Ouzbékistan : « Seconde chance » prépare les détenus au retour à l’emploi
Ouzbékistan : « Seconde chance » prépare les détenus au retour à l'emploi

Apprendre l’anglais, maîtriser l’informatique et acquérir une qualification professionnelle avant de retrouver la liberté. En Ouzbékistan, le programme national « Seconde chance » entend transformer le parcours de jeunes détenus grâce à l’éducation. Les premiers résultats témoignent de progrès encourageants, tandis que le véritable défi reste leur réinsertion durable dans la société et sur le marché du travail.

« Seconde chance » : une formation professionnelle pour les jeunes détenus

Lancé à l’initiative du président Shavkat Mirzioïev, le projet national « Seconde chance » s’inscrit dans une volonté de faire évoluer les conditions de préparation à la sortie de prison. Le chef de l’État en avait annoncé la création le 24 février 2026, avant l’adoption d’une résolution présidentielle le 27 mars suivant. Comme le raconte le média ouzbek Gazeta.uz, L’ambition affichée est de permettre aux personnes condamnées d’acquérir des compétences utiles, de retrouver une place dans la société après leur libération et de réduire les risques de récidive.

Le projet repose sur une idée simple : la période d’incarcération peut aussi devenir un temps consacré à l’apprentissage. Plutôt que d’attendre la fin de leur peine pour entamer une formation professionnelle, les participants ont accès à des enseignements organisés directement dans les établissements pénitentiaires. Cette approche vise à préparer leur avenir avant même qu’ils ne retrouvent la liberté. Les premières formations ont débuté le 1er juin 2026 dans les régions de Tachkent, de Navoï et de Kachkadaria. Cette phase expérimentale permet de déployer progressivement les cours tout en évaluant les capacités d’apprentissage des participants et les conditions d’organisation au sein des établissements.

Le dispositif concerne les jeunes détenus âgés de 18 à 30 ans. Il s’adresse notamment à des personnes incarcérées pour la première fois et n’ayant pas commis d’infractions particulièrement graves. Les individus condamnés pour des crimes commis à l’aide des technologies de l’information sont exclus du programme. L’accès aux cours ne repose pas uniquement sur l’âge ou la situation pénale. Les candidats passent également des tests et des entretiens oraux destinés à sélectionner les futurs participants. Cette étape doit permettre d’identifier les personnes susceptibles de suivre un enseignement intensif et de tirer profit des compétences proposées.

Les formations s’étendent sur une durée de huit à douze mois. Elles combinent l’acquisition de connaissances générales et une préparation à des activités professionnelles. L’objectif n’est donc pas seulement de transmettre des notions théoriques, mais aussi d’apprendre à utiliser des outils et des méthodes susceptibles d’être mobilisés dans un futur emploi.
Cette orientation donne une dimension particulière au programme. Pour les personnes incarcérées, l’accès à une qualification peut représenter une possibilité de reprendre un parcours interrompu ou de découvrir un domaine professionnel jusque-là inaccessible. Il peut également contribuer à structurer leur préparation à la sortie, même si l’obtention d’un diplôme ne suffit pas, à elle seule, à garantir une insertion réussie.

La formation constitue ainsi le premier volet d’une stratégie de réadaptation plus large. Elle doit aider les bénéficiaires à se présenter sur le marché du travail avec des connaissances identifiables et reconnues. Reste à transformer cet apprentissage en possibilités professionnelles concrètes.

Les détenus affichent des résultats encourageants après cinq mois

Les premières évaluations permettent déjà de mesurer les progrès réalisés dans deux domaines fondamentaux : l’anglais et la maîtrise des outils informatiques. Après cinq mois de formation, 88,6% des participants ont validé les connaissances correspondant au niveau A1 en anglais et 79,5% ont réussi l’évaluation de compétences informatiques élémentaires. Ces données montrent qu’une part importante des bénéficiaires a assimilé les premières connaissances enseignées. Le niveau A1 correspond aux bases de la communication en anglais, tandis que la maîtrise informatique élémentaire représente une étape préalable à l’apprentissage de compétences numériques plus spécialisées.

Les résultats varient néanmoins selon les régions. Dans le Kachkadaria, 96,6% des participants ont validé le niveau A1 en anglais et 98,3% ont réussi l’évaluation informatique. Ces performances placent la région parmi les territoires affichant les meilleurs résultats à ce stade du programme.

La région de Navoï présente également des taux élevés. La réussite atteint 98,9% en anglais et 87,5% en informatique. Les différences entre matières montrent que les progrès ne sont pas nécessairement uniformes, même lorsque les résultats généraux restent favorables.

Certains établissements se distinguent particulièrement. Dans la colonie pénitentiaire numéro 5 de Kyzyltepa et la colonie numéro 3 de Karchi, tous les participants évalués ont validé les deux formations, soit un taux de réussite de 100%. Le reportage ne précise toutefois pas les effectifs concernés dans chacun de ces établissements, une information nécessaire pour apprécier pleinement la portée de ces résultats.

La méthode d’évaluation constitue un autre aspect du dispositif. Les connaissances des détenus ne sont pas contrôlées uniquement par les enseignants chargés de leur formation. Des experts indépendants de l’équipe pédagogique interviennent pour apprécier le niveau atteint par les participants, tandis que des épreuves sont organisées chaque mois sur une plateforme spécialisée.

