La mairie d’Almaty lance une offensive radicale contre les commerces illégaux
La mairie d'Almaty lance une offensive radicale contre les commerces illégaux

La Ville d’Almaty intensifie drastiquement sa lutte contre les commerces illégaux avec des mesures radicales incluant coupures d’électricité et d’eau. Plus de 1.595 installations non autorisées ont été recensées dans la métropole.

Almaty déclare la guerre aux établissements commerciaux sans permis de construire

La mairie d’Almaty, la plus grande ville du Kazakhstan, durcit considérablement le ton face aux installations commerciales illégales qui prolifèrent dans ses rues. Darhane Satybaldy, le maire de la ville, a annoncé des mesures draconiennes, parmi lesquelles la coupure d’électricité et d’eau pour contraindre les contrevenants à se conformer à la réglementation urbaine. Cette offensive s’inscrit dans une volonté ferme de restaurer l’ordre architectural et commercial d’une ville en pleine mutation.

L’ampleur du phénomène, telle que révélée par les autorités municipales, témoigne d’un problème structurel de premier ordre. Selon Berikbol Mandibayev, responsable du département de l’entrepreneuriat et des investissements, pas moins de 1.595 établissements commerciaux non stationnaires illégaux ont été recensés lors du dernier monitoring urbain — une cartographie exhaustive qui mesure toute la complexité du défi auquel se trouvent confrontées les autorités locales.

Une géographie de l’illégalité préoccupante

La répartition géographique de ces infractions dessine une carte éloquente des dysfonctionnements urbains. Parmi les installations répertoriées, 509 établissements commerciaux occupent illégalement des terrains appartenant au fonds foncier de l’État, constituant une véritable appropriation de l’espace public. Cette situation soulève des questions lancinantes quant à l’efficacité des contrôles préventifs et à la surveillance du patrimoine foncier national.

Parallèlement, 210 établissements opèrent sur des parcelles privées en violation de leur destination initiale, détournant l’usage prévu des terrains avec une désinvolture qui illustre les dérives spéculatives et le peu de cas que font certains entrepreneurs des permis de construire délivrés à d’autres fins. Enfin, 876 installations transgressent les exigences du code design municipal, compromettant l’harmonie architecturale que les autorités s’évertuent à préserver.

La mairie d'Almaty lance une offensive radicale contre les commerces illégaux

© Акимат Алматы

Des sanctions exemplaires annoncées

Face à cette situation, le maire Satybaldy n’a guère ménagé ses mots lors de la réunion municipale consacrée à ce dossier épineux. « Il convient d’initier la coupure d’électricité et d’approvisionnement en eau, de collaborer avec la police pour engager la responsabilité administrative des propriétaires. Il ne doit y avoir aucune exception », a-t-il déclaré avec une fermeté qui tranche nettement avec les approches jusqu’alors privilégiées.

Cette stratégie coercitive s’accompagne d’une critique acerbe des résultats obtenus à ce jour. Depuis le début de l’année, seuls 157 objets illégaux ont été démontés dans Almaty, un rythme que l’édile juge « insuffisant pour la ville ». Cette cadence, qui représente moins de 10 % des installations recensées comme problématiques, mesure à elle seule l’ampleur du défi logistique et administratif.

Responsabilisation des échelons locaux

L’approche retenue par la municipalité d’Almaty mise sur une responsabilisation accrue des maires d’arrondissement, désormais chargés d’effectuer des rondes quotidiennes pour identifier les nouvelles infractions et surveiller l’évolution de la situation. Cette décentralisation de la surveillance aspire à tisser un maillage territorial plus dense et plus réactif, capable de devancer les contournements que toute règle suscite inévitablement.

Le maire a fixé un ultimatum d’un mois pour observer des « résultats plus tangibles », instaurant une pression temporelle sur l’ensemble de l’administration municipale. Cette exigence managériale traduit une volonté de rupture avec des pratiques antérieures jugées trop complaisantes, voire trop indulgentes.

La mairie d'Almaty lance une offensive radicale contre les commerces illégaux

© Акимат Алматы

Modernisation de l’encadrement commercial

Paradoxalement, cette répression s’accompagne d’efforts sincères pour légaliser et encadrer le commerce de rue. La municipalité a approuvé 142 emplacements officiels destinés à l’installation d’objets commerciaux non stationnaires, avec l’ambition d’en augmenter le nombre d’ici la fin de l’année. Cette stratégie du bâton et de la carotte vise à canaliser l’entrepreneuriat commercial plutôt qu’à l’asphyxier.

Concernant les terrasses estivales des établissements de restauration — qui concernent environ 30% des cafés et restaurants de la ville — les autorités reconnaissent les défaillances du système actuel. Des procédures d’autorisation labyrinthiques poussent de nombreux entrepreneurs vers l’illégalité, engendrant un cercle vicieux que la municipalité entend briser par une simplification administrative bienvenue.

Quand la croissance de l’économie informelle se heurte aux impératifs de la planification urbaine moderne

Cette offensive contre les installations illégales dépasse largement la simple question réglementaire pour toucher aux défis fondamentaux du développement urbain dans les métropoles post-soviétiques. Almaty, forte de ses 1,9 million d’habitants, cristallise les tensions entre croissance économique informelle et planification urbaine moderne — une contradiction que connaissent bien d’autres grandes villes de la région.

Les installations commerciales non autorisées, selon les autorités municipales, « créent des obstacles pour les piétons, violent l’aspect architectural de la ville et deviennent source de plaintes de la part de la population ». Cette description, aussi sobre soit-elle, recouvre des dimensions multiples : accessibilité des espaces publics, cohérence esthétique du tissu urbain et qualité de vie quotidienne des citadins.

Les mesures annoncées par les autorités municipales s’inscrivent ainsi dans une tendance plus large de « normalisation » urbaine observable dans de nombreuses capitales d’Asie centrale, où les pouvoirs publics s’emploient à concilier héritage soviétique, dynamisme économique et exigences contemporaines d’un aménagement urbain digne de ce nom.

Par Païsiy Ukhanov
Le 05/13/2026

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