Les Jeux nomadiques viennent de se clôturer au Kirghizstan. À Bichkek, c’est aussi un soulagement : ayant dû, sur ordre des autorités, quitter temporairement la capitale le temps de ces Jeux, les habitants peuvent désormais retrouver leur ville. Derrière les images spectaculaires de chevaux lancés au galop, de lutteurs et d’un nouveau stade monumental, cette sixième édition laisse cependant un bilan plus contrasté, marqué par une polémique sur les médailles, des mouvements de foule et plusieurs incidents.
Jeux nomadiques : Bichkek respire après le nouveau stade
Les VIes Jeux nomadiques mondiaux se sont officiellement achevés le 6 septembre 2026 à Cholpon-Ata, sur les rives du lac Issyk-Koul, au Kirghizstan. Le rendez-vous avait débuté le 31 août 2026 à Bichkek avant que l’essentiel des compétitions ne se déplace vers l’Issyk-Koul. Créés au Kirghizstan et organisés pour la première fois en 2014, les Jeux revenaient cette année dans leur pays d’origine après des éditions en Turquie puis au Kazakhstan.
Pour Bichkek, la séquence avait commencé bien avant les premières épreuves. La capitale accueillait simultanément le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghaï et l’ouverture des Jeux. Le porte-parole de la présidence, Askat Alagozov, avait conseillé aux habitants de « passer ces journées, dans la mesure du possible, sur les rives de l’Issyk-Koul ou dans d’autres lieux de repos ». L’objectif annoncé était essentiellement pratique : réduire la pression sur une ville soumise aux passages répétés des délégations et aux fermetures d’axes.
Ces contraintes ne se sont d’ailleurs pas limitées à la cérémonie d’ouverture. Le ministère kirghiz de l’Intérieur avait annoncé des restrictions de circulation du 30 août au 6 septembre 2026 dans Bichkek, dans la région de Chüy et dans la région d’Issyk-Koul. Dans la capitale, plusieurs grands axes menant notamment à l’aéroport et au Bishkek Arena étaient concernés. À Issyk-Koul, les limitations touchaient également les abords de l’hippodrome de Cholpon-Ata et la route conduisant à Kyrchyn.
Le symbole de cette montée en gamme reste le Bishkek Arena. Le nouveau stade compte 51.000 places, mesure 280 mètres de diamètre et atteint 70 mètres de hauteur. Plus de 30.000 spectateurs étaient présents pour la cérémonie des Jeux le 31 août 2026. Le bâtiment, dessiné avec des références architecturales à la yourte kirghize, accueillait alors son premier événement international d’envergure.
L’épisode possède toutefois une singularité : les Jeux ont été ouverts dans un stade qui, administrativement, n’était pas encore officiellement inauguré. La cérémonie formelle d’ouverture du Bishkek Arena est annoncée pour le 5 octobre 2026. Une autre interrogation concerne son coût définitif. Celui-ci n’était toujours pas arrêté pendant les Jeux. Une commission associant notamment la Chambre des comptes, le ministère de l’Intérieur et le parquet a été chargée de vérifier les dépenses.

© Facebook @ Дайырбек Орунбеков
Une compétition éclatée entre Bichkek et l’Issyk-Koul
Passé le grand spectacle de Bichkek, le centre de gravité s’est déplacé vers l’Issyk-Koul. À Cholpon-Ata et dans la vallée de Kyrchyn se sont succédé sports équestres, différentes formes de lutte, tir traditionnel à l’arc, jeux de force, disciplines intellectuelles et compétitions issues des cultures nomades. Au total, 114 séries complètes de médailles étaient mises en jeu, auxquelles devait s’ajouter une médaille d’or sans argent ni bronze dans la Grande lutte des nomades, soit 115 titres.
Les deux finales équestres les plus attendues ont tourné à l’avantage du pays hôte. Le Kirghizstan a écrasé le Kazakhstan 12 à 0 en kok-boru, puis s’est imposé 7 à 2 en kokpar. Le premier résultat a offert au Kirghizstan un sixième succès dans le tournoi de kok-boru des Jeux mondiaux nomadiques, selon le même média. Dans ces deux disciplines, la Russie a obtenu le bronze.
À Kyrchyn, la dimension culturelle était presque aussi importante que la compétition. Les démonstrations de chasse avec oiseaux de proie, les courses hippiques, les campements de yourtes, l’artisanat et les représentations traditionnelles ont transformé la vallée en vitrine du monde nomade. Lors de la cérémonie de clôture, le chef du gouvernement Adylbek Kasymaliev a estimé que les Jeux, nés douze ans auparavant à Issyk-Koul, avaient progressivement pris la dimension d’un mouvement culturel et sportif international.
Le relais a ensuite été transmis au Tatarstan, en Russie. La prochaine édition, la septième, doit s’y dérouler en 2028. Pour symboliser ce passage de témoin, les organisateurs kirghiz ont remis à Rustam Minnikhanov, dirigeant du Tatarstan, un récipient contenant de l’eau glaciaire collectée dans 40 districts des 7 régions du Kirghizstan.

