Bientôt un registre des « agresseurs familiaux » au Kazakhstan ?
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Un député kazakh propose la mise en place d’un registre des « agresseurs familiaux » pour lutter contre les violences conjugales. Cette initiative suscite des réactions diverses, notamment au sein du ministère de l’Intérieur.

Le Kazakhstan pourrait se doter d’un registre de plus, celui des « agresseurs familiaux »

Le député kazakh Bakytzhan Bazarbek a récemment suggéré plusieurs mesures pour combattre les violences conjugales. L’une d’entre elles est la création d’un registre des « agresseurs familiaux ». Selon lui, un tel registre serait un outil efficace pour les dissuader. « Pourquoi ne pas agir sur la psychologie de ces agresseurs en créant un registre ? Ils ne pourront pas l’éviter. J’ai proposé de créer ce que l’on pourrait appeler un registre des agresseurs familiaux. C’est une mesure efficace. Nous avons déjà de nombreux registres pour ceux qui évitent de payer une pension alimentaire ou qui n’utilisent pas correctement leurs terres. Ils sont privés de la possibilité d’obtenir des terres pendant trois ans. On a aussi les dossiers de crédit des banques », a déclaré Bakytzhan Bazarbek.

Le député est convaincu que de tels registres ont un impact significatif sur la psychologie des individus. « Ils essaieront d’éviter de tomber dans ce registre, d’en sortir. Beaucoup d’entre vous sont célibataires, imaginez que vous consultiez ce registre et en tiriez des conclusions. Pour une femme, c’est un signal fort : il est sur la liste en tant qu’agresseur », a-t-il ajouté devant des journalistes.

Quant à la position du ministère de l’Intérieur sur cette proposition, le vice-ministre Igor Lepekha a déclaré : « Si un projet de loi est adopté, nous pourrons l’examiner dans ce cadre. Il faut partir de la position de la victime. Si ce projet de loi est présenté, nous participerons volontiers et verrons comment le mettre en œuvre de manière appropriée, sans causer de préjudice à quiconque. Il existe différents types de registres. L’exemple des pédophiles aux États-Unis est pertinent. […] Mais pour cette question spécifique, il faut examiner l’expérience internationale et voir comment elle sera mise en œuvre ».

Violences conjugales : des registres existent dans plusieurs pays du monde

Les registres publics de personnes coupables de violences conjugales sont des outils controversés qui ont été mis en place dans plusieurs pays pour lutter contre ce fléau. Ces registres visent à informer le public sur les individus reconnus coupables de violences envers leur partenaire, dans l’espoir de protéger d’éventuelles futures victimes et de dissuader les auteurs de récidiver. Cependant, leur mise en œuvre et leur efficacité varient d’un pays à l’autre, et ils suscitent de nombreux débats sur les questions de vie privée, de stigmatisation et de réhabilitation.

Aux États-Unis, bien que le pays n’ait pas de registre national spécifique pour les auteurs de violences conjugales, certains États ont envisagé ou mis en place de tels registres à l’échelle locale. Ces initiatives sont souvent comparées aux registres de délinquants sexuels, qui sont largement utilisés aux États-Unis. En Australie, le débat sur la création d’un registre national des auteurs de violences domestiques a été relancé à plusieurs reprises, mais jusqu’à présent, aucune mesure concrète n’a été prise à l’échelle nationale. Toutefois, certains États australiens, comme la Nouvelle-Galles du Sud, ont mis en place des programmes permettant aux personnes de se renseigner sur les antécédents de violence de leur partenaire. Au Royaume-Uni, le « Clare’s Law » permet aux individus de demander à la police des informations sur un partenaire potentiellement violent, bien que cela ne soit pas un registre public à proprement parler. En Amérique latine, des pays comme le Mexique et l’Argentine ont également débattu de la mise en place de registres publics pour les auteurs de violences conjugales, mais ils sont confrontés à des défis en matière de mise en œuvre, de protection des données et de garantie des droits de l’homme. Enfin, en Afrique du Sud, où les taux de violences domestiques sont parmi les plus élevés au monde, l’idée d’un registre a été évoquée, mais elle est encore loin d’être réalisée.

Ces registres, bien qu’ayant pour objectif louable de protéger les victimes potentielles, soulèvent de nombreuses préoccupations. La stigmatisation des individus inscrits, la possibilité d’erreurs ou d’abus dans le système, et les implications pour la réhabilitation et la réintégration des auteurs sont autant de questions qui doivent être soigneusement pesées. De plus, certains critiques soutiennent que ces registres peuvent donner un faux sentiment de sécurité, car tous les auteurs de violences ne sont pas nécessairement enregistrés, et que la violence peut survenir même en l’absence d’antécédents. D’autres s’inquiètent de la violation potentielle des droits de l’homme et de la vie privée. Malgré ces préoccupations, l’idée d’un registre public pour les auteurs de violences conjugales reflète une prise de conscience croissante de la gravité de ce problème et de la nécessité de protéger les victimes.

Illustration par rawpixel.com sur Freepik

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