberté d’expression. Ensuite, l’impératif de garantir l’indépendance économique des organes de presse face aux pressions gouvernementales. Enfin, la formation d’une nouvelle génération de journalistes capables d’exercer leur métier dans le respect des standards internationaux.
Cette situation interpelle également la communauté internationale, appelée à maintenir une pression diplomatique constante pour encourager les réformes démocratiques. L’évolution de la liberté de presse en Ouzbékistan constituera un indicateur crucial de la sincérité des réformes engagées par le régime actuel et de sa capacité à rompre définitivement avec l’héritage autoritaire de son prédécesseur.
