Centrale nucléaire au Kazakhstan : contrat avec Rosatom signé, le chantier doit démarrer en 2027
Centrale nucléaire au Kazakhstan : contrat avec Rosatom signé, le chantier doit démarrer en 2027

Le Kazakhstan vient de franchir l’une des étapes les plus concrètes de son retour dans le nucléaire civil de grande puissance. Un contrat de conception, de fourniture et de construction a été signé avec Atomstroyexport, filiale de Rosatom, pour la future centrale nucléaire de Balkhach, un projet destiné à modifier en profondeur le paysage énergétique du pays.

Centrale nucléaire au Kazakhstan : un contrat EPC signé entre KAES et Rosatom

Le 3 septembre 2026, à Vladivostok, Kazakhstan Nuclear Power Plants, ou KAES, et Atomstroyexport ont formalisé leur coopération lors du Forum économique oriental. Pour Astana, cette centrale nucléaire doit devenir la première installation industrielle de grande puissance du Kazakhstan et répondre à une demande d’électricité appelée à progresser avec l’industrialisation, les infrastructures, la numérisation et le développement de technologies énergivores. Cette signature donne ainsi une dimension contractuelle à un projet préparé depuis plusieurs années. Elle ne signifie toutefois pas que tous les obstacles administratifs sont levés. Les parties doivent encore poursuivre les procédures prévues par l’accord intergouvernemental russo-kazakhstanais du 28 mai 2026, notamment obtenir l’approbation requise du gouvernement du Kazakhstan.

Derrière la formule politique d’un contrat entre le Kazakhstan et Rosatom, les signataires sont précisément KAES et Atomstroyexport. Côté russe, le document a été signé par Andreï Petrov, président d’Atomstroyexport et premier directeur général adjoint de Rosatom pour l’énergie nucléaire, tandis qu’Ernat Berdigulov, directeur général de KAES, représentait la partie kazakhstanaise. Alexeï Likhachev, directeur général de Rosatom, et Almassadam Satkaliyev, président de l’Agence kazakhstanaise de l’énergie atomique, ont assisté à la cérémonie.

Le contrat relève du modèle EPC, qui regroupe ingénierie, achats et construction. Rosatom doit, en sa qualité de chef de file du consortium international, piloter toute la chaîne : conception, approvisionnement, chantier, essais, mise en service et remise de l’installation au client. Dans les prochains mois, le groupe russe doit également structurer le consortium international de fournisseurs d’équipements appelé à participer au programme.

« La signature du contrat marque le passage du projet de première centrale nucléaire au Kazakhstan à une nouvelle étape, celle de la mise en œuvre concrète », peut-on lire sur le site Internet de KAES. La formule est importante. Jusqu’ici, le dossier avait surtout été rythmé par le référendum, le choix du site, la désignation d’un partenaire technologique et les études préliminaires. La décision de bâtir la première installation nucléaire de grande puissance avait été approuvée lors du référendum national du 6 octobre 2024.

Centrale nucléaire au Kazakhstan : contrat avec Rosatom signé, le chantier doit démarrer en 2027

© Atomstroyexport

La Russie prend la main sur le chantier de Balkhach

La centrale doit être construite à proximité du village d’Ulken, dans le district de Jambyl de la région d’Almaty, sur les rives du lac Balkhach. Le choix de cette zone était déjà engagé avant la signature du contrat. Les études d’ingénierie et de terrain y ont débuté en août 2025, notamment des premiers forages destinés à analyser les caractéristiques du sous-sol. Le travail réalisé est déjà substantiel. Plus de 60 forages atteignant jusqu’à 120 mètres de profondeur ont été effectués. Les échantillons prélevés sont étudiés en laboratoire afin d’affiner le choix et les paramètres du site. Cette phase doit s’achever en 2027, avant la préparation des documents indispensables aux autorisations de construction des réacteurs.

Le calendrier reste donc conditionné par ces procédures. Rosatom prévoit l’obtention des autorisations et le démarrage de la construction en 2027. La mise en service doit intervenir dans un horizon d’environ dix ans, selon la même agence. L’entrée en exploitation est attendue en 2035-2036.

Centrale nucléaire : le Kazakhstan mise sur 2.400 MW

Le projet Balkhach comprendra deux unités représentant une puissance électrique totale de 2.400 MW. Chaque tranche reposera sur un réacteur VVER-1200 de génération III+ développant 1.200 MW. Rosatom présente cette technologie comme déjà employée ou en cours de déploiement sur plusieurs de ses projets internationaux.

La durée de service annoncée pour un VVER-1200 est de 60 ans, avec une possibilité de prolongation de 20 années supplémentaires. Ce choix engage donc le système énergétique kazakhstanais sur plusieurs décennies. L’Agence kazakhstanaise insiste d’ailleurs sur cette fonction de production de base : le nucléaire doit fournir une électricité stable à long terme, alors que la consommation nationale augmente sous l’effet de la croissance économique, de l’industrie, des infrastructures, de la numérisation et du développement de l’intelligence artificielle.

L’ambition dépasse la seule centrale de Balkhach. La stratégie de développement du secteur nucléaire adoptée par le Kazakhstan jusqu’en 2050 prévoit qu’au moins trois centrales nucléaires soient alors en fonctionnement et envisage parallèlement un quatrième projet. Astana étudie également d’autres implantations et des solutions fondées sur de petits réacteurs modulaires. La première centrale constitue ainsi le point de départ d’une politique nucléaire beaucoup plus large plutôt qu’un projet isolé.

Kazakhstan-Russie : localisation, financement et calendrier sous surveillance

Le financement sera l’un des volets les plus observés du programme. Le coût de construction est estimé à 16,4 milliards de dollars, soit environ 14,1 milliards d’euros. Une grande partie des investissements doit être couverte par un crédit à l’exportation accordé par la Russie. Astana veut parallèlement éviter que la centrale soit un projet industriel essentiellement importé. « Une attention particulière sera accordée à la localisation », a indiqué l’Agence de la République du Kazakhstan pour l’énergie atomique. L’objectif affiché est d’impliquer au maximum les entreprises kazakhstanaises, les spécialistes nationaux, ainsi que les biens, travaux et services produits dans le pays. Le gouvernement espère que le chantier favorisera de nouvelles productions, le transfert de technologies et la formation d’une main-d’œuvre qualifiée pour une filière nucléaire appelée à s’étendre.

La prochaine séquence sera donc moins cérémonielle et davantage réglementaire et industrielle. Les études du site doivent être finalisées, le dossier d’autorisation préparé, le consortium de fournisseurs constitué et les procédures avec le gouvernement kazakhstanais achevées avant le passage à la construction lourde. Pour le Kazakhstan, l’enjeu sera désormais de transformer un contrat stratégique en capacités électriques, industrielles et humaines réellement implantées sur son territoire.

Illustration www.magnific.com.

Par Païsiy Ukhanov
Le 09/03/2026

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