Le Kazakhstan devrait bientôt mettre en place un impôt sur les grandes fortunes. Le président Kassym-Jomart Tokaïev souhaite examiner l’instauration d’un impôt renforcé sur les patrimoines les plus importants, au nom de la justice fiscale, a-t-il annoncé lors de son Message annuel au peuple du Kazakhstan le 28 octobre 2026. Une initiative qui rapproche Astana des débats déjà engagés dans plusieurs pays européenns et sud-américains. De la Norvège à l’Espagne, en passant par la Suisse et la France, les États ont pourtant adopté des modèles très différents pour faire contribuer les contribuables les plus fortunés.
Kazakhstan : Kassym-Jomart Tokaïev propose un impôt plus élevé pour les grandes fortunes
Le mercredi 28 octobre 2026, le président kazakhstanais Kassym-Jomart Tokaïev a proposé d’étudier la mise en place d’un taux d’imposition majoré pour les détenteurs de grandes fortunes. Cette déclaration marque une nouvelle étape dans la réflexion du Kazakhstan sur la fiscalité du patrimoine et la répartition de la charge fiscale.
L’annonce intervient dans un contexte de transformation du système fiscal national. Depuis début 2026, le pays applique déjà de nouvelles dispositions visant certains revenus élevés et biens coûteux. Mais le chef de l’État entend désormais ouvrir un débat plus large, qui pourrait déboucher sur une taxation spécifique des grandes fortunes. Pour l’heure, il ne s’agit toutefois que d’une proposition, sans taux ni calendrier d’application.
Kazakhstan : Kassym-Jomart Tokaïev place la justice fiscale au cœur du débat
« Le moment est venu de discuter de l’introduction d’un taux majoré pour les détenteurs de grandes fortunes », a déclaré Kassym-Jomart Tokaïev dans son adresse à la nation du 28 octobre 2026. Le président a chargé le gouvernement et le Kouroultaï, le parlement kazakhstanais, d’étudier cette possibilité et de formuler des propositions concrètes. La nature exacte du futur prélèvement reste donc à déterminer. S’agira-t-il d’un impôt annuel sur le patrimoine net, d’une majoration de taxes existantes ou d’un dispositif ciblant uniquement les plus grandes fortunes ? Le discours présidentiel ne tranche pas.
Kassym-Jomart Tokaïev a néanmoins fixé une limite politique à cette réflexion : le respect de la propriété privée. Il a affirmé que l’État ne cherchait pas à restreindre les actifs légalement acquis, une démarche qui serait, selon lui, contraire à la Constitution. « Il est question de justice », a-t-il insisté. Le président défend ainsi le principe d’une contribution proportionnée de chaque citoyen au développement national.
Cette orientation s’inscrit dans un programme plus vaste de modernisation fiscale. Kassym-Jomart Tokaïev a demandé une plus grande transparence et une numérisation généralisée des procédures, notamment grâce à l’intelligence artificielle. L’objectif affiché consiste à améliorer la collecte des recettes, réduire l’économie souterraine et limiter les risques de corruption.
Le chef de l’État a également évoqué les difficultés rencontrées par les entreprises dans l’application du nouveau Code fiscal. Il a demandé au gouvernement de préparer des ajustements ciblés, sans multiplier les changements réglementaires susceptibles de compliquer l’activité économique, d’après son discours officiel. La réflexion sur les grandes fortunes devra donc s’articuler avec une autre priorité présidentielle : préserver l’investissement et la compétitivité du Kazakhstan.
Un impôt plus lourd sur les actifs de luxe au Kazakhstan
Le Kazakhstan n’aborde pas cette question à partir de zéro. Bien qu’il ne possède pas d’impôt général autonome sur la fortune, plusieurs mécanismes visant les contribuables aisés sont déjà entrés en vigueur en 2026. Ils concernent principalement l’immobilier de grande valeur, certains véhicules de luxe et les revenus élevés. Dans l’immobilier, les propriétaires dont la valeur fiscale cumulée des biens dépasse environ 886.000 euros sont soumis à un calcul majoré. Le prélèvement comprend un montant fixe d’environ 5.800 euros, auquel s’ajoutent 2% de la valeur excédant ce seuil.
