Ouzbékistan : la police veillera à la bonne livraison de charbon et de gaz
Ouzbékistan : la police veillera à la bonne livraison de charbon et de gaz

En Ouzbékistan, le charbon et les bonbonnes de gaz liquéfié sont indispensables à l’approvisionnement énergétique de nombreux foyers. À l’approche de l’hiver, les autorités renforcent leur surveillance pour garantir la distribution de ces combustibles, alors que les détournements, les ventes illégales et les retards de livraison fragilisent le système. La police devra désormais veiller au bon acheminement des ressources jusqu’aux consommateurs, dans un contexte marqué par une profonde réforme du secteur énergétique.

Charbon et gaz liquéfié : des ressources essentielles en Ouzbékistan

Le ministère de l’Intérieur de l’Ouzbékistan a annoncé, le 6 novembre 2026, un renforcement des contrôles sur les livraisons de charbon, de gaz naturel et de gaz liquéfié à la population. Cette décision intervient à la suite d’une réunion présidée par le ministre Aziz Tashpoulatov, en présence des responsables des forces de l’ordre et des entreprises chargées de la distribution énergétique. L’objectif est de prévenir les pénuries, de lutter contre la corruption et de s’assurer que les ressources allouées aux ménages leur parviennent réellement.

La question est particulièrement sensible à l’approche de l’hiver. « L’augmentation de la demande d’énergie pendant l’automne et l’hiver exige un contrôle rigoureux de l’approvisionnement, de la distribution et de la livraison aux consommateurs », fait savoir le ministère de l’Intérieur par communiqué. Derrière cette exigence administrative se trouve une réalité quotidienne : les volumes de charbon disponibles et la régularité des livraisons de bonbonnes de gaz conditionnent directement l’accès des habitants à l’énergie.

Le gaz liquéfié occupe une place considérable dans l’approvisionnement énergétique du pays. Environ 3,8 millions de consommateurs et près de 2.000 établissements sociaux en bénéficient. Pour l’année 2026, les autorités ont prévu la fourniture de 604.800 tonnes de ce combustible. Ces volumes témoignent de l’importance des bouteilles de gaz dans le fonctionnement quotidien des foyers et des structures collectives.

Pourtant, disposer de réserves ne suffit pas. Encore faut-il que les combustibles soient livrés à intervalles réguliers. Les vérifications évoquées lors d’une réunion présidentielle de septembre ont montré que 22% des consommateurs recevaient leurs bouteilles de gaz à plus de 46 jours d’intervalle. Certains ménages sont ainsi contraints de se tourner vers les stations de ravitaillement automobile, où le combustible est commercialisé aux prix du marché. Ce décalage entre les quantités prévues et leur disponibilité effective explique l’attention portée aux circuits de distribution.

Le charbon représente l’autre composante majeure de cette organisation. Pour 2026, la compagnie nationale Uzbekcoal prévoit de produire 5,7 millions de tonnes et d’en livrer 7 millions de tonnes à l’ensemble de ses clients. Sur ce volume de livraisons, 1,53 million de tonnes doit répondre aux besoins des ménages. L’approvisionnement domestique constitue donc un volet important de son activité, aux côtés des autres consommateurs de combustible solide.

Le secteur charbonnier traverse parallèlement une transformation commerciale. Depuis le 1er juin 2026, les prix du charbon ne sont plus administrativement réglementés, rappelle Uzbekcoal. Les producteurs utilisent désormais des mécanismes de marché et des ventes aux enchères. L’introduction d’opérateurs privés doit permettre aux habitants de comparer les prix, les caractéristiques du combustible et les prestations de livraison. Ce changement rend toutefois indispensable une meilleure traçabilité des stocks, depuis les exploitations minières jusqu’aux dépôts régionaux.

Au 15 octobre 2026, Uzbekcoal avait proposé 476.445 tonnes de charbon sur la plateforme boursière destinée à l’approvisionnement de la population. Les entrepreneurs en avaient acquis 319.850 tonnes. Mais, à cette date, seules 48.127 tonnes avaient été expédiées depuis les sites d’extraction, 30 532 tonnes réceptionnées par leurs destinataires et 19é185 tonnes vendues aux ménages par l’intermédiaire de la plateforme numérique MyCoal. Ces chiffres illustrent les différentes étapes nécessaires entre l’achat d’une quantité de charbon sur le marché et sa remise effective aux consommateurs.

