Au Kazakhstan, le président Kassym-Jomart Tokaïev prépare une transformation économique de grande ampleur. Dans son Discours annuel, le Président a annoncé un programme national de construction, relancé les ambitions nucléaires et numériques et promis des mesures sur les salaires, les entreprises et l’administration. Une même idée traverse son intervention : convertir les ressources du pays en infrastructures et en perspectives pour les citoyens.
Kazakhstan : le Président lance son « Grand chantier populaire »
Prononcé à Astana le 28 octobre 2026 devant les députés du Kouroultaï et le Gouvernement, le Discours sur l’état de la Nation intervient l’année du 35e anniversaire de l’indépendance. Le Président a rappelé l’adoption d’une nouvelle Constitution en mars 2026 et son entrée en vigueur le 1er juillet. Dans un contexte international qu’il décrit comme profondément instable, le Chef de l’État veut accélérer les réformes et consolider la souveraineté. Sa priorité : des réalisations visibles dans les régions, plutôt qu’une accumulation de stratégies sans effets sur la vie quotidienne. « Il nous appartient désormais de renforcer la souveraineté de notre pays. », a-t-il affirmé, en insistant sur la nécessité de poursuivre le développement national malgré les turbulences internationales.
« Le Kazakhstan doit se transformer en un vaste chantier de construction », a affirmé Kassym-Jomart Tokaïev dans son Message au Peuple du Kazakhstan. Baptisé « Grand chantier populaire », le programme doit s’étendre à toutes les régions et moderniser hôpitaux, écoles, infrastructures sportives, logements, réseaux d’eau et de gaz. Le Président propose de consacrer l’année 2027 à cette mobilisation. Il en attend également des retombées sur l’emploi : « Cette initiative créera des emplois pour des centaines de milliers de citoyens, et ses effets bénéfiques seront ressentis par l’ensemble de la population, en particulier par les jeunes générations. »
Le Fonds national doit engager près de 12,8 milliards d’euros d’ici à fin 2029. Environ 2,95 milliards d’euros seraient affectés aux projets sociaux entre 2026 et février 2027. Le Chef de l’État appelle à préserver un équilibre entre investissement et épargne pour les générations futures. « L’objectif fondamental, la mission même du Fonds national, consiste à préserver et à accroître la richesse nationale, en la mettant au service des générations présentes et futures. », a-t-il rappelé. La première phase comprend environ 70 équipements de santé et une cinquantaine d’établissements éducatifs, sportifs et culturels. Les PME locales devront bénéficier des commandes, tandis que les matériaux fabriqués au Kazakhstan seront privilégiés. Sur ce point, le Président a fixé une exigence claire : « Il est inadmissible d’utiliser les ressources du Fonds national pour financer les importations. » Les grandes villes seront également dotées de plans de développement et de jumeaux numériques de leurs infrastructures.
Autre priorité : le transit eurasiatique. La ligne Bakhty-Ayagoz doit augmenter de 20 millions de tonnes la capacité ferroviaire vers la Chine en 2027, a annoncé le Chef de l’État. Le projet Aral-Caspienne pourrait raccourcir le corridor transcaspien d’environ 1.000 kilomètres et les livraisons de trois jours. Le Ministère des Transports devra améliorer les routes, tandis qu’un nouvel aéroport doit être construit à Astana. L’ambition dépasse les seules infrastructures nationales : « Le Kazakhstan doit saisir cette occasion historique pour devenir, dans les faits, un centre logistique majeur de l’Eurasie. », a déclaré Kassym-Jomart Tokaïev.
Le Discours du Président place l’énergie au cœur de la souveraineté
Le Chef de l’État estime que le monde est entré dans une « ère de l’électricité ». Les 123 milliards de kilowattheures produits par le Kazakhstan restent insuffisants pour l’industrialisation et les centres de données, a-t-il averti. Il fixe un objectif d’excédent électrique durable en 2029 et demande une actualisation du bilan énergétique national à l’horizon 2035. « Nous sommes donc confrontés à une tâche fondamentalement stratégique : parvenir à un excédent énergétique durable d’ici à 2029. », a insisté le Président.
Le Gouvernement doit moderniser les centrales, développer le solaire et les technologies du charbon dit propre. Le nucléaire revient au premier plan : Kassym-Jomart Tokaïev envisage d’engager dès 2027 la centrale de Balkhach et d’accélérer celle de Moïynkoum. Il propose aussi d’étudier une réserve stratégique d’uranium et souhaite que les partenaires russes et chinois contribuent à la formation de spécialistes locaux. Le Chef de l’État insiste toutefois sur la défense des intérêts nationaux dans les discussions avec ces partenaires : « Bien entendu, toutes les positions de négociation doivent être soigneusement élaborées et concertées, en tenant compte des intérêts nationaux du Kazakhstan. »
« Nous devons faire de la géologie un secteur de haute technologie », a insisté le Président. Il réclame une exploration modernisée du sous-sol, un système national de gestion des métaux critiques et davantage de transformation industrielle sur place. L’objectif est d’intégrer les producteurs kazakhstanais aux chaînes de valeur mondiales. « L’objectif final est l’intégration du Kazakhstan dans les chaînes de production mondiales. », a-t-il précisé dans son Discours.
L’agriculture doit également monter en gamme. Après une croissance proche de 6% en 2025 le secteur doit accéder à des financements longs, à des machines modernes et à l’intelligence artificielle. Sur l’eau, le ton est plus pressant : le Président demande de limiter les pertes, de généraliser l’irrigation économe et de achever la mise sur pied du système national d’information sur les ressources hydriques. « Une utilisation économe de l’eau doit devenir un principe obligatoire de toute activité économique. », a averti Kassym-Jomart Tokaïev.
