À Tachkent, un futur centre oncologique de 265 lits bénéficiera de l’expertise du consortium sud-coréen AUM & LEE Architects & Associates. Derrière ce contrat se dessine un projet hospitalier de longue date, soutenu financièrement par Séoul, qui associe modernisation des équipements, formation des soignants et amélioration de l’organisation des traitements.
À Tachkent, une nouvelle infrastructure pour lutter contre le cancer
Le ministère ouzbek de la Santé a annoncé, le 24 octobre 2026, la signature d’un accord de conseil avec AUM & LEE Architects & Associates pour accompagner la réalisation d’un nouveau centre national d’oncologie à Tachkent. Ce partenariat constitue une nouvelle avancée dans la coopération médicale entre l’Ouzbékistan et la Corée du Sud, déjà engagées dans plusieurs projets de construction et de modernisation d’établissements de santé. Le futur établissement doit renforcer la prise en charge spécialisée des patients atteints d’un cancer. Toutefois, le contrat nouvellement annoncé ne concerne pas directement l’exécution des travaux. Il porte sur les prestations techniques et organisationnelles nécessaires à la réalisation du projet.
Le projet a franchi une étape supplémentaire à l’issue d’une rencontre entre le ministre ouzbek de la Santé, Eldor Adilov, et Lee Won Seok, vice-président d’AUM & LEE Architects & Associates. Les discussions ont porté sur les prochaines phases de réalisation de l’établissement, ainsi que sur les modalités de l’assistance apportée par les spécialistes coréens.
La capacité prévue du centre atteint 265 lits. Cet établissement doit intégrer un pôle médical plus vaste actuellement développé dans la capitale avec la participation de la Banque d’export-import de Corée, également connue sous le nom de Korea Eximbank. Il ne s’agit donc pas d’une infrastructure isolée, mais d’un investissement inscrit dans une stratégie de coopération hospitalière entre les deux pays.
Pour Tachkent, l’enjeu dépasse l’augmentation de la capacité d’hospitalisation. Un établissement oncologique spécialisé doit aussi disposer d’une organisation adaptée aux différentes étapes du parcours des malades : examens, diagnostic, orientation vers les traitements, suivi médical et coordination entre professionnels. La qualité des équipements importe, mais celle des procédures et des compétences mobilisées est tout aussi déterminante. C’est précisément sur cette dimension organisationnelle que doit intervenir le consortium sud-coréen.
Le ministre Eldor Adilov a insisté sur cette exigence lors de sa rencontre avec les représentants de l’entreprise. « Il est important pour nous de construire un centre de grande qualité. Nous avons confiance dans l’expérience et la qualité du travail de la partie coréenne », a-t-il déclaré.
AUM & LEE Architects & Associates : une expertise médicale pour l’Ouzbékistan
La mission confiée au consortium AUM & LEE Architects & Associates couvre plusieurs dimensions essentielles du futur établissement. Les experts coréens participeront d’abord à la conception architecturale et technique, ainsi qu’à l’organisation, à la gestion et à la supervision des travaux. Leur intervention doit permettre d’accompagner les choix effectués durant les différentes phases du projet.
L’assistance portera également sur la sélection des équipements médicaux. Dans un centre consacré au cancer, cette étape occupe une place centrale : les appareils doivent correspondre aux besoins cliniques des services et s’intégrer aux installations techniques du bâtiment. Leur choix nécessite donc une coordination entre les spécialistes de la médecine, de l’ingénierie hospitalière et de l’organisation des soins. À ce stade, aucune liste définitive des appareils commandés n’a cependant été rendue publique.
Le contrat prévoit par ailleurs la planification des services médicaux et du système informatique de l’établissement. Cette dimension est particulièrement importante pour un hôpital spécialisé, où les informations produites par les examens et les différentes équipes doivent pouvoir accompagner le patient durant son parcours thérapeutique. La participation d’AUM & LEE ne se limite ainsi pas à l’architecture du centre : elle comprend également la préparation de son fonctionnement futur.
À cette assistance technique s’ajoute un volet consacré aux ressources humaines. Une formation pratique en trois étapes est programmée, selon le ministère ouzbek de la Santé. Elle concernera la qualité des soins, la radiologie, la médecine nucléaire et la radiothérapie. Ces quatre domaines, mentionnés dans le communiqué ministériel, figurent parmi les compétences essentielles d’une prise en charge oncologique moderne.
Leur rôle est complémentaire. La radiologie repose notamment sur des techniques d’imagerie permettant d’examiner les organes et de contribuer au diagnostic. La médecine nucléaire utilise des substances radioactives à des fins diagnostiques et, dans certaines indications, thérapeutiques. Quant à la radiothérapie, elle consiste à employer des rayonnements pour traiter les tumeurs. La maîtrise de ces techniques suppose des équipements adaptés, mais aussi des protocoles rigoureux et du personnel spécialement formé.
Cette formation annoncée ne permet toutefois pas d’affirmer que toutes ces prestations seront disponibles dès l’ouverture du centre. Les autorités n’ont pas encore précisé l’organisation définitive des services, les spécialités qui seront effectivement proposées ni les capacités techniques de chaque unité. Les informations publiées décrivent donc les domaines de préparation du futur établissement, plutôt qu’une offre de soins déjà arrêtée dans tous ses détails.