Pour soutenir ce dispositif, les administrations territoriales avaient identifié 81 entreprises susceptibles de participer aux livraisons. L’organisation prévoit au moins trois fournisseurs par région. Les familles peuvent commander leur combustible, choisir une livraison à domicile ou un retrait dans un point de distribution et signaler un problème de quantité ou de qualité. Les ménages inscrits au registre social bénéficient également, pour la période 2026-2027, d’une compensation équivalente à environ 22,33 euros par tonne, plafonnée à 44,65 euros par famille et par an.

En Ouzbékistan, la police traque les détournements de charbon et de gaz

Le renforcement de la surveillance répond à des irrégularités déjà documentées. En octobre 2026, les autorités ont découvert 16 affaires de stockage ou de vente illégale de charbon. Les opérations ont permis de récupérer 333,54 tonnes de combustible, ensuite affectées aux besoins de la population. La priorité consiste à empêcher que des stocks prévus pour les habitants soient soustraits au circuit officiel, notamment pendant la période de forte demande.

Le phénomène apparaît encore plus étendu dans la distribution du gaz liquéfié. Les services de police ont recensé 374 affaires de stockage ou de commercialisation illégale et récupéré 9.139 bouteilles contenant au total 92,936 tonnes de gaz. Des mesures ont été engagées pour réorienter ces ressources vers les consommateurs. Au-delà des quantités saisies, les investigations ont révélé l’implication présumée de personnels travaillant au sein même des entreprises de distribution.

Une affaire découverte dans la région de Samarcande illustre ces dysfonctionnements. Selon l’enquête présentée par le ministère de l’Intérieur, plusieurs employés de l’entreprise gazière du district de Pastdargom auraient organisé le détournement de bouteilles destinées aux habitants, en utilisant des véhicules de service. Les enquêteurs ont récupéré 3,1 tonnes de gaz, évaluées à l’équivalent de 2.382 euros. Une procédure pénale a été ouverte sur le fondement de l’article 167 du Code pénal, relatif notamment aux détournements par appropriation ou dilapidation. Les autres circonstances restent à établir.

Ces pratiques ne semblent pas isolées. Entre le 19 et le 21 octobre 2026, plus de 120 irrégularités concernant la circulation des bouteilles de gaz avaient déjà été repérées, dont 39 impliquant des employés d’organismes gaziers. Ces opérations ciblées avaient abouti à la saisie de plus de 3.000 bouteilles contenant environ 13,6 tonnes de gaz. Elles font partie des contrôles menés contre la revente clandestine de combustibles destinés aux ménages.

Dans la région de Samarcande, une autre affaire a notamment mis en évidence une opération de revente : des bonbonnes achetées pour l’équivalent d’environ 5,21 euros étaient proposées aux habitants pour près de 7,44 euros. De telles majorations montrent comment le détournement de ressources peut se traduire par une dépense supplémentaire pour le consommateur, alors même qu’un système de fourniture encadrée a été mis en place.

Face à ces dérives, la police ne se limitera pas aux contrôles ponctuels. Les nouvelles instructions prévoient de comparer les volumes réellement transportés aux quantités inscrites dans les registres, de rechercher les fausses déclarations et de vérifier l’identité des destinataires. Les agents devront aussi prévenir les prélèvements illégaux, les abus de fonction et les interventions d’intermédiaires non autorisés. La lutte contre la fraude s’étend ainsi à l’ensemble du parcours commercial des combustibles.

Le gaz liquéfié en Ouzbékistan, une distribution sous haute surveillance

Sur le terrain, cette politique s’accompagne déjà d’inspections. Dans la région de Sourkhandaria, au sud de l’Ouzbékistan, les responsables des forces de l’ordre ont examiné le fonctionnement des stations de remplissage et de distribution des districts de Mouzrabad et Djarkourgan. Les vérifications ont porté sur les conditions de remplissage des bouteilles domestiques, le respect des règles techniques et de sécurité incendie, ainsi que l’application des calendriers de livraison.

