L’Ouzbékistan veut transformer son système de chauffage en misant sur plusieurs sources d’énergie plutôt que sur le seul gaz naturel. À partir de 2027, les autorités envisagent de déployer des installations hybrides associant électricité, combustibles traditionnels et technologies renouvelables. Une mutation qui s’inscrit dans un vaste programme de modernisation des infrastructures thermiques, alors que le pays cherche à sécuriser son approvisionnement énergétique et à réduire ses pertes de chaleur.
En Ouzbékistan, l’énergie du chauffage appelée à devenir hybride
L’Ouzbékistan prépare une nouvelle étape de sa transition énergétique. Lors d’une conférence de presse organisée le 14 octobre 2026, Ilkhom Touraïev, président du conseil d’administration de l’entreprise publique Issiqlikta’minoti, a annoncé le lancement envisagé, dès 2027, d’une transition vers des systèmes de chauffage hybrides. Cette orientation répond à une préoccupation majeure : garantir la fourniture de chaleur aux logements et aux établissements publics lorsque l’approvisionnement en gaz naturel devient incertain. L’annonce intervient dans un contexte de réforme structurelle du chauffage collectif. Avec l’appui de la Banque mondiale, les autorités élaborent une stratégie de développement durable du secteur à l’horizon 2032. Au-delà de la diversification des combustibles, ce chantier doit améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments, moderniser les réseaux de distribution et ouvrir davantage la filière aux investissements.
Le projet repose sur un changement de logique. Plutôt que de dépendre d’une source unique de combustible, les futures installations pourraient mobiliser différentes technologies pour produire et distribuer la chaleur. L’objectif consiste à disposer de plusieurs solutions d’approvisionnement, capables de fonctionner en complément les unes des autres selon les besoins et les conditions d’exploitation. « Dès 2027, dans le cadre de nos programmes, nous passerons aux systèmes hybrides », a déclaré Ilkhom Touraïev lors de la conférence de presse. Cette déclaration fixe une orientation pour les prochaines années, sans constituer pour autant un calendrier de déploiement national déjà arrêté.
Les autorités examinent actuellement quatre à cinq scénarios énergétiques, a fait savoir Ilkhom Touraïev. Les possibilités étudiées comprennent l’électrification des équipements, la combinaison de plusieurs combustibles, l’exploitation de la chaleur géothermique et le recours aux technologies solaires. Le choix des installations dépendra des résultats des évaluations techniques et économiques réalisées avec les consultants internationaux.
Le gaz naturel conserverait une place dans cette configuration. Il pourrait être associé à l’électricité, à des groupes fonctionnant au diesel et à d’autres combustibles. En parallèle, les autorités envisagent d’intégrer des panneaux solaires, des capteurs solaires thermiques et des pompes à chaleur. Il ne s’agit donc pas d’abandonner immédiatement les énergies fossiles, mais de diversifier les moyens disponibles pour assurer la production de chaleur.
Ces technologies remplissent des fonctions différentes. Les capteurs solaires thermiques permettent de récupérer directement la chaleur du rayonnement solaire, tandis que les pompes à chaleur transfèrent l’énergie thermique disponible dans leur environnement. Les installations électriques constituent, quant à elles, une autre possibilité de production de chaleur. Leur combinaison devra tenir compte des caractéristiques des bâtiments et de la fiabilité des réseaux locaux.
Les nouveaux immeubles résidentiels figurent parmi les infrastructures susceptibles d’accueillir ces équipements. Ilkhom Touraïev a notamment évoqué les quartiers Yangi O‘zbekiston, développés dans le cadre des programmes nationaux d’urbanisation. Ces nouveaux ensembles offrent la possibilité d’étudier l’intégration de solutions énergétiques diversifiées dès leur conception.
La réforme reste toutefois dans une phase préparatoire. « Les consultants procèdent actuellement à des calculs approfondis », a précisé Ilkhom Touraïev. Les études doivent permettre d’évaluer les différentes solutions avant leur application.
