L’Ouzbékistan crée une académie de mode ouverte sur l’Europe
L'Ouzbékistan crée une académie de mode ouverte sur l'Europe

À Tachkent, une académie internationale verra le jour sur les bases d’une coopération universitaire avec Paris. Formation de créateurs, partenariats européens, recherche et immersion dans les entreprises textiles : le projet entend faire émerger une nouvelle génération de professionnels capables de porter les marques ouzbèkes sur les marchés internationaux.

L’Ouzbékistan crée à Tachkent une académie de mode tournée vers l’international

Le président ouzbek Shavkat Mirziyoyev a signé, le 16 octobre 2026, le décret PP-378 portant création de l’Académie internationale de mode de Tachkent. Cette décision accompagne les ambitions du pays dans les secteurs du textile, du design et de l’économie créative.

Le nouvel établissement public commencera ses activités pédagogiques dès l’année universitaire 2026-2027. Sa particularité réside dans son ouverture internationale, déjà concrétisée par une collaboration avec l’Académie internationale de coupe de Paris. À terme, les autorités souhaitent développer un enseignement associant savoir-faire ouzbek, standards internationaux et besoins de l’industrie.

Une académie de mode pour renforcer la filière en Ouzbékistan

La création de l’établissement répond à une ambition qui dépasse la seule formation artistique. Placée sous la tutelle de l’Agence de développement de l’industrie légère, l’académie aura pour mission de préparer des spécialistes capables d’intervenir dans différentes activités, de la conception de vêtements aux technologies de production, sans négliger la gestion des marques et l’innovation.

L’objectif consiste notamment à renforcer les compétences nationales dans les segments à forte valeur ajoutée. Les annexes du décret présidentiel prévoient ainsi la formation de professionnels capables de concevoir des produits haut de gamme, de développer des marques ouzbèkes et de contribuer au positionnement international de la création nationale. Cette orientation associe directement la politique éducative aux perspectives de développement commercial du secteur.

Dans un pays où les industries textiles et de confection occupent une place importante dans la politique industrielle, cette initiative marque la volonté d’accorder davantage d’attention aux métiers de la création. Le programme officiel insiste sur la valorisation du patrimoine culturel et des traditions nationales, appelés à nourrir des produits contemporains. La recherche devra notamment explorer les possibilités de conjuguer héritage esthétique, innovation et débouchés commerciaux.

L’académie proposera ses propres formations en licence et en master, parallèlement aux cursus organisés avec des partenaires étrangers. Pour l’année universitaire 2026-2027, le programme d’organisation prévoit le recrutement de 50 candidats en licence de design, selon les annexes du décret présidentiel. Les admissions seront réalisées au moyen d’examens d’entrée organisés par l’établissement.

L’offre pédagogique doit ensuite s’élargir. À partir de 2027-2028, de nouvelles formations sont prévues dans les technologies des produits de l’industrie légère, les textiles innovants et le design durable. Cette diversification permettra d’aborder aussi bien les dimensions créatives que les aspects techniques et industriels de la production vestimentaire.

L’établissement participera également à la conception de vêtements destinés à différentes organisations et administrations, dans le cadre de commandes publiques. Cette activité s’inscrit dans une stratégie plus large de développement de marques nationales. Les étudiants pourront ainsi être confrontés à des projets répondant à des besoins professionnels précis, au-delà des exercices habituels de formation.

L’Académie internationale de coupe de Paris au cœur du projet

La dimension internationale constitue l’un des fondements du nouvel établissement. Celui-ci sera créé à partir du programme d’enseignement conjoint déjà développé par l’Institut du textile et de l’industrie légère de Tachkent et l’Académie internationale de coupe de Paris. Cette coopération existante fournit une première structure pédagogique au projet.

Les étudiants actuellement inscrits dans le cursus franco-ouzbek poursuivront leur formation au sein de la nouvelle institution et recevront, à l’issue de leurs études, un diplôme de l’académie de Tachkent. Cette transition doit permettre de préserver la continuité des enseignements tout en donnant une nouvelle identité institutionnelle au programme.

