Une nouvelle compagnie aérienne régionale pourrait bientôt voir le jour entre le Kazakhstan et la Chine. Encore au stade des discussions, ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large d’expansion des vols entre les deux pays, avec l’objectif de mieux connecter les régions, de soutenir le tourisme et de renforcer les échanges économiques.
Une compagnie aérienne pour rapprocher le Kazakhstan et la Chine
Le 3 août 2026, le ministère kazakhstanais des Transports a confirmé que le Kazakhstan et la Chine examinaient la possibilité de créer une compagnie aérienne régionale commune. Le projet a été évoqué lors d’une rencontre entre le vice-ministre kazakh des Transports, Talgat Lastaïev, et Zhang Liang, vice-président d’Urumqi Airlines. À ce stade, aucun calendrier n’a été arrêté et les modalités de financement ou de gouvernance n’ont pas été dévoilées. Selon le ministère des Transports du Kazakhstan, les discussions s’inscrivent toutefois dans une volonté commune d’approfondir la coopération dans le secteur de l’aviation civile.
L’idée dépasse largement la création d’un nouveau transporteur. Les autorités souhaitent améliorer les connexions aériennes à l’intérieur du Kazakhstan tout en multipliant les vols avec la Chine, notamment depuis les régions les plus éloignées des grands centres urbains. Cette orientation répond à plusieurs priorités affichées par Astana : faciliter les déplacements des habitants, soutenir le développement touristique de territoires encore peu desservis et accompagner l’intensification des échanges commerciaux avec son principal voisin oriental. Selon le ministère kazakhstanais des Transports, ces nouvelles dessertes doivent également renforcer l’attractivité économique de plusieurs régions frontalières.
La compagnie aérienne misera sur les avions COMAC et les régions du Kazakhstan
L’un des éléments les plus remarquables du projet concerne le choix des appareils qui pourraient être exploités par cette future compagnie aérienne. Les discussions portent sur le COMAC C909, un avion régional conçu par le constructeur chinois COMAC. Déjà utilisé par Urumqi Airlines, cet appareil est particulièrement adapté aux dessertes de courte et moyenne distance reliant des villes de taille intermédiaire. D’après le Comité de l’aviation civile du Kazakhstan, le C909 peut accueillir jusqu’à 90 passagers et dispose d’une autonomie d’environ 3.700 km, des caractéristiques jugées compatibles avec les besoins du réseau régional envisagé.
Cette orientation n’est pas le fruit du hasard. Dès le mois de juillet 2026, soit quelques semaines avant les annonces officielles, la présidente du Comité de l’aviation civile du Kazakhstan avait rencontré les dirigeants de COMAC afin d’examiner les perspectives de coopération industrielle et commerciale entre les deux pays. Selon cette source officielle, les échanges portaient déjà sur l’utilisation des appareils chinois dans le développement des liaisons aériennes régionales et sur l’augmentation des vols entre le Kazakhstan et la Chine. Les discussions dévoilées début août apparaissent ainsi comme une nouvelle étape d’un rapprochement engagé depuis plusieurs semaines entre les autorités kazakhstanaises, le constructeur chinois et les compagnies aériennes concernées.
De nouveaux vols entre le Kazakhstan et la Chine pour renforcer les échanges
Parallèlement à la création éventuelle d’une compagnie aérienne, les discussions ont également porté sur une extension rapide des liaisons régulières entre les deux pays. Plusieurs itinéraires ont été identifiés comme prioritaires. Les partenaires étudient l’ouverture des lignes Urumqi–Karaganda, Kuldja–Astana et Kuldja–Almaty. Ces dessertes viendraient compléter un réseau aérien déjà en pleine expansion entre les deux voisins.
Les autorités kazakhstanaises souhaitent aller encore plus loin. Au cours des négociations, elles ont proposé d’ajouter Oust-Kamenogorsk et Semeï à la liste des villes susceptibles d’être reliées à la Chine. Les futurs aéroports de Zaïsan et de Katon-Karağaï, actuellement au cœur des ambitions de développement régional du pays, figurent également parmi les infrastructures appelées à intégrer ce nouveau maillage aérien. L’objectif est clair : faire émerger un réseau de vols reliant directement les régions de l’est du Kazakhstan aux provinces occidentales chinoises, sans passer systématiquement par les grands hubs nationaux.
Cette stratégie répond à plusieurs enjeux simultanés. Le premier est touristique. Les régions de Zaïsan et de Katon-Karağaï possèdent un fort potentiel naturel grâce à leurs montagnes, leurs lacs et leur proximité avec le parc national du Katon-Karağaï, mais restent relativement difficiles d’accès. En multipliant les connexions aériennes, Astana espère attirer davantage de visiteurs kazakhs et étrangers, tout particulièrement en provenance de la Chine, où le tourisme intérieur et régional connaît une croissance soutenue.
Le deuxième enjeu est économique. Le Kazakhstan cherche depuis plusieurs années à renforcer sa position de plateforme logistique entre l’Asie centrale et la Chine. De nouvelles liaisons aériennes régionales faciliteraient non seulement les déplacements des voyageurs, mais aussi ceux des entrepreneurs, des investisseurs et des délégations d’affaires. Selon le ministère des Transports, cette meilleure connectivité contribuerait directement au développement des échanges commerciaux et des investissements entre les deux pays.
Une coopération qui dépasse la seule compagnie aérienne
Le projet illustre également le rapprochement de plus en plus marqué entre les secteurs aéronautiques kazakh et chinois. Le choix envisagé des appareils COMAC C909 n’est pas anodin. En s’appuyant sur un constructeur chinois plutôt que sur les fabricants occidentaux traditionnellement présents dans la région, le Kazakhstan diversifie progressivement ses partenariats industriels. Cette évolution accompagne le renforcement plus global des relations économiques entre Astana et Pékin, notamment dans les domaines des transports, des infrastructures et des nouvelles technologies.
Le partenaire chinois pressenti possède par ailleurs une solide expérience du transport régional. Fondée en 2014, Urumqi Airlines appartient au groupe HNA Aviation. La compagnie exploite aujourd’hui une flotte de 20 avions, composée de Boeing 737-800 et de COMAC C909. Elle a également commandé 40 appareils C909 supplémentaires afin d’accompagner son développement. Son réseau couvre 46 destinations domestiques, principalement situées dans l’ouest et le centre de la Chine, des territoires dont les caractéristiques géographiques sont proches de celles de nombreuses régions du Kazakhstan.
Cette expérience constitue un atout pour un éventuel partenariat. Les COMAC C909 sont déjà utilisés sur des lignes reliant des villes secondaires où la demande ne justifie pas l’emploi d’appareils de plus grande capacité. Ce modèle opérationnel pourrait être reproduit au Kazakhstan, dont plusieurs régions souffrent encore d’une desserte aérienne limitée malgré les importants investissements engagés ces dernières années dans les infrastructures de transport.
Pour autant, de nombreuses inconnues demeurent. Les autorités n’ont communiqué ni calendrier de lancement, ni structure de gouvernance, ni répartition du capital entre les partenaires kazakhs et chinois. Aucun montant d’investissement n’a non plus été rendu public. Le projet reste donc à un stade exploratoire, même si les deux parties ont confirmé, à l’issue de leur rencontre, leur volonté de poursuivre leur coopération dans l’aviation civile. Si les discussions aboutissent, cette future compagnie aérienne pourrait devenir un nouvel instrument du rapprochement entre le Kazakhstan et la Chine, tout en transformant durablement l’offre de vols régionaux en Asie centrale.