À ce stade, aucun budget spécifiquement affecté aux systèmes hybrides, aucune liste définitive de villes prioritaires ni aucun volume précis d’installations n’ont été annoncés. Le lancement prévu en 2027 correspond ainsi au début envisagé d’un changement progressif, et non à une généralisation immédiate de ces technologies.
Le chauffage en Ouzbékistan repensé autour des circuits fermés
L’introduction de nouvelles sources d’énergie ne constitue qu’un volet de la transformation. Les autorités veulent également modifier le fonctionnement des réseaux de chauffage centralisés. Une réforme essentielle puisque la diversification de la production thermique doit s’accompagner d’une meilleure maîtrise de sa distribution.
Aujourd’hui, une partie des installations fonctionne selon un système ouvert, dont les possibilités de régulation restent limitées. La transition vers des circuits fermés doit permettre de faire circuler le fluide caloporteur dans un réseau dédié et de gérer plus précisément la fourniture de chaleur à chaque bâtiment. Ce fonctionnement s’appuie notamment sur des sous-stations thermiques individuelles.
Ilkhom Touraïev a expliqué que ces équipements permettraient d’adapter le chauffage aux besoins des occupants, alors que les installations actuelles offrent moins de souplesse. Cette évolution pourrait notamment faciliter la gestion des périodes durant lesquelles certains bâtiments ont encore besoin de chauffage, tandis que d’autres peuvent en réduire l’utilisation.
La modernisation s’appuie sur la résolution présidentielle PP-100, adoptée le 11 mars 2025. Celle-ci prévoit l’installation de 8.681 sous-stations thermiques individuelles dans les immeubles résidentiels et les établissements sociaux. Le programme doit accompagner le passage des réseaux collectifs vers des systèmes fermés.
L’ampleur des travaux dépasse cependant la seule installation de ces équipements. La réforme prévoit également la modernisation de 103 chaufferies et d’environ 1.600 kilomètres de réseaux thermiques. Ces infrastructures constituent un élément déterminant de la transformation du chauffage collectif. Par ailleurs, environ 9.000 immeubles et établissements sociaux doivent être convertis aux circuits fermés. Les autorités espèrent ainsi réduire de moitié les pertes de chaleur et diminuer de 20% la consommation de gaz naturel. Il s’agit d’économies attendues dans le cadre de la modernisation générale, et non d’un rendement déjà mesuré des futures installations hybrides.
Les autorités entendent aussi étendre la couverture du chauffage centralisé, avec un objectif de progression de 37% à 58%. Cette ambition implique à la fois de réhabiliter les infrastructures existantes et de développer les capacités de distribution dans les secteurs concernés.
Un premier programme de travaux avait été annoncé pour 2026, comprenant l’installation de 400 sous-stations thermiques et la rénovation d’au moins 100 kilomètres de réseaux. Ces objectifs constituent une étape de préparation technique importante avant le déploiement envisagé de systèmes utilisant plusieurs sources d’énergie.
L’énergie en Ouzbékistan face au défi des investissements
La transformation du chauffage nécessite des moyens financiers considérables. Les autorités prévoient de consacrer 19.000 milliards de soums, soit environ 1,43 milliard d’euros, à la restauration et à la modernisation des installations thermiques sur une période de cinq ans. Cette enveloppe concerne la réforme globale des infrastructures et ne représente pas un budget exclusivement destiné au chauffage hybride. Les coûts propres aux nouveaux équipements, leur entretien et les modalités de financement restent à préciser. La distinction est importante : les dépenses déjà annoncées pour rénover les réseaux ne permettent pas, à elles seules, de mesurer l’investissement supplémentaire nécessaire à leur hybridation.
La question de l’efficacité énergétique occupe également une place centrale dans la politique économique du pays. Le 16 octobre 2026, lors d’échanges avec les investisseurs du secteur énergétique, le président Shavkat Mirziyoyev a déclaré : « L’énergie la moins chère est celle que l’on économise ».
