Un coup de pioche dans les steppes kazakhes, et c’est le monde entier qui retient son souffle. Derrière les apparences tranquilles du sous-sol d’Asie centrale, une nouvelle donne géopolitique et industrielle pourrait bien se dessiner.
Le 2 avril 2025, le Kazakhstan a révélé avoir découvert un gisement massif de terres rares, à hauteur de 20 millions de tonnes métriques. Situé à quelque 420 kilomètres d’Astana, ce dépôt, baptisé « Zhana Kazakhstan », pourrait bouleverser les équilibres mondiaux en matière d’approvisionnement stratégique. Cette annonce survient alors que les tensions économiques autour des chaînes d’approvisionnement critiques n’ont jamais été aussi vives. Les gisements prennent une nouvelle valeur, et ceux du Kazakhstan attirent d’ores et déjà l’attention internationale.
Un gisement colossal au cœur du Kazakhstan
La découverte, confirmée par le ministère kazakhstanais de l’Industrie et de la Construction, se concentre dans une région encore peu exploitée, à une profondeur oscillant entre 100 et 300 mètres. Les premiers résultats indiquent une teneur moyenne de 700 grammes de terres rares par tonne de minerai extrait.
Le site recèle plusieurs éléments stratégiques dont le néodyme, le lanthane, le cérium et l’yttrium – tous essentiels à la fabrication de batteries, d’aimants pour éoliennes ou encore d’équipements militaires de pointe. En d’autres termes, le Kazakhstan s’apprête à jouer dans la cour des grands.
Et pourtant, l’US Geological Survey (USGS) ne mentionnait jusqu’ici aucun gisement de terres rares dans le pays. Une anomalie corrigée de manière spectaculaire. À titre de comparaison, les réserves identifiées de terres rares s’élèvent à environ 44 millions de tonnes en Chine, 22 millions au Brésil, et 12 millions au Vietnam. Si les données kazakhes sont confirmées, le pays grimperait directement sur le podium mondial.
Une stratégie offensive pour peser dans la chaîne mondiale des minerais
Le président Kassym-Jomart Tokaïev ne s’est pas contenté d’annoncer une découverte. Il a mis en scène une ambition : transformer le Kazakhstan en puissance minière stratégique. Le chef de l’État kazakhstanais a rappelé : « Le Kazakhstan extrait déjà 19 des 34 éléments que l’Union européenne considère comme des matières premières critiques ». Cette précision n’est pas fortuite. Elle vise directement les industriels européens, asphyxiés par leur dépendance à la Chine pour ces éléments indispensables.
En tendant la main aux partenaires étrangers, Tokaïev cherche des alliances technologiques et des investissements structurants. Traduction ? Pas question de laisser filer ces ressources contre des royalties au rabais. Ce sera donnant-donnant : capital contre contrôle, expertise contre accès.
Les gisements, nouvelle arme de souveraineté économique
À l’heure où le découplage sino-occidental prend une tournure concrète, les terres rares deviennent une arme de souveraineté. Elles ne sont pas simplement des composants industriels, mais les clés de la transition énergétique, de la mobilité électrique et des systèmes d’armement modernes. Smartphones, éoliennes, radars, F-35 ou Tesla : tous ont besoin de ces métaux discrets mais vitaux.
Avec ses 20 millions de tonnes, le Kazakhstan entre donc dans une guerre d’influence géologique et industrielle. Il ne suffit pas d’avoir les minerais, encore faut-il savoir les extraire, les raffiner, les vendre. Et surtout : ne pas se faire piller.
Le signal envoyé par Astana est limpide. Ce gisement ne sera pas un El Dorado pour compagnies minières venues faire fortune sans contrepartie. Il s’inscrit dans une volonté de contrôle stratégique et d’émergence industrielle nationale. Un virage clair après des années de dépendance aux hydrocarbures.
L’Europe et les États-Unis à l’affût
Dans ce contexte, l’Union européenne se frotte les mains. Elle qui cherche désespérément à sécuriser son accès aux minerais stratégiques pourrait voir dans ce nouveau partenaire un allié de poids. D’autant que le Kazakhstan affiche des velléités de transparence réglementaire et de coopération dans le cadre du Critical Raw Materials Act adopté par Bruxelles. Du côté de Washington, la prudence est de mise. Les États-Unis disposent déjà d’un site d’extraction opérationnel à Mountain Pass (Californie), mais peinent à concurrencer l’ogre chinois. L’émergence d’un troisième acteur crédible comme le Kazakhstan pourrait rebattre les cartes… à condition que les infrastructures suivent.