Au Kazakhstan, la justice accélère sa révolution numérique grâce à l’IA
Au Kazakhstan, la justice accélère sa révolution numérique grâce à l’IA

Dans la police kazakhstanaise, l’intelligence artificielle a déjà produit 231 plans d’enquête, 72 procès-verbaux d’interrogatoire, 65 actes d’accusation ainsi que 15 décisions de qualification pénale. Cette externalisation à l’intelligence artificielle des tâches quotidiennes dans le domaine policier et judiciaire répond à la voloté du président Kassym-Jomart Tokaïev d’introduire l’intelligence artificielle dans tous les domaines de la vie du pays.

L’intelligence artificielle au service des enquêteurs

Le 22 avril 2026, le Kazakhstan a présenté à la communauté internationale une vaste étude consacrée à l’intégration de l’intelligence artificielle dans le système judiciaire et policier. Intitulé « Artificial Intelligence and Digital Transformation of Law Enforcement: The Experience of the Prosecutor General’s Office of Kazakhstan », ce rapport a été élaboré par l’Institut kazakhstanais des études stratégiques auprès du président de la République, en coopération avec le Comité des statistiques juridiques et des comptes spéciaux du parquet général.

Le document retrace pour la première fois de manière systématique la transition du pays vers un modèle de sécurité publique fondé sur l’exploitation des mégadonnées et des outils d’intelligence artificielle. L’objectif affiché est de passer d’une logique de réaction aux infractions à une logique de prévention proactive.

Le rapport insiste notamment sur l’émergence d’une nouvelle architecture numérique de la sécurité. Les autorités évoquent une capacité renforcée à détecter précocement les menaces criminelles, à identifier des schémas de fraude et à anticiper certaines formes de délinquance grâce à l’analyse automatisée des données. Dans sa présentation officielle, le parquet général souligne que « la publication reflète le passage à un nouveau paradigme — de la réaction aux crimes vers leur prévention ».

Les auteurs du rapport, Aigerim Abdrashitova et Nurdaulet Zatilla, analysent également les expériences menées dans les pays de l’OCDE, dans l’Union européenne et aux États-Unis afin de comparer les approches internationales de la numérisation policière. L’étude examine ainsi les mécanismes de prévision des crimes, le traitement automatisé des plaintes citoyennes ou encore les dispositifs de surveillance numérique.

Par ailleurs, une section entière est consacrée aux enjeux futurs de l’intelligence artificielle dans la justice et la police. Le rapport s’interroge sur la capacité des institutions à intégrer davantage d’algorithmes tout en maintenant un équilibre entre efficacité opérationnelle et protection des droits des citoyens.

L’intelligence artificielle au sein de la police et de la justice : des expérimentations déjà concrètes

Plusieurs dispositifs numériques sont déjà testés dans la police et le système judiciaire du Kazakhstan. Le Parquet général expérimente actuellement un « enquêteur IA » capable d’assister les policiers dans les procédures pénales. Ce projet pilote est mené conjointement avec le ministère de l’Intérieur dans plusieurs divisions de police à Astana et dans la région d’Akmola. Les outils d’intelligence artificielle rédigent automatiquement des documents judiciaires et d’actes de procédure. L’assistant numérique a déjà produit 231 plans d’enquête, 72 procès-verbaux d’interrogatoire, 65 actes d’accusation ainsi que 15 décisions de qualification pénale.

Le Centre de prévision des menaces criminelles, créé au sein du Comité des statistiques juridiques, multiplie également les initiatives fondées sur les données massives. Selon le parquet général, 192 lettres d’information ont été adressées aux administrations publiques afin de prévenir certaines menaces émergentes.
Les autorités indiquent aussi avoir bloqué 38 ressources Internet frauduleuses et publié 16 alertes destinées aux citoyens concernant de nouveaux mécanismes d’escroquerie en ligne.

Le parquet précise en outre que les systèmes déjà déployés comprennent des outils de surveillance du cyberespace, des dispositifs d’analyse des fraudes numériques ainsi que des modèles prédictifs destinés à anticiper la criminalité de rue et la récidive.

L’intelligence artificielle comme vitrine de la modernisation du Kazakhstan

Le Kazakhstan cherche désormais à valoriser ces initiatives à l’échelle internationale. Le rapport publié en avril 2026 a été mis en ligne en anglais sur la plateforme Insights Central Asia afin d’intégrer les débats scientifiques mondiaux sur la transformation numérique des institutions publiques. Les autorités kazakhstanaises considèrent cette publication comme une démonstration concrète des réformes engagées dans l’administration publique. Selon le Parquet général, le document constitue une « confirmation scientifique » des transformations actuellement menées dans le pays.

Cette stratégie s’appuie également sur un cadre juridique récemment renforcé. La loi kazakhstanaise sur l’intelligence artificielle, signée par le président Tokaïev le 17 novembre 2025 et entrée en vigueur le 18 janvier 2026, fixe plusieurs principes de transparence, de responsabilité et de sécurité dans l’utilisation des systèmes algorithmiques.
Le texte prévoit notamment une classification des systèmes d’intelligence artificielle selon leur niveau de risque ainsi que des obligations spécifiques concernant la protection des données personnelles et la documentation des technologies utilisées. Les autorités mettent aussi en avant une approche dite « centrée sur l’humain ». Les citoyens doivent être informés lorsqu’un traitement automatisé intervient dans une procédure administrative ou judiciaire.

Cette modernisation numérique touche également la lutte contre le narcotrafic. Lors de la 69e session de la Commission des Nations unies sur les stupéfiants à Vienne, le Kazakhstan a présenté plusieurs outils fondés sur l’intelligence artificielle pour lutter contre les crimes liés à la drogue, notamment des chatbots et des solutions de détection numérique. D’après le parquet général, ces technologies ont suscité l’intérêt de plusieurs partenaires étrangers.

Par Rodion Zolkin
Le 05/29/2026

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