Le gouvernement souhaite notamment renforcer la participation du secteur privé à la modernisation des réseaux électriques et des équipements publics. Des projets associant investissements privés, économies d’énergie et amélioration de l’exploitation sont envisagés, notamment pour les stations de pompage et les infrastructures sociales. Cette orientation s’inscrit dans la politique plus large de réduction des pertes énergétiques.
L’électrification envisagée du chauffage intervient alors que la consommation nationale d’électricité continue de progresser. Entre janvier et septembre 2026, l’Ouzbékistan a produit 69,6 milliards de kilowattheures d’électricité, soit une augmentation de 8,4% par rapport à la même période en 2025. Sur cette période, les centrales thermiques ont produit 49,1 milliards de kilowattheures, tandis que les grandes installations solaires et éoliennes ont fourni 10,5 milliards de kilowattheures. La production cumulée des grandes centrales renouvelables a ainsi atteint, en neuf mois, le volume enregistré pendant toute l’année 2025.
L’hydroélectricité a représenté 6,6 milliards de kilowattheures et les installations photovoltaïques de petite puissance 2,5 milliards de kilowattheures supplémentaires. Ces chiffres illustrent la diversification progressive de la production nationale d’électricité, même si cette progression ne garantit pas, à elle seule, la disponibilité locale de puissance pour alimenter de futurs équipements de chauffage.
La demande augmente parallèlement. La consommation nationale a atteint 68,1 milliards de kilowattheures au cours des neuf premiers mois de 2026, en hausse de 6,3% sur un an. Pour l’ensemble de l’année, les autorités anticipent une production de 94,6 milliards de kilowattheures et une consommation de 92,2 milliards.
Cette évolution souligne l’un des enjeux techniques du futur chauffage hybride : l’électricité ne pourra jouer un rôle de substitution que si les capacités de production, de transport et de distribution permettent d’alimenter les installations concernées. La fiabilité des réseaux électriques devra donc être prise en compte dans les choix technologiques.
Parallèlement, l’Ouzbékistan dispose déjà d’expériences associant plusieurs usages énergétiques. Dans le Nouveau Tachkent, une installation de trigénération destinée au chauffage, au refroidissement et à la production d’électricité a été mise en service. Son coût représente environ 65 millions d’euros.
Cette infrastructure témoigne du développement de solutions énergétiques intégrées dans les nouveaux projets urbains. Elle demeure néanmoins distincte du programme de transition vers le chauffage hybride annoncé pour 2027.
En Ouzbékistan, le chauffage dépend aussi des conditions météorologiques
La réforme doit également répondre à une difficulté récurrente : adapter la fourniture de chaleur aux variations météorologiques. Les règles de déclenchement et d’arrêt du chauffage collectif font partie des sujets abordés pendant la conférence de presse. Selon le fonctionnement réglementaire présenté par Ilkhom Touraïev, le chauffage doit démarrer après cinq journées consécutives pendant lesquelles la température extérieure moyenne reste inférieure à 8 degrés Celsius. Son arrêt est prévu après une période comparable durant laquelle la température moyenne dépasse ce seuil.
Ces critères ne signifient pas que les dates d’activation sont fixées longtemps à l’avance. Le responsable d’Issiqlikta’minoti a rappelé que les décisions opérationnelles tiennent aussi compte des prévisions météorologiques. À Tachkent, le démarrage du chauffage peut ainsi varier considérablement d’une année à l’autre, selon les conditions observées et anticipées.
La réforme ne permet cependant pas aux habitants d’immeubles collectifs de quitter librement le réseau centralisé. Lors de la conférence de presse, les représentants du ministère de la Construction et des Services communaux ont rappelé l’interdiction des déconnexions unilatérales destinées à installer des chaudières individuelles au gaz. De telles interventions peuvent perturber le fonctionnement de l’installation commune et affecter l’alimentation des appartements voisins.
Enfin, la durée effective de la saison de chauffage reste étroitement liée à l’évolution des températures. Ilkhom Touraïev a précisé que le chauffage se prolonge généralement pendant le mois de mars, son interruption étant habituellement envisagée après les célébrations de Norouz, sous réserve de conditions météorologiques favorables.
