L’Ouzbékistan prépare une nouvelle étape de la transformation de son système de santé. Les hôpitaux publics pourront faire appel à des entreprises privées pour assurer certaines prestations médicales, du diagnostic à la réadaptation. Le gouvernement veut également faciliter l’installation d’équipements modernes dans les établissements publics, encourager les investissements et réduire les disparités régionales dans l’accès aux soins.
En Ouzbékistan, les hôpitaux publics vont acheter des services médicaux au privé
Le 27 octobre 2026, le président ouzbek Shavkat Mirziyoyev a annoncé une évolution du fonctionnement des hôpitaux publics lors d’une rencontre avec les professionnels de la santé et de l’industrie pharmaceutique. Désormais, l’État entend progressivement acheter certaines prestations auprès de cliniques et de sociétés médicales privées. L’objectif est de mobiliser les capacités du secteur non gouvernemental pour développer les services disponibles dans les établissements publics.
Cette annonce prolonge les orientations présentées au chef de l’État la veille, le 26 octobre 2026, dans le cadre d’un projet de réglementation destiné à renforcer la participation des entreprises au système sanitaire. Au-delà de la sous-traitance médicale, les autorités envisagent de nouvelles modalités contractuelles, des mécanismes de financement et une réorganisation territoriale des infrastructures hospitalières.
Des prestataires privés à l’intérieur des hôpitaux
Le changement annoncé concerne directement l’organisation des soins. Plutôt que de développer systématiquement leurs propres capacités techniques, les hôpitaux publics pourront acheter des prestations spécialisées à des entreprises extérieures. Celles-ci interviendront dans les établissements de santé, avec leurs équipements et leur personnel, selon les modalités qui seront définies par les futurs accords.
Plusieurs domaines médicaux sont concernés. Les autorités souhaitent notamment confier au secteur privé des prestations d’hémodialyse, des examens de laboratoire, des opérations de stérilisation du matériel médical, ainsi que des services de réadaptation et de physiothérapie. La maintenance des équipements et certaines activités de diagnostic figurent également parmi les domaines envisagés.
Pour permettre ce fonctionnement, les établissements publics mettront des locaux à la disposition des prestataires. Les entreprises pourront y installer des appareils médicaux modernes et proposer leurs services directement aux patients accueillis dans ces structures. Les prestations réalisées seront rémunérées par l’intermédiaire du système d’assurance maladie.
Le principe repose sur une nouvelle répartition des responsabilités. L’hôpital public achèterait la prestation, tandis que le partenaire privé prendrait en charge l’acquisition des appareils nécessaires, leur fonctionnement et leur renouvellement. La structure publique pourrait ainsi accéder à des équipements spécialisés sans devoir nécessairement les acheter elle-même. En contrepartie, l’entreprise serait responsable des moyens techniques mobilisés pour exécuter son contrat.
Cette organisation doit toutefois être précisée sur le plan réglementaire. Les autorités n’ont pas encore communiqué de calendrier détaillé pour le déploiement des différents services, ni les tarifs qui seront appliqués aux prestations externalisées. Les conditions exactes de sélection des entreprises et les modalités de paiement devront également être définies.
Des entreprises invitées à investir dans la santé
La durée des contrats constitue un autre élément important de la réforme. Les autorités envisagent de remplacer les accords annuels par des partenariats pouvant atteindre cinq ans. Cette prolongation doit offrir davantage de visibilité aux entreprises souhaitant engager des dépenses importantes dans des équipements médicaux ou développer de nouvelles activités.
L’enjeu est particulièrement sensible pour les services nécessitant des installations techniques spécialisées. L’acquisition de machines, leur entretien régulier et leur remplacement représentent des investissements que les prestataires doivent pouvoir planifier. Avec des engagements contractuels plus longs, les partenaires privés disposeraient d’un cadre leur permettant d’organiser leurs dépenses sur plusieurs exercices, tout en assurant la continuité des prestations achetées par les établissements publics.
Le gouvernement souhaite parallèlement revoir les procédures d’attribution des marchés. Le projet présenté au président prévoit l’élaboration de documents d’appel d’offres harmonisés et l’introduction d’un système électronique d’achats. Les responsables examinent également la possibilité de confier la gestion de certains établissements médicaux à des sociétés spécialisées. Ces différentes mesures restent à finaliser avant leur mise en application.
L’ouverture au secteur privé s’accompagnera d’une politique d’information économique. Dans chaque région, les autorités prévoient de publier les besoins du marché local des services médicaux et les conditions de financement disponibles. Les investisseurs pourront ainsi identifier les activités recherchées, les territoires concernés et les possibilités de coopération avec les structures publiques.
Les ambitions financières sont également élevées. Pour 2027, chaque région devra attirer au moins l’équivalent d’environ 134,5 millions d’euros d’investissements et de subventions dans le domaine de la santé.
Des cliniques privées puissantes mais inégalement réparties
Le recours accru aux entreprises médicales s’inscrit dans un contexte d’expansion rapide des cliniques privées en Ouzbékistan. Leur nombre est passé de 3.500 en 2017 à plus de 9.000 en 2026. Cette croissance témoigne de l’importance prise par les établissements non gouvernementaux dans l’offre nationale de soins.
Dans plusieurs spécialités, le privé occupe déjà une place prépondérante. Il représente 90% des prestations dentaires et 70% des services de diagnostic. Sa part atteint également 60% dans les domaines de l’oto-rhino-laryngologie, de l’urologie et de l’ophtalmologie. Cette présence constitue l’un des fondements de la stratégie visant à associer davantage les entreprises au fonctionnement des hôpitaux publics.