Cette disposition présente une particularité importante. La valeur retenue par l’administration n’est pas nécessairement celle à laquelle le propriétaire pourrait vendre son bien. L’évaluation fiscale, établie par l’organisme public compétent, peut être sensiblement inférieure au prix du marché, précise l’administration kazakhstanaise. Le dispositif ne touche donc pas automatiquement tous les propriétaires dont le patrimoine immobilier aurait une valeur marchande équivalente au seuil annoncé.
Les biens de luxe font également l’objet d’un traitement particulier. Une accise de 10% concerne certaines automobiles dont le prix d’acquisition atteint environ 153.300 euros, ainsi que les yachts et aéronefs achetés à partir d’environ 204.400 euros. Des accises comparables visent aussi certaines boissons alcoolisées particulièrement coûteuses et les cigares haut de gamme.
Parallèlement, la fiscalité des revenus a évolué. Pour les catégories de revenus relevant du barème général, le taux de 10% est maintenu jusqu’à environ 72.400 euros de revenu annuel imposable. La fraction dépassant cette limite est soumise à un taux de 15.%, conformément aux explications publiées le 3 juin 2026 par le Comité des recettes publiques. Des règles spécifiques s’appliquent notamment aux dividendes et à certains revenus professionnels.
Une distinction demeure essentielle. L’impôt sur le revenu frappe les sommes gagnées pendant une période donnée, tandis qu’un impôt sur la fortune peut porter sur des actifs déjà accumulés, même lorsqu’ils génèrent peu de revenus. La proposition de Tokaïev pourrait donc introduire une logique différente de celle des mesures fiscales actuellement en vigueur.
Cette différence soulève plusieurs questions pratiques. Faudra-t-il intégrer les participations dans les entreprises, les titres financiers, les dépôts bancaires et les propriétés détenues à l’étranger ? Les dettes seront-elles déduites ? Des exemptions seront-elles accordées aux actifs professionnels ? Aucun de ces paramètres n’a été précisé dans l’annonce présidentielle du 28 octobre.
Norvège, Espagne et Suisse : trois modèles d’impôt sur la fortune
La Norvège constitue l’un des exemples les plus établis d’imposition annuelle du patrimoine net. Contrairement à un simple prélèvement sur les logements de luxe, son dispositif prend notamment en compte l’immobilier, les dépôts bancaires, les actions et les participations économiques, après déduction des dettes et application de règles spécifiques de valorisation.
En 2026, l’impôt commence à s’appliquer au-delà d’environ 184 000 euros de patrimoine net pour une personne seule, selon le barème publié par l’administration fiscale norvégienne. Les prélèvements de l’État et des communes peuvent atteindre ensemble 1% sur une première tranche imposable. Pour la fraction des fortunes dépassant environ 2,08 millions d’euros, le taux marginal combiné peut atteindre 1,1%. Les seuils sont doublés pour certains couples soumis à une imposition commune.
L’Espagne a choisi une organisation différente. Le pays conserve un impôt sur le patrimoine net des particuliers, dont le produit est attribué aux communautés autonomes. Ces dernières disposent de compétences pour aménager les seuils, les taux et les réductions fiscales. Le minimum général exonéré est de 700.000 euros, mais il peut varier selon la région de résidence, précise l’Agence fiscale espagnole dans sa documentation applicable à la campagne 2026.
Pour compléter ce système territorial, Madrid a instauré un impôt de solidarité sur les grandes fortunes. Celui-ci cible les patrimoines nets supérieurs à 3 millions d’euros, selon l’administration fiscale espagnole. Le dispositif demeure applicable pour l’exercice 2025, dont les modalités déclaratives ont encore été modifiées par une ordonnance du 26 juin 2026, publiée le 29 juin. Il vise notamment à garantir une contribution nationale des contribuables les plus fortunés, indépendamment des différences de traitement fiscal entre régions.