Un financement coréen préparé depuis plusieurs années
L’accord conclu avec AUM & LEE s’inscrit dans un programme dont les origines remontent à plusieurs années. Dès juin 2019, le gouvernement sud-coréen avait approuvé un financement concessionnel de 127,5 millions de dollars, soit environ 113,8 millions d’euros. Le mécanisme reposait sur le Fonds de coopération pour le développement économique de la Corée du Sud, connu sous son sigle EDCF, et sur Korea Eximbank.
Ce financement se distingue d’un emprunt bancaire commercial classique par les conditions préférentielles annoncées. Le prêt devait être remboursé sur une durée de 40 ans, avec une période de grâce de 10 ans et un taux d’intérêt annuel de 0,1%. Ces dispositions devaient permettre à l’Ouzbékistan d’étaler sur une longue période le financement de cette infrastructure médicale.
Le ministère ouzbek de la Santé avait été désigné comme responsable de la mise en œuvre du projet et de l’utilisation ciblée des fonds. Le remboursement du capital, des intérêts et des frais correspondants devait être assuré à partir du budget de l’État. Le montage illustre le rôle des financements publics internationaux dans la modernisation du système hospitalier ouzbek.
Il faut néanmoins distinguer le financement initialement approuvé de la dépense effectivement réalisée. Le montant annoncé plusieurs années auparavant ne permet pas, à lui seul, de connaître le coût final de la construction ni les décaissements déjà effectués. De même, la signature d’un contrat de conseil ne signifie pas que l’ensemble des marchés de travaux et de fourniture d’équipements sont attribués.
La question du calendrier demeure également ouverte. Dans le programme national d’investissement pour la période 2023-2025, la construction du centre national d’oncologie était inscrite sur un horizon allant de 2022 à 2027. Ce calendrier historique apporte un éclairage sur les ambitions initiales, mais ne saurait être considéré comme une date de livraison confirmée en octobre 2026.
Un jalon politique avait pourtant été annoncé avant le nouveau contrat. Le 15 septembre 2026, à l’occasion d’un forum économique ouzbéko-coréen organisé à Séoul, le lancement de la construction du centre national d’oncologie et d’un établissement supérieur de formation médicale à Tachkent avait été présenté parmi les projets bilatéraux. Les informations disponibles ne précisent toutefois pas l’état d’avancement exact des travaux sur le site hospitalier.
En Ouzbékistan, un pôle médical soutenu par plusieurs investissements coréens
Le futur centre de lutte contre le cancer appartient à un ensemble hospitalier beaucoup plus large. La coopération entre Tachkent et Séoul concerne également un hôpital multidisciplinaire pour adultes, dont la construction a été lancée en octobre 2025. Cet établissement distinct doit compter 300 lits. Le consortium sud-coréen Kyeryong a été désigné pour assurer sa réalisation.
Le budget de cet autre projet atteint 149,8 millions de dollars, soit approximativement 133,7 millions d’euros. Sur ce total, 124 millions de dollars, équivalant à environ 110,7 millions d’euros, doivent provenir d’un crédit accordé par l’intermédiaire de Korea Eximbank et de l’EDCF. La contribution ouzbèke s’établit à 25,8 millions de dollars, soit près de 23 millions d’euros. Ces montants concernent l’hôpital multidisciplinaire et ne doivent pas être confondus avec le financement du centre oncologique.
L’établissement généraliste est présenté comme un futur pôle de soins de haute technicité. Une fois mis en service, il devrait permettre la création de plus de 700 emplois et la réalisation d’un maximum de 8.500 opérations spécialisées chaque année. Les interventions envisagées comprennent notamment la chirurgie cardiaque, la neurochirurgie et les transplantations.
Ce programme s’inscrit dans une relation de coopération déjà matérialisée par d’autres réalisations. En 2020, l’Ouzbékistan avait mis en service, avec la participation sud-coréenne, un centre médical national pédiatrique représentant un investissement d’environ 130 millions de dollars, soit près de 116 millions d’euros au taux indicatif du 26 octobre 2026. Ce précédent illustre l’ancienneté du partenariat médical entre les deux pays.
L’ambition financière du nouveau pôle hospitalier est elle aussi importante. En mai 2026, les partenaires avaient examiné des propositions de création d’un ensemble médical à Tachkent pour une valeur globale de 424,3 millions de dollars, soit environ 378,7 millions d’euros au taux de conversion retenu. Ce chiffre correspondait à des propositions discutées à cette date et non à une dépense totale définitivement engagée. Il ne peut donc pas être assimilé au seul budget du futur centre oncologique.
Dans cette organisation, Korea Eximbank intervient comme partenaire financier du développement d’infrastructures hospitalières, tandis que des entreprises sud-coréennes apportent leurs compétences techniques selon la nature des marchés. Le rôle attribué à AUM & LEE concerne le conseil et l’organisation du projet oncologique ; celui de Kyeryong porte sur la réalisation d’un établissement multidisciplinaire distinct. Ces fonctions correspondent à des contrats différents, même si elles s’inscrivent dans un programme commun.
Pour le nouveau centre contre le cancer, plusieurs décisions opérationnelles restent à documenter. Le ministère n’a notamment pas rendu publics le montant de l’accord avec AUM & LEE, la durée des prestations de conseil, la liste définitive des équipements ou la date d’entrée en service. Les prochaines informations sur ces points permettront de mesurer plus précisément le passage des engagements annoncés à la mise en fonctionnement du futur établissement.