Le partenariat parisien représente surtout un point de départ. Les autorités ouzbèkes souhaitent étendre leurs collaborations à d’autres établissements européens et internationaux. La France, l’Italie, le Royaume-Uni et la Turquie figurent parmi les quatre pays explicitement mentionnés dans le programme présidentiel.

Cette coopération pourrait prendre la forme de formations communes et de parcours à double diplôme. Le calendrier gouvernemental fixe à mai 2027, d’après les annexes du décret, l’objectif d’obtenir des accords avec des établissements étrangers concernés. Il s’agit toutefois d’une échéance de négociation : les dispositions publiées ne permettent pas d’affirmer que ces nouveaux partenariats sont déjà conclus.

Au-delà des diplômes, l’ouverture internationale doit également concerner la recherche et les échanges universitaires. Le programme prévoit des travaux scientifiques conjoints, la participation des étudiants à des conférences internationales et le développement de la mobilité académique. Les enseignants ouzbeks pourront suivre des formations et des stages auprès d’établissements supérieurs et de centres de recherche étrangers spécialisés dans le design et la création vestimentaire.

L’accueil de professeurs, de chercheurs et d’étudiants étrangers fait lui aussi partie des priorités. Le ministère ouzbek de l’Intérieur sera chargé de faciliter, dans le cadre des procédures légales, l’obtention et la prolongation de visas à entrées multiples pour les personnels internationaux, les spécialistes recrutés et les étudiants concernés. Des dispositions relatives à l’enregistrement de leur séjour sont également prévues.

Cette volonté d’internationalisation se retrouve jusque dans les objectifs économiques du projet. Les annexes officielles encouragent les travaux associant patrimoine culturel national, design contemporain et innovation, avec la perspective de développer de nouveaux produits commercialisables à l’étranger. L’enjeu n’est donc pas seulement d’importer des méthodes pédagogiques, mais aussi de donner davantage de visibilité aux créations issues d’Ouzbékistan.

L'Ouzbékistan crée une académie de mode ouverte sur l'Europe

© ГУП « Национальный PR-центр »

La mode en Ouzbékistan mise sur l’alternance industrielle

L’un des aspects les plus concrets de la réforme concerne la place accordée aux entreprises dans la formation. L’académie doit entretenir des relations directes avec les acteurs du textile, de la confection, de la bonneterie, du cuir et de la chaussure. Cette coopération vise à rapprocher les compétences enseignées des besoins des employeurs.

Dès l’année universitaire 2026-2027, selon la communication du ministère ouzbek de l’Éducation et des Sciences, les étudiants doivent bénéficier de possibilités de formation pratique au sein d’entreprises de production. Les autorités souhaitent notamment s’appuyer sur des établissements industriels disposant d’équipements modernes et sur les méthodes utilisées à l’étranger.

Le dispositif prévoit aussi l’implantation d’antennes de départements universitaires directement chez les partenaires industriels. Comme l’explique Spot.uz, des spécialistes des entreprises et des chercheurs pourront participer à l’encadrement des enseignements, des projets de fin d’études et des mémoires de master. Les étudiants seront ainsi amenés à travailler sur des problématiques techniques et professionnelles liées aux activités des entreprises.

L’alternance prendra davantage d’ampleur à partir de 2027-2028. Le principe repose sur des formations organisées à la demande d’entreprises ayant identifié leurs besoins en personnel qualifié. Le cursus associera des périodes au sein de l’académie et des apprentissages réalisés sur les sites de production.

Les modalités ont été définies dans les annexes du décret présidentiel : au moins 30% du processus pédagogique devront se dérouler au sein de l’établissement, tandis que le reste sera organisé dans les entreprises partenaires. Ces dernières seront identifiées avec l’appui de l’Agence de développement de l’industrie légère.