La Suisse présente un troisième modèle, fondé sur une forte décentralisation. Les particuliers y acquittent un impôt sur leur fortune nette auprès des cantons et des communes, mais pas auprès de la Confédération. Les biens immobiliers, placements financiers et autres actifs patrimoniaux entrent dans l’assiette, sous réserve des exemptions et des dettes déductibles, comme l’explique l’administration fiscale du canton de Vaud.
Les conditions varient considérablement d’un canton à l’autre. Dans le canton de Vaud, le barème de base de l’impôt sur la fortune est progressif, avec des taux allant de 0,024% à 0,339%, avant application des coefficients cantonaux et communaux, selon l’administration vaudoise. À Genève, l’autorité fiscale publie pour 2026 des seuils différents selon la situation familiale, les enfants à charge et le statut du contribuable. Cette diversité illustre le rôle de l’organisation territoriale dans la taxation du patrimoine suisse.
Ces trois expériences européennes montrent qu’un impôt sur la fortune ne correspond pas à un mécanisme unique. La Norvège privilégie une taxation nationale et municipale coordonnée, l’Espagne associe autonomie régionale et prélèvement de solidarité, tandis que la Suisse laisse une place déterminante aux autorités locales. Le périmètre des actifs imposables, les exemptions et les taux applicables constituent autant de choix politiques distincts.
France et Amérique latine : des fiscalités très différentes
La France représente un cas particulier. Depuis 2018, l’impôt de solidarité sur la fortune a été remplacé par l’impôt sur la fortune immobilière, ou IFI. Cette réforme a restreint le prélèvement au patrimoine immobilier net, en excluant notamment les placements financiers qui ne correspondent pas à des actifs immobiliers imposables. L’objectif du dispositif n’est donc plus de taxer l’ensemble de la richesse détenue par un foyer.
Pour 2026, l’IFI s’applique aux patrimoines immobiliers nets taxables supérieurs à 1,3 million d’euros. Une fois ce seuil franchi, le barème progressif commence à 0,5 % sur la fraction dépassant 800.000 euros et atteint 1,5% sur la tranche supérieure à 10 millions d’euros. La résidence principale bénéficie généralement d’un abattement de 30% sur sa valeur.
En Amérique latine, plusieurs pays ont également conservé une imposition du patrimoine des particuliers. La Colombie applique notamment un impôt sur la richesse nette, calculée après déduction des dettes. Pour l’année 2026, les personnes concernées doivent déclarer leur patrimoine lorsqu’il atteint environ 1,08 million d’euros. Le paiement du prélèvement est organisé en deux échéances correspondant chacune à la moitié du montant dû.
L’Argentine dispose, quant à elle, d’un impôt annuel sur les biens personnels. Son assiette comprend des actifs situés sur le territoire national et, selon la résidence fiscale du contribuable, des avoirs détenus à l’étranger. D’après le gouvernement argentin, dans une présentation officielle publiée le 10 novembre 2025, la valeur du patrimoine est appréciée à la fin de chaque année civile. Pour l’exercice 2025, le barème ordinaire présenté par l’administration fiscale ARCA comporte des taux marginaux de 0,5%, 0,75% et 1%, auxquels s’ajoutent des règles particulières pour certaines catégories de contribuables.
L’Uruguay applique également un impôt sur le patrimoine des personnes physiques, avec des modalités distinctes selon leur statut fiscal. Pour l’exercice 2025, dont les barèmes ont été publiés le 16 janvier 2026, le taux général est fixé à 0,1% sur le patrimoine imposable excédant le minimum applicable. Certaines personnes non résidentes ne relevant pas de l’impôt sur le revenu des non-résidents sont soumises à des taux progressifs compris entre 0,7% et 1,5%.
Dans ce dernier pays, comme en Suisse ou en Espagne, la détermination du patrimoine imposable joue un rôle majeur dans le montant effectivement acquitté. Le statut de résidence, les exemptions, les règles d’évaluation des biens et les dettes reconnues par l’administration peuvent modifier sensiblement la facture fiscale. Le taux affiché ne suffit donc pas, à lui seul, à mesurer l’effort demandé aux détenteurs de patrimoine.
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