Ces inspections montrent que l’enjeu dépasse le seul volume de gaz disponible. Les bouteilles doivent être correctement remplies, conservées dans des installations adaptées puis remises aux consommateurs dans les conditions prévues. Toute interruption à l’une de ces étapes peut perturber les tournées. Les autorités cherchent donc à contrôler simultanément les opérations techniques, la sécurité des installations et la conformité des livraisons.

Des vérifications similaires concernent le charbon. Dans la région de Boukhara, les forces de l’ordre se sont rendues dans des entrepôts du district de Kagan, qui participent à l’approvisionnement de Boukhara, Romitan, Kagan, Jondor et d’autres districts. Les policiers y ont examiné les réserves disponibles, les conditions de stockage, les caméras de surveillance et les procédures d’enregistrement des marchandises. La supervision des distributions dans le district de Kagan a été confiée aux services locaux de police.

Le transport constitue un autre point sensible. Le ministère de l’Intérieur a demandé une coordination plus étroite avec le ministère des Transports et Hududgazta’minot pour surveiller les itinéraires empruntés par les véhicules transportant les combustibles. Les chargements ferroviaires feront également l’objet d’un suivi renforcé afin de vérifier que les marchandises atteignent les destinations prévues. Les mesures de protection doivent parallèlement être intensifiées dans les stations de remplissage, les entrepôts et les bases de distribution.

Une attention particulière sera accordée aux réclamations des habitants. Les autorités entendent identifier les causes des retards, contrôler les volumes effectivement reçus et empêcher toute facturation injustifiée. Les signalements doivent être examinés en coordination avec les entreprises concernées. Pour le charbon, les consommateurs disposent également de la possibilité de contester une quantité insuffisante, une mauvaise qualité ou un changement de date de livraison par l’intermédiaire du système numérique mis en place par Uzbekcoal.

L’Ouzbékistan réforme les prix du gaz liquéfié et les aides aux ménages

Le renforcement des contrôles intervient alors que le système tarifaire du gaz liquéfié est sur le point d’évoluer. À compter du 15 novembre 2026, le prix résidentiel doit passer de l’équivalent d’environ 0,15 euro à 0,37 euro par kg. Cette augmentation rend d’autant plus importante la lutte contre les quantités manquantes et les suppléments réclamés illégalement.

Les autorités ont toutefois prévu des compensations pour les familles répondant aux critères sociaux. Le mécanisme prévoit une aide équivalente à environ 0,22 euro par kg acheté, dans la limite de 20 kg de gaz liquéfié par mois. Le soutien peut ainsi atteindre environ 4,47 euros mensuels pour un ménage éligible, selon le dispositif réglementaire et le cours de référence retenu. Ces compensations doivent rester accessibles jusqu’au 1er janvier 2030 pour les catégories de bénéficiaires définies par les textes.

La réforme touche également les entreprises intervenant dans la chaîne d’approvisionnement. LPG-Trade doit organiser l’acquisition de gaz liquéfié par les mécanismes boursiers et participer à son acheminement vers la population. Le dispositif prévoit aussi un prix plafonné de fourniture équivalant à environ 0,10 euro par kg pour les opérations concernées de LPG-Trade, distinct du tarif de détail payé par les ménages. Des subventions publiques doivent contribuer à financer les coûts reconnus de cette distribution encadrée.

Cette nouvelle organisation implique une répartition précise des responsabilités entre producteurs, intermédiaires, transporteurs et distributeurs. Pour les services du ministère de l’Intérieur, l’objectif opérationnel consiste à pouvoir suivre les volumes attribués, identifier les anomalies et empêcher que les ressources subventionnées soient revendues en dehors des circuits prévus. Le recours aux entreprises privées, aussi bien pour le charbon que pour le gaz, renforce l’intérêt d’un contrôle régulier des opérations de stockage et de livraison.

Le cadre réglementaire se durcit enfin pour les pratiques de remplissage non autorisées. À partir de février 2027, le ravitaillement de bouteilles domestiques dans les stations de gaz destinées aux automobiles doit être sanctionné par des amendes. Cette mesure intervient après les constats de retards ayant poussé certains consommateurs vers ces stations. Les autorités devront donc faire respecter les nouvelles règles tout en améliorant les circuits officiels de livraison, particulièrement sollicités pendant la saison hivernale.

Illustration www.magnific.com.

Par Païsiy Ukhanov
Le 11/07/2026

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