Cette organisation doit permettre aux futurs diplômés de mieux maîtriser les contraintes de fabrication, les procédés technologiques et les attentes des employeurs. Elle concerne aussi bien les activités traditionnelles de confection que les métiers mobilisant des équipements et des méthodes de production plus récents.

Une autre disposition vise à faciliter la poursuite d’études pour les élèves des établissements techniques spécialisés. À partir de l’année universitaire 2027-2028, selon le décret présidentiel, leurs programmes devront être progressivement harmonisés avec ceux de l’académie. Les diplômés ayant obtenu des résultats suffisants pourront intégrer directement la troisième année de licence dans le cadre d’un contrat de formation payant.

Le niveau minimal de résultats académiques exigé pour bénéficier de cette passerelle reste à déterminer par la nouvelle institution. Par ailleurs, l’Agence nationale chargée de la qualité de l’enseignement devra assurer l’accréditation des nouveaux programmes avant la rentrée 2027-2028, conformément au calendrier fixé par le décret.

Une académie dotée de laboratoires et ouverte aux étudiants étrangers

Le projet s’accompagne d’une réorganisation d’infrastructures existantes à Tachkent. L’académie sera installée au 30, rue Babur, dans le district de Yakkasaray. Elle occupera les bâtiments du technoparc textile ouzbéko-coréen, dont la fermeture et le transfert des actifs sont prévus dans le programme de mise en œuvre.

La nouvelle institution bénéficiera ainsi de locaux précédemment consacrés à la coopération textile entre l’Ouzbékistan et la Corée du Sud. Les annexes officielles prévoient également le transfert des biens du technoparc ainsi que la reprise de certains de ses engagements et projets. Ces opérations doivent être réalisées en novembre 2026, d’après le calendrier réglementaire.

D’autres équipements scientifiques et pédagogiques viendront renforcer les capacités de l’établissement. L’Institut du textile et de l’industrie légère de Tachkent devra notamment lui transmettre une partie des laboratoires, des ressources techniques et des installations associés au programme commun avec le partenaire parisien. Une structure de recherche consacrée à la conception d’uniformes figure parmi les équipements concernés.

Le développement scientifique occupe également une place importante. Avant le 1er janvier 2027, l’Académie des sciences doit mettre en place un conseil habilité à attribuer des grades scientifiques dans les technologies des produits textiles, de confection et du cuir. Un dispositif de formation postuniversitaire doit par ailleurs être organisé à partir de 2027.
L’établissement devra constituer progressivement son corps enseignant en faisant appel à des professionnels, des universitaires et des chercheurs ouzbeks et étrangers. L’Institut du textile et de l’industrie légère participera à la préparation des ressources pédagogiques, au développement des collections documentaires et à l’introduction de nouveaux outils d’enseignement.

Sur le plan financier, le fonctionnement reposera sur plusieurs catégories de ressources. Le décret prévoit des dotations budgétaires publiques, les paiements des étudiants inscrits sous contrat, les subventions, les prestations de services et les dons autorisés par la législation. Pour 2026, les dépenses publiques seront couvertes par les crédits déjà affectés à l’éducation. À partir de 2027, elles seront intégrées aux prévisions budgétaires sur la base des demandes réglementaires. Aucun montant global de financement n’est toutefois précisé dans les dispositions consultées.

Les autorités prévoient également des mesures destinées à encourager l’entrepreneuriat étudiant. En coopération avec le Comité de la famille et des femmes, l’Agence de développement de l’industrie légère devra favoriser la participation des étudiantes à des activités artisanales et à la création d’entreprises. L’établissement aura aussi vocation à proposer des formations complémentaires aux professionnels déjà en activité.

Enfin, l’accueil des étudiants nécessitera de nouvelles capacités d’hébergement. Une résidence universitaire de 400 places doit être construite et mise en service avant la fin de 2028, dans le cadre d’un partenariat public-privé. Dans l’intervalle, les étudiants transférés depuis l’Institut du textile et de l’industrie légère pourront continuer à utiliser les logements universitaires de leur établissement d’origine.

Par Païsiy Ukhanov
Le 10/25/2026

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