Kazakhstan : le Chef de l’État veut libérer les entreprises et le numérique
« Le Kazakhstan a l’obligation, et j’insiste sur ce terme, de bâtir une économie numérique », a déclaré Kassym-Jomart Tokaïev. Deux supercalculateurs fonctionnent déjà et un troisième est attendu avant fin 2026. Une liaison en fibre optique sous la mer Caspienne est achevée et des centres de données sont en construction.
Pour autant, le Chef de l’État refuse une numérisation limitée à l’achat de logiciels. « La transformation numérique ne doit pas se limiter à l’acquisition de logiciels coûteux sans que leur utilité pratique soit clairement comprise. », a-t-il averti. Il veut simplifier le statut de l’emploi numérique, aider les producteurs ruraux à vendre en ligne et encourager la tokenisation des actifs pour faciliter l’investissement. Le Président explique : « Pour nos citoyens, les smartphones peuvent et doivent devenir non pas tant un moyen de loisir, un jouet coûteux qui fait perdre du temps, qu’un outil de travail efficace. » « Notre objectif est de bâtir une économie numérique véritablement au service du peuple », a résumé le Président dans ce même Discours.
Le Président rappelle que les PME contribuent à 40% du PIB et à près de 70% des investissements en capital fixe. Il dénonce pourtant les amendes, inspections et obstacles qui freinent les producteurs locaux. Un nouveau moratoire de trois ans sur certains contrôles des petites entreprises pourrait commencer en janvier 2027, si la proposition est retenue par le Gouvernement et les députés. Kassym-Jomart Tokaïev établit un lien direct entre l’activité entrepreneuriale et l’indépendance économique : « Autrement dit, protéger les entreprises, c’est renforcer la souveraineté de l’économie nationale. »
Kassym-Jomart Tokaïev souhaite parallèlement recentrer la politique d’investissement autour du holding Baïterek. « La solution la plus efficace pourrait consister à déléguer au holding « Baïterek » un ensemble de questions relatives à la politique d’investissement. », a-t-il expliqué. À Alataou, il préconise un tribunal spécialisé dans les litiges commerciaux, inspiré du droit anglais, avec des modifications législatives à soumettre d’ici janvier 2027. Pour l’heure, il s’agit de réformes proposées, non de dispositifs déjà appliqués.
Le Président promet des revenus plus élevés et un État rénové
« L’inflation est, pour employer une image, un ennemi silencieux qui mine jour après jour le bien-être de nos citoyens », a déclaré Kassym-Jomart Tokaïev dans le Discours officiel. Il appelle le Gouvernement et la Banque nationale à freiner la hausse des prix et à orienter davantage le crédit vers les entreprises. « Le Code fiscal n’est ni un dogme ni une écriture sacrée, et il ne doit pas être déconnecté de la réalité », a ajouté le Président dans son Discours. Il propose de revoir certaines règles fiscales et d’étudier une imposition accrue des grandes fortunes, sans annoncer de taux.
Le Chef de l’État a demandé de relever le salaire minimum au 1er janvier 2027, de l’équivalent d’environ 167 à 217 euros. Il a formulé cette instruction en précisant les montants : « Je donne instruction au Gouvernement de porter, à compter du 1er janvier 2027, le salaire minimum de 85 000 à 110 000 tenges. » Près de 1,8 million de personnes, dont plus de 370.000 agents publics, seraient concernées. Une hausse pouvant atteindre 40% est également prévue pour certains personnels de soins primaires selon leur ancienneté, au bénéfice de plus de 77.000 professionnels.
Les besoins des enfants motivent une autre partie du programme. Ils sont environ sept millions, soit 34% des habitants. Le Président prévoit huit centres périnataux et de nouveaux hôpitaux pédiatriques. Il souhaite mieux cibler les aides sociales, tester leurs nouveaux mécanismes avant généralisation et alléger les tâches administratives des enseignants. Sur les réformes sociales, Kassym-Jomart Tokaïev appelle à la prudence : « Toute réforme doit être mûrement réfléchie, soigneusement élaborée et tenir compte de la situation réelle des citoyens. » Concernant les enseignants, il dénonce la persistance des contraintes administratives malgré la numérisation : « Autrefois, les enseignants croulaient sous la paperasserie. Aujourd’hui, ils sont occupés à remplir d’innombrables rapports sur différentes plateformes et dans divers systèmes numériques. »
Enfin, l’efficacité de l’État est directement mise en cause. L’Administration présidentielle devra présenter avant le 1er juin 2027 un plan de réforme de la gouvernance, a annoncé le Chef de l’État. Réduction des doublons, recours à l’intelligence artificielle, nouvelle éthique des fonctionnaires : le changement devra s’étendre du Gouvernement aux administrations rurales. Le Président insiste sur l’ampleur de cette transformation : « Il ne s’agit pas de changements ponctuels ou cosmétiques, mais d’une véritable réforme qui entraînera toute une série de mesures d’ordre juridique et financier. » Kassym-Jomart Tokaïev demande aussi un nouveau Code civil, dont il souhaite l’adoption avant fin 2027, pour adapter le droit aux nouvelles pratiques économiques. L’ensemble de ces ambitions s’inscrit dans l’objectif qu’il a fixé au pays : « Nous poursuivons un seul grand objectif : bâtir un Kazakhstan Juste, Fort, Intègre et Progressiste. »
