L’Ouzbékistan vient de lancer une ligne téléphonique nationale permettant de signaler anonymement les violences et les maltraitances vis-à-vis des enfants. Une initiative qui rappelle le dispositif déployé quelques années plus tôt par le Kazakhstan, aujourd’hui encore opérationnel sous une forme modernisée.
Ouzbékistan : les enfants maltraités désormais au cœur d’un dispositif national
Le 28 juillet 2026, l’Agence nationale de protection sociale auprès du président de l’Ouzbékistan a officiellement lancé une nouvelle ligne d’urgence destinée à recueillir les signalements de violences commises contre les enfants. Accessible via le numéro court 1246, ce service doit permettre à toute personne témoin d’une situation préoccupante d’alerter rapidement les autorités compétentes, tout en conservant son anonymat. Ce nouvel outil marque une étape supplémentaire dans le renforcement des politiques de protection de l’enfance en Asie centrale, une région où les gouvernements multiplient les initiatives pour mieux détecter les situations de maltraitance et intervenir plus rapidement.
Le nouveau service mis en place par Tachkent ne se limite pas aux seuls cas de violences physiques. Selon l’Agence nationale de protection sociale, les citoyens sont invités à contacter le 1246 dès lors qu’ils sont témoins de violences psychologiques, d’agressions sexuelles, de négligences graves ou de toute autre situation susceptible de mettre en danger la vie ou la santé d’un enfant. L’objectif est d’encourager une réaction rapide des témoins afin que les services sociaux puissent intervenir le plus tôt possible, avant que la situation ne s’aggrave.
Les autorités ouzbèkes insistent également sur un élément essentiel : la confidentialité. L’identité des personnes qui effectuent un signalement est protégée, afin de lever les craintes qui pourraient dissuader certains citoyens de dénoncer des faits de maltraitance. Dans un premier temps, le centre d’appels fonctionne en phase de test, le temps d’ajuster son organisation avant un déploiement complet à l’échelle nationale.
Pour sensibiliser la population, l’Agence nationale de protection sociale a accompagné ce lancement d’un message fort. « Chaque enfant a le droit de grandir dans un environnement sûr et aimant. Un seul appel peut changer la vie d’un enfant », lance l’institution dans un communiqué. Cette campagne traduit la volonté des autorités de faire évoluer les mentalités en rappelant que la protection des mineurs ne relève pas uniquement des institutions, mais aussi de l’ensemble de la société.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large observée depuis plusieurs années en Ouzbékistan. Le pays a progressivement renforcé son arsenal législatif et institutionnel en matière de protection sociale, tout en développant de nouveaux mécanismes destinés à mieux prendre en charge les populations vulnérables. La création d’une ligne téléphonique spécialisée constitue ainsi un maillon supplémentaire dans cette stratégie de prévention des violences faites aux enfants.
Les enfants victimes de maltraitance bénéficient désormais d’outils de signalement plus modernes
Si l’initiative ouzbèke attire aujourd’hui l’attention, elle n’est pas totalement inédite en Asie centrale. Dès 2023, le Kazakhstan avait dévoilé un ambitieux plan national consacré à la protection de l’enfance. Piloté sous l’autorité du Premier ministre Alikhan Smaïlov, ce programme faisait suite à une directive présidentielle adoptée l’année précédente et visait à mieux prévenir les violences, le harcèlement scolaire, le cyberharcèlement ainsi que les tentatives de suicide chez les mineurs.
Parmi les mesures annoncées figurait la création de « BalaQorgau », une plateforme spécifiquement destinée à accompagner les enfants confrontés à des situations de détresse. Le projet allait toutefois bien au-delà d’une simple ligne d’assistance. Les autorités kazakhstanaises prévoyaient également la mise en place d’une carte interactive recensant les violences envers les mineurs, les infractions les concernant, les cas de harcèlement ou encore les absences scolaires injustifiées. Grâce à cet outil, les services compétents devaient pouvoir identifier rapidement les situations à risque et intervenir avant qu’elles ne dégénèrent.
