Le Kazakhstan reconnaît officiellement être pris au piège du revenu intermédiaire, selon son président Kassym-Jomart Tokaïev. Face à l’épuisement des moteurs traditionnels de croissance, le pays mise sur l’intelligence artificielle et la transformation numérique pour éviter la stagnation économique.
Kazakhstan : la transformation numérique comme remède à la stagnation économique
Le Kazakhstan traverse un moment décisif de son évolution économique. Confronté à des défis structurels qui compromettent sa trajectoire de croissance, le président Kassym-Jomart Tokaïev a reconnu que son pays se heurte désormais au redoutable « piège du revenu intermédiaire ». Cette problématique, conceptualisée par les économistes du développement, caractérise les nations dont les ressorts traditionnels de croissance s’épuisent sans que n’émergent de nouveaux moteurs d’expansion.
Le 4 mai 2026, lors d’un conseil stratégique dédié au développement de l’intelligence artificielle organisé à Almaty, le chef d’État kazakhstanais a livré une analyse sans fard de la situation économique nationale. « Il convient d’admettre l’expertise qui considère que le Kazakhstan se trouve confronté au piège classique du revenu intermédiaire », a-t-il affirmé, mettant l’accent sur l’impérieuse nécessité d’une transformation structurelle d’envergure.
L’épuisement du modèle économique traditionnel
Cette prise de conscience survient à un moment charnière où les fondements de l’économie kazakhstanaise révèlent leurs fragilités. Kassym-Jomart Tokaïev a identifié avec précision les facteurs de cette impasse : « les sources traditionnelles de croissance, notamment les ressources naturelles et la main-d’œuvre à coût réduit, approchent de leur point d’épuisement, tandis que les nouveaux leviers ne sont pas encore pleinement développés et mobilisés ».
Cette analyse reflète une réalité commune à de nombreuses économies émergentes dotées d’abondantes matières premières. L’économie kazakhe, longtemps portée par ses considérables réserves pétrolières et minières, se trouve aujourd’hui contrainte de diversifier ses sources de revenus. La dépendance aux fluctuations des cours des matières premières, génératrice de volatilité chronique, ne saurait plus constituer l’unique fondement du développement national.

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Parallèlement, l’avantage comparatif procuré par des coûts salariaux modérés s’érode progressivement. Cette évolution, inhérente au processus de développement économique, exige une montée en gamme vers des activités à plus forte valeur ajoutée. À défaut de cette transition, le pays risque de demeurer enlisé dans une croissance atone, symptomatique du piège du revenu intermédiaire.
L’intelligence artificielle comme catalyseur de transformation
Face à ces enjeux majeurs, le président kazakh place résolument ses espoirs dans la révolution numérique. « Afin de prévenir la stagnation économique, il s’avère nécessaire d’assurer la transition vers l’économie numérique par le développement de solutions plateformes d’envergure », a-t-il déclaré. Cette stratégie s’inscrit dans une vision holistique où l’intelligence artificielle occupe une position centrale.
Kassym-Jomart Tokaïev a particulièrement insisté sur l’impératif de repenser l’administration publique à travers le prisme technologique. Selon sa vision, « en l’absence d’un système unifié de données gouvernementales, l’intelligence artificielle demeurera inefficace ». Cette approche vise à métamorphoser les services publics en « un système d’exploitation imperceptible mais ultra-performant qui élimine les pesanteurs bureaucratiques excessives ».
L’ambition affichée suscite l’admiration : réduire drastiquement les délais administratifs. « Dans le système traditionnel, le cheminement de la réception de la demande à la prise de décision s’étend sur plusieurs jours, parfois plusieurs semaines. Idéalement, ce cycle devrait se réduire à quelques secondes, générant une accélération spectaculaire de la rotation du capital à l’échelle nationale », a précisé le dirigeant chef de l’État kazakhstanais.

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Les défis de la course technologique mondiale
Kassym-Jomart Tokaïev n’a pas esquivé les obstacles inhérents à cette transformation. Il a notamment mis en garde contre « l’écart technologique croissant entre économies développées et émergentes », s’appuyant sur des données de laboratoires internationaux. Cette fracture numérique mondiale constitue un défi de taille pour les pays comme le Kazakhstan.
« L’intelligence artificielle entraîne une concentration du capital et des technologies entre les mains des leaders mondiaux, créant un ‘fossé technologique’ infranchissable sans intervention réglementaire opportune et déterminée », a-t-il analysé avec acuité.
Cette situation rappelle les enjeux décrits dans les analyses économiques contemporaines, où l’interdépendance mondiale peut aussi bien constituer une opportunité qu’un facteur de vulnérabilité, particulièrement visible dans les dynamiques des marchés énergétiques qui impactent directement l’économie kazakhstanaise.
Une mobilisation institutionnelle coordonnée
Cette stratégie présidentielle s’accompagne d’une mobilisation gouvernementale tangible. Fin avril 2026, le Premier ministre Olzhas Bektenov avait déjà donné directive aux instances étatiques d’intégrer l’intelligence artificielle dans leurs prévisions de développement économique. Cette démarche témoigne d’une approche systémique visant à exploiter pleinement le potentiel de l’IA dans la planification économique.
Les autorités kazakhstanaises misent sur la capacité de ces technologies à « traiter d’immenses volumes de données, déceler des régularités et formuler des prévisions d’une précision accrue ». Cette orientation s’inscrit dans une logique de modernisation de l’appareil étatique, condition indispensable à la transformation économique envisagée. Néanmoins, le succès de cette ambitieuse transition dépendra largement de la capacité du pays à cultiver les compétences requises et à attirer les investissements dans l’écosystème technologique. Les défis demeurent considérables, nécessitant une coordination sans faille entre les différents acteurs du développement.

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Perspectives et enjeux de mise en œuvre
L’initiative kazakhstanaise s’inscrit dans un contexte géographique singulier, celui d’un État continental aux défis logistiques considérables. Cette situation géographique, à la croisée de l’Europe, de l’Asie et de la Russie, pourrait néanmoins se muer en atout dans le développement de solutions numériques adaptées aux vastes territoires.
La concrétisation de cette transformation numérique exigera la convergence de plusieurs facteurs critiques : le déploiement d’infrastructures numériques robustes sur l’ensemble du territoire, la formation de compétences techniques avancées au sein de la population active, l’attraction d’investissements étrangers dans les secteurs technologiques et la création d’un écosystème propice à l’innovation.
Cette stratégie gouvernementale illustre magistralement les défis auxquels sont confrontées les économies émergentes dans un monde en mutation technologique accélérée. Le pari du Kazakhstan sur l’intelligence artificielle constitue une réponse pragmatique aux contraintes du piège du revenu intermédiaire, bien que sa matérialisation nécessite un engagement sur le long terme et des ressources substantielles.