Ce système de contrôle régulier permet de suivre l’évolution des apprentissages et d’identifier les compétences acquises. Il introduit également une séparation entre les activités d’enseignement et leur évaluation, destinée à renforcer la crédibilité des résultats.

Ces premiers chiffres doivent cependant être interprétés avec précision. Ils concernent la réussite aux évaluations pédagogiques, et non l’ensemble du parcours de réinsertion. Ils ne permettent pas encore de déterminer combien de participants obtiendront une qualification professionnelle complète, trouveront un emploi ou parviendront à se maintenir durablement dans la vie active après leur libération.

« Seconde chance » : des compétences numériques pour les détenus

Au-delà des apprentissages fondamentaux, « Seconde chance » cherche à préparer les bénéficiaires à des professions liées aux technologies et aux services numériques. Les cours annoncés couvrent notamment la maintenance informatique, les réseaux, l’analyse de données ainsi que l’utilisation professionnelle des outils numériques. L’enseignement comprend également des modules consacrés aux compétences relationnelles et au travail en équipe. Ces aptitudes complètent les connaissances techniques, car l’exercice d’un métier suppose aussi de pouvoir communiquer, collaborer et s’adapter à différentes situations professionnelles.

Le programme accorde une place à l’entrepreneuriat numérique. Les participants doivent notamment découvrir les activités commerciales réalisables sur les plateformes de vente en ligne. Cette orientation élargit les perspectives au-delà du seul emploi salarié, en intégrant des compétences pouvant servir à développer une activité indépendante.

L’anglais représente un autre pilier du cursus. Le parcours linguistique annoncé doit permettre une progression du niveau A1 jusqu’au niveau B2 sur une période de douze mois. Une telle formation vise à donner aux participants les outils nécessaires pour accéder à des ressources techniques, suivre des enseignements spécialisés et évoluer dans des environnements professionnels utilisant cette langue.

À l’issue du cursus, les détenus ayant satisfait aux exigences des formations doivent recevoir des certificats électroniques de qualification reconnus sur l’ensemble du territoire ouzbek, précise le média. Ces documents sont destinés à attester officiellement les compétences acquises et à faciliter leur présentation auprès de futurs employeurs.

Le programme s’appuie également sur une coopération entre l’administration pénitentiaire, les établissements de formation et des entreprises privées. UNICON-SOFT assure le financement des principales dépenses pédagogiques et matérielles du dispositif, notamment les équipements informatiques, le mobilier des salles de cours, les fournitures et la rémunération des enseignants. Le reportage ne communique pas de budget global permettant de mesurer le coût de cette initiative.

L’enjeu dépasse néanmoins la question du financement. Pour que la formation débouche sur une activité professionnelle, des passerelles doivent exister entre les établissements pénitentiaires et les structures capables de proposer une qualification complémentaire ou une embauche.

C’est dans cette perspective que plusieurs accords de coopération ont été signés le 29 août 2026 entre le département chargé de l’exécution des peines du ministère de l’Intérieur, UNICON-SOFT, l’université Vatan, MAAB Innovation et SZS Trucking. Dans le cadre de ces engagements, l’université Vatan a proposé d’accorder chaque année au meilleur diplômé du projet une bourse couvrant intégralement quatre années d’études. Cette possibilité introduit une voie de poursuite de formation universitaire pour les bénéficiaires les plus performants.

MAAB Innovation s’est, de son côté, déclarée disposée à offrir une formation spécialisée en analyse de données aux participants ayant obtenu de bons résultats en anglais et en informatique. L’entreprise SZS Trucking a également proposé des formations professionnelles courtes accompagnées de possibilités de recrutement pour des diplômés présentant un niveau d’anglais satisfaisant.

Ces initiatives établissent des liens entre l’apprentissage en détention et les besoins d’entreprises. Elles restent toutefois ciblées sur certains profils et ne constituent pas, à ce stade, la preuve que tous les bénéficiaires du programme disposeront d’un emploi à leur sortie.

Les détenus face au défi de la réinsertion dans toute l’Ouzbékistan

Le développement de « Seconde chance » ne doit pas s’arrêter aux établissements participant actuellement au projet. Après son lancement expérimental dans trois régions, le dispositif doit progressivement être étendu à l’ensemble des établissements pénitentiaires du pays à partir de 2027. Ce changement d’échelle représente une nouvelle étape pour les autorités. Il ne s’agira plus seulement de proposer des cours à un groupe limité de participants, mais de rendre le dispositif accessible dans des établissements présentant des conditions matérielles, des effectifs et des besoins potentiellement différents.

L’extension nationale suppose notamment de disposer de salles équipées, de matériel informatique adapté, de supports pédagogiques et d’enseignants qualifiés. Les modalités de contrôle des connaissances devront également accompagner cette évolution pour préserver une certaine cohérence entre les formations proposées dans les différentes régions.
L’intérêt du programme repose surtout sur ce qu’il pourrait apporter après la sortie de prison. L’accès à un emploi constitue l’un des objectifs centraux de cette politique.

Par Rodion Zolkin
Le 11/03/2026

Newsletter

Pour rester informé des actualités de l’Asie centrale