Le dispositif reposait également sur une approche individualisée. Chaque enfant identifié comme vulnérable pouvait bénéficier d’un suivi personnalisé grâce à un système de « case management », permettant d’assurer un accompagnement continu jusqu’à la résolution de la situation. En parallèle, le Kazakhstan annonçait vouloir former 1.000 enseignants-psychologues ainsi que 2.000 pédagogues sociaux, afin de renforcer les compétences des professionnels en contact quotidien avec les jeunes. Cette montée en puissance devait s’accompagner de nouveaux cours consacrés à la sécurité personnelle dans les établissements scolaires, ainsi que de partenariats avec plusieurs grandes plateformes numériques afin de promouvoir des contenus plus sûrs pour les mineurs.
Un modèle kazakhstanais qui a évolué plutôt que disparu
Trois ans après son lancement, le dispositif kazakhstanais a toutefois connu plusieurs évolutions. Contrairement à certaines informations ayant circulé ces derniers mois, BalaQorgau n’a pas été abandonné. Les autorités ont au contraire poursuivi son développement en l’intégrant plus largement au système national de protection de l’enfance.
Le portail BalaQorgau demeure accessible et permet toujours aux enfants, à leurs parents ou à leurs représentants légaux de solliciter une consultation ou de signaler une situation préoccupante. Les autorités kazakhstanaises mettent en avant un traitement individualisé de chaque dossier, avec un suivi assuré jusqu’à sa résolution. Le Comité pour la protection des droits des enfants précise également que chaque établissement scolaire du pays dispose désormais d’un QR code renvoyant directement vers la plateforme, afin de faciliter l’accès au service pour les élèves.
En parallèle, le Kazakhstan a renforcé son dispositif avec un chat en ligne « Bala Qorgau », accessible en continu, ainsi qu’avec le numéro national 111, destiné à recueillir les signalements concernant les violations des droits des enfants et les violences intrafamiliales. Cette évolution illustre une volonté de multiplier les canaux de contact afin de répondre aux usages numériques des plus jeunes, tout en conservant une prise en charge rapide des situations d’urgence.
L’expérience kazakhstanaise montre également que la lutte contre la maltraitance ne se limite pas à la création d’un numéro d’appel. Elle s’appuie sur un ensemble de mesures complémentaires : suivi individualisé des enfants vulnérables, coopération entre les établissements scolaires et les services sociaux, campagnes de sensibilisation, renforcement de la formation des professionnels de l’éducation et recours aux outils numériques pour améliorer le repérage des situations à risque.
Une dynamique régionale de protection de l’enfance
L’arrivée de la hotline ouzbèke témoigne d’une évolution plus large des politiques publiques en Asie centrale. Longtemps centrées sur l’intervention après les faits, celles-ci accordent désormais une place croissante à la prévention, à la détection précoce et à l’accompagnement des victimes. Les gouvernements cherchent également à responsabiliser les citoyens en leur donnant des moyens simples de signaler les violences dont ils peuvent être témoins.
Les deux pays ont néanmoins retenu des approches différentes. L’Ouzbékistan a choisi de commencer par une ligne téléphonique unique, simple d’accès et facilement identifiable grâce au numéro court 1246. Le Kazakhstan, de son côté, a progressivement construit un écosystème plus vaste, associant plateforme en ligne, chat, numéro national, suivi personnalisé des enfants et outils destinés aux établissements scolaires.
Dans les deux cas, l’objectif reste identique : réduire le nombre d’enfants victimes de violences en favorisant un signalement plus rapide et une meilleure coordination des services compétents. Les autorités ouzbèkes espèrent désormais que la confidentialité garantie aux appelants encouragera davantage de témoins à franchir le pas. « Chaque enfant a le droit de grandir dans un environnement sûr et aimant. Un seul appel peut changer la vie d’un enfant », rappelle l’Agence nationale de protection sociale.
Cette convergence des politiques publiques pourrait également favoriser les échanges d’expériences entre les pays d’Asie centrale. Les problématiques de violences envers les mineurs, de harcèlement scolaire ou de cyberharcèlement dépassent largement les frontières nationales. À mesure que les outils numériques prennent une place grandissante dans la vie quotidienne des jeunes, les États de la région semblent partager la conviction qu’une protection efficace passe autant par la prévention que par la capacité des citoyens à signaler rapidement les situations de danger.
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