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Jeux nomadiques : la médaille qui a fait dérailler le classement
C’est pourtant après les dernières compétitions que l’édition a pris son tour le plus controversé. Le ministère kazakhstanais du Tourisme et des Sports affirme que sa délégation a remporté 74 médailles, dont 32 d’or, 20 d’argent et 22 de bronze. Avec ce total de titres, Astana considère le Kazakhstan comme vainqueur du classement général.
La version diffusée par les organisateurs était différente. Elle créditait le Kirghizstan de 72 médailles, avec 30 en or, 29 en argent et 13 en bronze, tandis que le Kazakhstan apparaissait avec 64 récompenses, dont 29 en or, 16 en argent et 19 en bronze. L’écart entre les deux comptages kazakhs atteignait donc 10 médailles au total et 3 titres olympiques de rang équivalent.
Le problème ne tient pas seulement à deux pays qui comptent différemment. La chronologie officielle est elle-même embarrassante. Après la fin des épreuves, la table finale publiée par les organisateurs a été retirée puis remise en ligne avant de disparaître de nouveau, selon Kursiv et Sports.kz. Le site des Jeux a ensuite indiqué qu’il attendait les informations définitives du secrétariat avant de publier un tableau consolidé. Puis la doctrine a changé : le 7 septembre, l’Agence kirghize des sports a affirmé qu’aucun classement officiel des médailles ni classement général par pays n’était tenu.
« Le concept des Jeux ne repose pas sur la concurrence entre États pour une place dans un classement général », a expliqué l’Agence d’État de la culture physique et des sports du Kirghizstan. L’administration précise que les performances restent enregistrées discipline par discipline, mais qu’elles ne doivent pas aboutir à un classement unique des nations. Cette clarification n’efface cependant pas le fait qu’un classement avait bien été publié pendant la compétition par Kabar à partir de données attribuées à cette même agence.

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Foule, blessures et incidents autour de la compétition et du stade
La polémique des médailles n’a pas été le seul accroc. La finale de kok-boru à Cholpon-Ata a attiré une foule telle qu’une forte bousculade s’est formée à l’entrée. Une vidéo reprise par le média montre un policier renversé par le mouvement des spectateurs ; l’homme est presque immédiatement aidé à se relever. Le comité d’organisation a ensuite annoncé le remboursement des personnes disposant d’un billet qui n’avaient pas pu accéder aux finales, ainsi que de celles entrées dans l’enceinte sans obtenir de siège.
Le bilan médical donne une autre mesure de l’intensité de l’événement. Le ministre kirghiz de la Santé, Damirbek Osmonov, faisait état de 1.342 demandes de soins sur les sites des Jeux, dont 135 concernant des étrangers. Les services avaient enregistré 229 blessures, dont 81 situations considérées comme graves ou urgentes, et 54 hospitalisations. Au total, 340 professionnels de santé avaient été déployés sur les sites de la région d’Issyk-Koul.
Plusieurs cas illustrent la violence potentielle de certaines disciplines. Un sportif ouzbek a été traité pour une blessure à la mâchoire et une déchirure de l’oreille, tandis qu’un athlète kazakhstanais a dû se faire suturer une oreille. Un participant américain est tombé de cheval pendant une course, s’est retrouvé sous les sabots et s’est fracturé trois côtes, il n’a toutefois pas nécessité d’hospitalisation.
Un autre épisode a suscité des interrogations lors d’une course hippique : un cheval s’est effondré après avoir été retiré de l’épreuve puis a été évacué de l’hippodrome. Des témoins ont affirmé que l’animal était mort, mais le média précisait ne pas être en mesure de confirmer cette information. La mort du cheval ne peut donc pas être retenue comme un fait établi.
Enfin, l’incident le plus insolite a impliqué un aigle royal. Lors d’une épreuve avec oiseaux de chasse, le rapace a tenté de se poser sur un policier et ses serres se sont accrochées au gilet réfléchissant de l’agent, selon Kursiv du 4 septembre. Le policier a tourné sur lui-même jusqu’à l’intervention du fauconnier ; aucune blessure de l’homme ou de l’oiseau n’a été confirmée. Une scène presque légère au regard du reste des tensions, mais devenue l’une des images inattendues de cette édition des Jeux nomadiques.
