Le 3 juillet 2025, le président du Tadjikistan, Emomali Rahmon, a reçu Sultan Abdulrahman al-Marshad, directeur général du Fonds saoudien de développement (FSAD), pour un entretien présenté comme « stratégique ». De quoi s’agit-il vraiment ?
De Riyad à Douchanbé : quand l’aide devient partenariat
L’entretien a surtout eu le mérite de mettre un nom et une somme sur ce que l’on appelle communément « soutien au développement ». Le FSAD a confirmé sa participation à plusieurs projets sociaux et économiques clés sur le sol tadjik.
Derrière les déclarations d’intention, deux chiffres attirent l’attention. D’abord, 100 millions de dollars octroyés par l’Arabie saoudite pour la construction de la centrale hydroélectrique de Rogoun, un mastodonte d’ingénierie sur le fleuve Vakhsh, qualifié par les autorités de « projet stratégique pour la sécurité énergétique du pays ». Ensuite, un second financement de 30 millions de dollars destiné à la rocade de Kulyab, infrastructure routière censée fluidifier le trafic et désenclaver la ville. Emomali Rahmon a par ailleurs exprimé sa gratitude au gouvernement du Royaume d’Arabie saoudite et au Fonds saoudien de développement pour l’aide financière de 100 millions de dollars pour la construction du barrage de Rogoun.
Projets, priorités et propagande : la rhétorique du développement
Le mot-clé « projets » n’a jamais été autant sollicité dans les communiqués tadjiks. Le communiqué de la présidence précise que la réunion a porté sur le financement d’initiatives prioritaires dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’infrastructure de transport, de l’énergie hydroélectrique et de la gestion de l’eau. En d’autres termes, les axes de la politique intérieure du Tadjikistan trouvent un écho intéressé à Riyad.
Mais derrière ces promesses, la vraie question demeure : pourquoi maintenant ? Douchanbé semble jouer la carte saoudienne pour diversifier ses bailleurs après des tensions visibles avec certains créanciers historiques. Les projets de développement deviennent autant des objets techniques que des leviers diplomatiques.
« Un des points centraux de la réunion a été la participation du Fonds saoudien au déploiement de grands programmes d’infrastructures sur le territoire tadjik », indique la présidence du Tadjikistan.
Le FSAD : bailleur ou levier d’influence ?
Ce que Riyad apporte, ce ne sont pas seulement des fonds, mais un format d’engagement « bilatéral élargi », selon les termes choisis par les deux parties. Un joli euphémisme pour désigner une politique de présence accrue dans la région, en concurrence frontale avec les autres puissances du Golfe et la Chine.
Le FSAD ne fait pas dans la dentelle : en 2025, il totalisait 14 projets au Tadjikistan, pour un montant cumulé dépassant 323 millions de dollars. Il ne s’agit donc pas d’un flirt diplomatique passager, mais d’un ancrage financier structurant.
L’obsession de Douchanbé pour des projets d’envergure vise également à légitimer le pouvoir intérieur, notamment en période préélectorale. Et le FSAD le sait.
Une vision partagée ou un mariage de convenance ?
Le président Rahmon ne s’est pas contenté d’aligner les remerciements. Il a aussi insisté sur la nécessité de « maximiser le potentiel de coopération bilatérale existant », lit-on dans le communiqué de la présidence. Traduction diplomatique : l’argent saoudien est bienvenu, mais il devra s’accompagner d’un respect strict des priorités locales.
Pour le Royaume, l’intérêt est double : asseoir sa stature de puissance investisseuse responsable et gagner du terrain face à la Chine et aux bailleurs occidentaux, trop frileux ou trop intrusifs. En retour, le Tadjikistan obtient des projets concrets, mais aussi une tribune géopolitique pour diversifier ses alliances.