Traite d’êtres humains : comment l’Ouzbékistan protège les victimes
Traite d'êtres humains : comment l'Ouzbékistan protège les victimes

Les victimes de la traite d’êtres humains en Ouzbékistan pourront bénéficier d’un hébergement sécurisé et gratuit, accompagné d’une assistance médicale, psychologique et juridique. Cette nouvelle réglementation entend faciliter leur réinsertion sociale et professionnelle. Elle intervient alors que les réseaux criminels exploitent toujours des ressortissants ouzbeks à l’étranger, notamment dans les centres de cyberescroquerie d’Asie du Sud-Est.

Traite d’êtres humains en Ouzbékistan : un hébergement gratuit et sécurisé

Le gouvernement ouzbek renforce son dispositif de lutte contre la traite d’êtres humains. Une résolution adoptée le 6 octobre 2026 et entrée en vigueur dès le lendemain précise les modalités d’accueil, de protection et de réadaptation des personnes exploitées. Cette réforme ne concerne pas uniquement l’hébergement d’urgence. Elle organise un parcours de prise en charge associant services sociaux, professionnels de santé, juristes et organismes chargés de l’emploi. L’objectif est de permettre aux victimes de retrouver une situation stable après des expériences souvent marquées par la violence, les menaces et la précarité.

La principale disposition concerne l’accueil des personnes reconnues comme victimes de la traite d’êtres humains. Elles pourront désormais séjourner gratuitement dans des établissements spécialisés pendant une durée maximale de six mois. Cette prise en charge comprend un logement sécurisé, des repas et des produits d’hygiène. Les bénéficiaires auront également accès aux soins et aux services nécessaires à leur réadaptation.

L’accès à cette protection passe par plusieurs structures. Les personnes concernées pourront s’adresser aux centres de services sociaux Inson, aux établissements spécialisés ou aux travailleurs sociaux présents dans les mahallas, les communautés locales ouzbèkes. Une ligne téléphonique nationale, le 1146, permet également de solliciter une assistance auprès de l’Agence nationale de protection sociale.

La réglementation distingue toutefois les personnes présumées victimes de celles dont le statut a été officiellement reconnu. Les premières disposent d’un mois après leur identification pour demander les prestations prévues, tandis que les secondes peuvent les solliciter pendant un an à compter de leur reconnaissance officielle. Ces délais concernent les possibilités d’accès aux services et ne doivent pas être confondus avec la durée maximale du séjour en établissement spécialisé.

Une fois la demande enregistrée, les autorités doivent déterminer les besoins de la personne concernée et évaluer sa situation familiale et économique. Cette évaluation socioéconomique doit être réalisée par les centres Inson dans un délai d’un jour ouvrable. Les services compétents pourront ensuite proposer une orientation adaptée, en fonction des difficultés médicales, administratives ou matérielles rencontrées.

Les conditions d’accueil tiennent également compte de la situation familiale. Les enfants mineurs peuvent être hébergés avec leur parent victime de la traite. Lorsqu’un mineur est lui-même concerné, son représentant légal peut l’accompagner. Une personne présentant un handicap de catégorie I peut, de son côté, être accueillie avec un aidant.

L’organisation des établissements varie selon les profils. Les femmes et leurs enfants mineurs doivent être orientés vers des structures proches de leur résidence habituelle. Les hommes, les ressortissants étrangers et les personnes rapatriées dans le cadre de programmes spéciaux seront accueillis au Centre républicain de réadaptation. Le ministère de l’Intérieur est chargé d’assurer l’accompagnement des victimes lors de leur transfert vers ces établissements.

Victimes en Ouzbékistan : un soutien médical, juridique et professionnel

L’hébergement constitue seulement une partie du dispositif. Les autorités souhaitent proposer une assistance permettant aux victimes de surmonter les conséquences immédiates de leur exploitation, puis de reconstruire progressivement leur autonomie. Chaque bénéficiaire doit ainsi disposer d’un programme individuel de réadaptation, préparé conjointement par un travailleur social, un juriste et un psychologue.

