En 2025, le Kazakhstan célèbre le 180ᵉ anniversaire d’Abaï Kounanbaïuly, poète national et figure philosophique universelle. Ses écrits, empreints de sagesse et de quête morale, résonnent encore aujourd’hui, tandis qu’à Paris, un buste dans le Square des Poètes rappelle que son héritage dépasse largement les frontières du Kazakhstan.
Abaï Kounanbaïuly, poète et philosophe fondateur pour le Kazakhstan
Le 10 août 2025 marque une date importante au Kazakhstan : la naissance, il y a 180 ans, d’Abaï Kounanbaïuly, poète majeur de pays. Fondateur de la littérature écrite kazakhe moderne, traducteur des grands auteurs européens, penseur visionnaire et critique de la société de son temps, il continue d’incarner une voix universelle. Ses œuvres ne se limitent pas à la poésie : elles portent un projet culturel et moral qui demeure central dans l’identité kazakhe contemporaine. Son buste, inauguré en 2021 au Square des Poètes à Paris, témoigne de cette reconnaissance internationale.
Né le 10 août 1845 dans la région de Semipalatinsk, Abaï Kounanbaïuly est considéré comme le père de la littérature kazakhe écrite. Il nous a laissé environ 170 poèmes et 56 traductions en langue kazakhe des plus grands auteurs européens et russes, tels que Krylov, Lermontov, Pouchkine, Goethe ou Byron. Ces chiffres traduisent l’ampleur d’un travail qui, dès la fin du XIXᵉ siècle, reliait les steppes à l’horizon culturel européen.
Ses Paroles édifiantes (Қара сөздер) occupent une place particulière. Dans ces textes en prose, il livrait des réflexions philosophiques, morales et pédagogiques, proposant une véritable réforme de la conscience collective.
La poésie au service du savoir
Dans ses vers, Abaï Kounanbaïuly liait poésie et quête intellectuelle. On retrouve cette conviction dans une citation restée célèbre : « Seul le savoir fait vivre l’homme, seul il fait avancer l’époque, seul le savoir est la lumière des cœurs ». Cette formule résume une pensée qui faisait du savoir la clé du progrès et de l’élévation morale.
Ainsi, Abaï s’inscrit dans la tradition des poètes philosophes, dont l’objectif n’est pas seulement esthétique, mais aussi éthique et éducatif. Ses écrits s’adressaient à une société en pleine mutation, traversée par les influences russes et la modernisation forcée, et il y proposait un chemin basé sur la culture et la raison.
Traductions et ouverture au monde
Le rayonnement d’Abaï Kounanbaïuly dépasse largement le Kazakhstan. Ses œuvres ont été traduites en dix langues : anglais, arabe, chinois, espagnol, italien, allemand, russe, turc, français et japonais. Cet effort de diffusion témoigne d’une reconnaissance internationale.
Sa poésie était imprégnée de l’esprit des steppes kazakhes, mais ouverte aux idées européennes. Abaï était convaincu que le progrès passait par l’éducation et l’amélioration de soi. Cette double appartenance – enracinement local et universalité – explique sans doute pourquoi son nom figure aujourd’hui dans l’espace public européen, du Square des Poètes à Paris aux commémorations organisées par l’UNESCO.
Une pensée critique et moderne pour son époque
Abaï Kounanbaïuly ne fut pas seulement poète, il fut aussi visionnaire. Dans ses écrits, on retrouve une phrase prophétique : « Il viendra un temps où les Kazakhs réclameront l’indépendance politique ». À une époque où le Kazakhstan était sous domination de l’Empire russe, cette affirmation révèle la profondeur de son engagement pour l’avenir.
Ses Paroles édifiantes forment un corpus qui, bien après sa mort en 1904, nourrira les réflexions des intellectuels nationalistes du début du XXᵉ siècle. Ces écrits, toujours étudiés aujourd’hui, sont considérés comme des textes fondateurs de l’identité moderne kazakhe.
L’éducation comme clé de la modernisation
Dans sa pensée, l’école et l’enseignement occupent une place centrale. Il défendait l’idée que l’enseignant devait non seulement transmettre un savoir technique, mais surtout porter une mission culturelle et morale. Il encourageait l’apprentissage des langues étrangères, convaincu que l’ouverture vers d’autres cultures favorisait l’enrichissement intellectuel. Ainsi, ses écrits rejoignent les débats contemporains sur la modernisation spirituelle et éducative. L’un de ses aphorismes les plus connus insiste sur la nécessité de « cultiver l’esprit et la conscience par l’éducation », un thème encore mis en avant dans les réformes scolaires du Kazakhstan actuel.
L’humanisme d’Abaï transparaît dans sa volonté de concilier héritage kazakh et influences universelles. En traduisant Goethe, il faisait dialoguer les steppes avec l’Europe. En composant des poèmes sur la dignité et la fraternité, il s’adressait à l’humanité entière.
Ainsi, Abaï Kounanbaïuly fut non seulement un poète national, mais un penseur qui appartient au patrimoine universel.
Héritages contemporains : d’Astana à Paris, un poète célébré
Le 10 août 2025, le Kazakhstan a fêté son 180ᵉ anniversaire avec un faste particulier. À cette occasion, 33 garçons nés ce jour-là et prénommés Abaï recevront chacun une allocation de 180.000 tenges, une initiative symbolique destinée à encourager la mémoire du poète. Cette action illustre la manière dont son nom reste lié à l’identité nationale, jusque dans les registres civils.
À travers le pays, plusieurs milliers d’événements ont été organisés : lectures publiques, festivals, expositions. L’héritage d’Abaï est non seulement littéraire, mais aussi social et culturel, incarnant un fil conducteur de la mémoire kazakhe.
Le buste de Paris, une reconnaissance internationale
Au-delà du Kazakhstan, Abaï Kounanbaïuly est aussi célébré en Europe. En décembre 2021, la Ville de Paris et la République du Kazakhstan ont inauguré un buste de l’écrivain dans le Square des Poètes, au cœur du 16ᵉ arrondissement, près des serres d’Auteuil. Ce monument, œuvre du sculpteur Yerbol Ziyabekov, fut offert à la France pour marquer le 30ᵉ anniversaire de l’indépendance du Kazakhstan.
La présence d’Abaï dans cet espace dédié aux grands noms de la poésie mondiale l’inscrit au même rang que les figures européennes. Elle illustre la reconnaissance d’un poète venu d’Asie centrale comme partie intégrante du patrimoine littéraire mondial.
Traductions, adaptations et postérité
Ses œuvres, déjà traduites en dix langues, continuent de faire l’objet de nouvelles éditions. En France, plusieurs volumes de ses Paroles édifiantes et poèmes sont disponibles en librairie, preuve de l’intérêt croissant pour cette littérature. Dans le monde académique, son œuvre est étudiée sous l’angle de la philosophie morale, de la modernisation culturelle et de la construction nationale.
La vitalité de son héritage se manifeste aussi à travers la culture populaire : lectures dans les écoles, concours de récitation, adaptations musicales. Le poète national du Kazakhstan reste un phare moral dans une société contemporaine en quête de repères.