L’essor de la médecine privée reste néanmoins très contrasté selon les territoires. Dans les régions d’Andijan, de Ferghana, de Namangan et de Samarcande, ainsi qu’à Tachkent, entre 35% et 40% des cliniques privées disposent de lits d’hospitalisation. Cette proportion n’atteint pas 15% au Karakalpakstan et dans les régions de Syr-Daria, de Djizak et de Navoï.
Les différences concernent également les spécialités proposées. Les autorités estiment que le secteur privé demeure insuffisamment présent dans la réadaptation médicale, la néphrologie, l’oncologie et la neurochirurgie. La psychiatrie, l’addictologie et les soins liés à l’accouchement figurent aussi parmi les activités où sa participation doit être renforcée. Le président a demandé que ces domaines bénéficient d’une attention prioritaire dans le développement futur de la médecine privée.
Pour encourager l’ouverture de nouveaux établissements, le gouvernement prévoit de faciliter l’accès au foncier. Les gouverneurs régionaux devront identifier et publier chaque année des terrains destinés exclusivement à la construction de cliniques privées. Ces parcelles seront proposées aux enchères dans des conditions préférentielles, selon les annonces rapportées par Gazeta.uz. La nature exacte des avantages accordés, les critères d’éligibilité et les modalités d’attribution n’ont toutefois pas encore été détaillés.
Cette politique doit permettre aux investisseurs de mieux cibler les territoires et les spécialités où les besoins médicaux restent importants. Elle introduit également un lien plus direct entre les projets privés et les priorités sanitaires définies par les pouvoirs publics. Le développement de nouvelles cliniques ne serait ainsi plus envisagé indépendamment de la répartition des établissements publics et des capacités hospitalières existantes.
Les hôpitaux d’Ouzbékistan réorganisés autour des besoins locaux
L’élargissement du rôle des entreprises privées s’accompagne d’une refonte de la planification hospitalière. Les autorités souhaitent désormais déterminer l’emplacement, les capacités et les équipements des établissements à partir des besoins réels de la population. Cette orientation répond aux déséquilibres observés entre les territoires : certaines zones manquent de services médicaux, tandis que d’autres disposent d’infrastructures dont les capacités ne sont pas pleinement utilisées.
Le gouvernement prépare ainsi des schémas directeurs de développement des infrastructures sanitaires couvrant la période 2026-2036. Ces documents devront tenir compte de la croissance démographique, de la répartition géographique des habitants, des équipements existants et du temps nécessaire aux patients pour accéder aux soins. Ils permettront de déterminer les établissements à conserver, regrouper, rénover ou construire, ainsi que les moyens matériels et humains nécessaires.
Cette planification reposera d’abord sur une meilleure connaissance du patrimoine sanitaire. Un inventaire réalisé dans dix régions a permis d’identifier 3.499 sites relevant du secteur médical, soit 494 de plus que ceux répertoriés dans les données de l’Agence du cadastre, a fait savoir la présidence ouzbèke le 26 octobre 2026. Les autorités veulent désormais achever ce recensement à l’échelle nationale, établir des fiches numériques pour les différents bâtiments et constituer un registre immobilier unique du système de santé.
La région de Samarcande illustre particulièrement les déséquilibres que cette réorganisation doit corriger. Alors que 80% de sa population vit dans les districts, ces territoires ne concentrent actuellement que 41,7% des lits hospitaliers. Le schéma directeur prévoit de porter cette proportion à 67%. L’objectif est de rapprocher les capacités d’hospitalisation des habitants et d’adapter davantage l’offre médicale à leur répartition géographique.
Des projets de construction et de rénovation sont notamment envisagés à Samarcande, Urgut, Pastdargom, Kattakourgan, Ishtikhan et Payarik. Dans les trois districts d’Urgut, de Kattakourgan et de Pastdargom, les autorités prévoient de créer au total 1.500 lits supplémentaires d’ici 2030. La réorganisation des établissements spécialisés du centre régional et le développement de laboratoires centralisés, de services de stérilisation et d’équipements de diagnostic font également partie des propositions.
Le futur modèle doit aussi mieux articuler les différents niveaux de prise en charge. Les interventions complexes et les soins faisant appel à des technologies avancées seront concentrés dans des centres de référence. À l’inverse, les services médicaux courants et les soins d’urgence devront rester accessibles à l’échelle des districts. Des normes distinctes seront appliquées pour tenir compte des besoins des populations urbaines, rurales et des localités éloignées.
« Désormais, les nouveaux établissements médicaux seront créés sur la base de schémas directeurs, en tenant compte du nombre d’habitants et de leur implantation territoriale », a déclaré Shavkat Mirziyoyev. Cette orientation doit également guider les futurs programmes d’investissement dans la construction et l’équipement des infrastructures hospitalières.
Enfin, la transformation annoncée ne concerne pas seulement la localisation des établissements. Le gouvernement souhaite instaurer des exigences communes pour la conception des hôpitaux et des polycliniques, notamment en matière de circulation des patients, de prévention des infections, d’accessibilité et d’aménagement des locaux. La présidence a également annoncé un travail d’adaptation des protocoles cliniques internationaux aux conditions nationales, accompagné d’une évaluation régulière de leurs résultats.