Les prestations comprennent des interventions médicales d’urgence, un accompagnement psychologique et des consultations juridiques. L’assistance administrative occupe également une place importante. Les personnes exploitées peuvent avoir perdu leurs documents ou s’en être vu privées par leurs trafiquants. Les services sociaux devront donc les accompagner dans la reconstitution de leurs papiers d’identité, ainsi que dans les démarches relatives au séjour ou à la nationalité lorsque cela s’avère nécessaire.

L’absence de documents ne doit d’ailleurs pas empêcher l’accès aux premières prestations. Les ressortissants ouzbeks, les étrangers et les apatrides dépourvus de pièces d’identité pourront recevoir une assistance médicale, psychologique et juridique pendant que les démarches d’identification seront effectuées. Cette disposition répond à une difficulté récurrente dans les situations de traite, lorsque la confiscation des passeports devient un instrument de contrôle sur les victimes.

Le gouvernement met parallèlement l’accent sur la réinsertion professionnelle. Les personnes souhaitant acquérir une qualification pourront être orientées vers des formations adaptées. Les services territoriaux chargés de l’emploi devront ensuite les accompagner dans leur recherche de travail. Les déplacements vers les établissements de réadaptation et les trajets de retour pourront être financés par le fonds Saxovat va Komak.

Pour les parents hébergés avec leurs enfants, la réglementation prévoit des solutions destinées à éviter une rupture du parcours scolaire. Une inscription temporaire dans une école ou un établissement préscolaire voisin pourra être organisée. Si nécessaire, une aide à la garde des enfants pourra aussi être proposée pendant que le parent suit une formation ou entreprend des démarches professionnelles.

L’accompagnement ne prend pas nécessairement fin à la sortie de l’établissement. Les centres Inson pourront suivre la situation des bénéficiaires pendant six mois supplémentaires, avec leur consentement. Ce suivi doit permettre de repérer d’éventuelles nouvelles difficultés et de proposer d’autres prestations si la situation l’exige.

Traite d’êtres humains : des victimes ouzbèkes au Myanmar

L’importance de ces mesures apparaît plus nettement à la lumière des formes contemporaines de traite d’êtres humains. Au Myanmar, au Laos et au Cambodge, des organisations criminelles ont développé de vastes complexes de cyberescroquerie. Elles attirent des travailleurs étrangers au moyen de fausses offres d’emploi, généralement présentées comme des postes rémunérateurs dans les nouvelles technologies, le commerce en ligne ou les services numériques. Une fois recrutées, certaines personnes se retrouvent enfermées et contraintes de participer à des fraudes visant des internautes du monde entier.

Les ressortissants ouzbeks ne sont pas épargnés. Dans une étude publiée le 28 août 2026, le Caspian Policy Center rappelle que des citoyens d’Ouzbékistan, du Kazakhstan et du Kirghizstan ont été libérés de centres d’escroquerie au Myanmar après l’intervention de diplomates d’Asie centrale. Cette opération, évoquée à propos d’événements survenus en décembre 2025, avait notamment mobilisé le consulat ouzbek à Bangkok. Des victimes étaient parvenues à signaler leur captivité et le travail frauduleux qu’on leur imposait.

Le fonctionnement de ces réseaux dépasse largement les frontières du Myanmar. Une enquête publiée le 2 octobre par l’agence EFE décrit un ancien complexe criminel situé à O’Smach, au Cambodge, près de la frontière thaïlandaise. Les journalistes y ont découvert des installations reproduisant des commissariats et des agences bancaires, des scénarios destinés à tromper les victimes d’escroqueries et des espaces soupçonnés d’avoir servi à isoler les travailleurs récalcitrants. Le site comptait plus de 150 bâtiments, dont 29 auraient accueilli jusqu’à 20.000 personnes participant à des activités frauduleuses, selon des estimations de l’armée thaïlandaise. Ces chiffres illustrent la dimension industrielle prise par certaines opérations, même si toutes les personnes présentes dans ces complexes ne peuvent être automatiquement considérées comme victimes de traite.

À l’échelle régionale, les Nations unies ont évoqué environ 300.000 travailleurs victimes de traite dans les centres de cyberescroquerie d’Asie du Sud-Est, provenant de plus de 80 pays. Ces données témoignent d’un phénomène international, dans lequel des personnes initialement recrutées pour un emploi ordinaire peuvent se retrouver forcées de commettre des infractions.

