La Cour constitutionnelle du Kazakhstan vient de stipuler que Kassym-Jomart Tokaïev est bien autorisé à briguer un nouveau mandat présidentiel en 2029, malgré la limitation constitutionnelle à un seul mandat de sept ans. Cette interprétation juridique réinitialise en effet le compteur des mandats avec la nouvelle Constitution entrée en vigueur le 1er juillet 2026.
Le mécanisme du « reset » constitutionnel
La Cour constitutionnelle du Kazakhstan vient d’autoriser le président Kassym-Jomart Tokaïev à se présenter à nouveau aux élections présidentielles, malgré la limitation constitutionnelle à un seul mandat de sept ans. Cette décision, rendue publique ce mardi 7 juillet 2026, repose sur une interprétation audacieuse : les mandats exercés sous l’ancienne Constitution de 1995 ne seraient pas comptabilisés dans le décompte imposé par la nouvelle Constitution, entrée en vigueur le 1er juillet 2026.
L’arrêt stipule que « pour l’application des restrictions établies par ces normes constitutionnelles, l’élection ou la nomination de telles personnes aux postes correspondants après l’entrée en vigueur de la Constitution de 2026 est considérée comme la première élection ou nomination ». Concrètement, le mandat actuel de Kassym-Jomart Tokaïev, qui expire en 2029, n’entrerait pas dans le compteur. Une nouvelle candidature en 2029 serait donc considérée comme son premier mandat sous la nouvelle Constitution, lui permettant théoriquement de gouverner jusqu’en 2036.

© Youtube @ Қазақстан Президентінің Баспасөз қызметі
Comme le précise la Cour constitutionnelle, cette clarification a été apportée en réponse à une sollicitation par Kassym-Jomart Tokaïev lui-même. Cette curiosité du chef de l’État en exercice interroge dans la mesure où il avait plusieurs fois déclaré qu’il ne briguerait pas de second mandat. « Je suis convaincu que le président de tout pays, en premier lieu le mien, est un manager public et non pas un messager de Dieu », avait-il notamment répondu dans un entretien à Al Jazeera le 30 mai 2025.
Cette rhétorique, qui tranche avec le culte de la personnalité de son prédécesseur, Noursoultan, Nazarbaïev, semblait annoncer une rupture. Pourtant, la décision de la Cour constitutionnelle ouvre la voie à une candidature en 2029, voire à un mandat supplémentaire jusqu’en 2036.
La « remise à zéro » constitutionnelle, un mécanisme bien connu dans l’ex-URSS
Ce mécanisme de « remise à zéro » n’est pas inédit en Asie centrale. La Russie, sous Vladimir Poutine, avait utilisé un stratagème similaire en 2020 lors de la réforme constitutionnelle qui réinitialisait ses mandats présidentiels. Pourtant, le Kazakhstan se distingue : la nouvelle Constitution, approuvée par 87% des électeurs lors du référendum de mars 2026, était censée incarner une rupture avec l’ère Nazarbaïev et renforcer les garde-fous démocratiques. La décision de la Cour constitutionnelle vient contredire cette promesse.

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Le Kazakhstan occupe une position stratégique en Asie centrale : premier producteur d’uranium au monde, carrefour énergétique entre l’Europe et l’Asie, membre de l’Union économique eurasiatique. Une prolongation du mandat de Kassym-Jomart Tokaïev garantirait une continuité politique appréciée par les investisseurs étrangers, mais elle fragiliserait les institutions. En consolidant son pouvoir, Kassym-Jomart Tokaïev enverrait un signal aux pays voisins, notamment l’Ouzbékistan et le Kirghizistan, où les transitions présidentielles restent des moments de tension. Le modèle kazakhstanais d’un « présidentialisme constitutionnalisé » pourrait inspirer d’autres dirigeants de la région, au détriment du pluralisme politique.
Kazakhstan : quels scénarios possibles en 2029 ?
Trois scénarios se dessinent donc. Premier scénario : Kassym-Jomart Tokaïev respecte sa parole et ne se représente pas en 2029, laissant place à une élection ouverte. Deuxième scénario : il se présente en 2029, invoquant la stabilité et la continuité des réformes, et gouverne jusqu’en 2036. Troisième scénario : il désigne un successeur avant 2029, orchestrant une transition contrôlée à la manière de Nazarbaïev en 2019.
Chaque option comporte des implications géopolitiques distinctes. Une transition en 2029 pourrait fragiliser temporairement le Kazakhstan, incitant Moscou et Pékin à renforcer leur influence. Une prolongation jusqu’en 2036 garantirait la stabilité mais alimenterait les critiques sur l’autoritarisme. Une succession orchestrée reproduirait le schéma de 2019, avec les mêmes risques d’instabilité latente.