Les témoignages recueillis par les organisations de défense des victimes décrivent des passeports confisqués, des privations de liberté, des violences physiques et sexuelles, ainsi que des actes de torture. La fondation Blue Dragon Children’s Foundation affirme avoir contribué à secourir près de 800 personnes au Myanmar, au Laos et au Cambodge depuis début 2022.

La sophistication de ces organisations inquiète également les spécialistes des Nations unies. « Le degré de sophistication est préoccupant. Nous parlons d’une économie criminelle fondée sur la technologie, mais la manipulation humaine qui s’y exerce est en elle-même puissante », a expliqué Laura Gil, porte-parole de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime pour l’Asie du Sud-Est et le Pacifique.

Les opérations policières ne suffisent pas toujours à faire disparaître ces réseaux. Selon l’enquête d’EFE, certaines organisations abandonnent progressivement les grands complexes identifiables pour poursuivre leurs activités dans des appartements, des bureaux ordinaires ou des bâtiments plus discrets. « Cette industrie criminelle évolue sans cesse. Ce n’est pas seulement un problème régional, mais une menace mondiale », a déclaré Michael Brosowski, fondateur et directeur stratégique de Blue Dragon Children’s Foundation, à EFE.

Un soutien aux victimes confronté à des formes d’exploitation multiples

Pour l’Ouzbékistan, la lutte contre la traite ne se limite cependant pas aux réseaux de cybercriminalité en Asie du Sud-Est. Les ressortissants du pays peuvent également être exposés à l’exploitation sexuelle ou au travail forcé dans d’autres destinations migratoires. Les informations publiées ces derniers jours rappellent la diversité des situations auxquelles les dispositifs de protection doivent répondre.

Le 1er octobre 2026, six ressortissantes ouzbèkes ont ainsi été secourues lors d’une opération de police dans un hôtel d’Hyderabad, en Inde. Les autorités indiennes soupçonnent l’existence d’un système d’exploitation sexuelle et ont arrêté deux hommes dans le cadre de cette affaire. Une enquête pour traite des êtres humains a été ouverte. À ce stade, les faits et les responsabilités restent soumis aux investigations judiciaires.

En Ouzbékistan même, les premiers retours de la nouvelle ligne d’assistance permettent d’entrevoir l’ampleur des besoins. Sur le mois de septembre 2026, le numéro 1146 a reçu 30 signalements relatifs à la traite.

La majorité de ces appels provenaient de femmes parties à l’étranger après avoir reçu des propositions de travail, notamment en Turquie, aux Émirats arabes unis, au Kazakhstan et dans d’autres pays asiatiques. Certaines auraient ensuite subi des violences ou différentes formes d’exploitation, selon la même responsable. Ces signalements ne correspondent pas nécessairement à autant de cas juridiquement confirmés, mais ils montrent que les demandes d’assistance concernent des situations et des destinations variées.

Le dispositif institutionnel doit désormais être adapté à cette réalité. Le Centre républicain de réadaptation, placé sous l’autorité de l’Agence nationale de protection sociale, disposera d’un effectif maximal de 11 postes. Il devra participer à la prise en charge des victimes et à la coordination des services spécialisés, dans un système associant également les structures sociales territoriales.

La circulation des informations entre administrations constitue un autre chantier. L’Agence nationale de protection sociale, le ministère des Technologies numériques et le ministère de l’Intérieur doivent améliorer et intégrer les outils informatiques utilisés pour gérer les prestations d’ici au 1er novembre 2026. Le système national unifié de protection sociale devra notamment permettre d’enregistrer les évaluations, les aides fournies et les informations issues du suivi après réadaptation.

La réforme introduit ainsi une organisation plus détaillée du parcours des victimes, depuis leur premier contact avec les services sociaux jusqu’à leur retour à une vie indépendante. Sa mise en œuvre reposera sur la capacité des centres Inson, des établissements de réadaptation, des services de l’emploi et des autorités chargées de la protection à coordonner leurs interventions, notamment lorsque les personnes concernées reviennent de l’étranger sans ressources, sans documents ou sans possibilité immédiate de retrouver un logement.

Par Païsiy Ukhanov
Le 10/09/2026

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