Centrale nucléaire ouzbèke : Rosatom accélère les travaux à Djizak
Centrale nucléaire ouzbèke : Rosatom accélère les travaux à Djizak

L’Ouzbékistan franchit une nouvelle étape dans la construction de sa première centrale nucléaire. Alors que les fondations du premier réacteur prennent forme dans la région de Djizak, Shavkat Mirziyoyev et le directeur général de Rosatom, Alexeï Lihatchev, ont examiné l’avancement de ce vaste projet énergétique. Le chantier doit progressivement changer d’échelle, avec quatre réacteurs prévus, un investissement de plusieurs milliards d’euros et la création d’une ville destinée aux spécialistes du nucléaire.

Centrale nucléaire en Ouzbékistan : les fondations du premier réacteur avancent

Le 23 octobre 2026, le président ouzbek Shavkat Mirziyoyev a reçu Alexeï Lihatchev, directeur général du groupe nucléaire russe Rosatom. Selon la présidence ouzbèke, cette rencontre a permis d’évaluer la progression des travaux de la première centrale nucléaire intégrée du pays, actuellement construite dans le district de Forish, au sein de la région de Djizak.

La veille, le patron de Rosatom s’était rendu sur place pour inspecter les opérations de bétonnage du premier réacteur. L’installation commence ainsi à prendre forme, même si une grande partie de ses infrastructures reste à construire. Au-delà des travaux de génie civil, les discussions ont porté sur les équipements, le recrutement d’ingénieurs, la formation du personnel et les aménagements nécessaires au fonctionnement de ce futur complexe énergétique.

Sur le chantier de Djizak, la priorité demeure la réalisation des fondations du premier réacteur de faible puissance. Les travaux de bétonnage de la dalle ont officiellement commencé le 4 juin 2026. Cette opération constitue une étape essentielle avant l’élévation des structures qui abriteront les équipements nucléaires. Les interventions se concentrent actuellement sur la base du bâtiment du réacteur. Quelque 25 engins sont mobilisés pour ces opérations. L’objectif est d’achever la dalle de fondation avant fin 2026, avec un volume prévu de 10.000 mètres cubes de béton. Alexeï Lihatchev s’est montré confiant sur l’avancement des travaux. « Le chantier progresse », a déclaré le directeur général de Rosatom.

Le responsable russe présente cette phase de construction comme le point de départ d’un programme particulièrement important pour l’économie ouzbèke et pour les relations industrielles entre Tachkent et Moscou.

Une nouvelle transformation est attendue en 2027. Après les terrassements et les fondations, les équipes devraient commencer à édifier les bâtiments des réacteurs de faible puissance, les locaux de commande et les salles des machines. Le chantier passera alors progressivement de la préparation des ouvrages souterrains à la construction des grandes structures industrielles.

Cette montée en puissance nécessite une mobilisation croissante de personnel. Plus de 1.000 personnes travaillent déjà sur le projet. Les effectifs pourraient au moins doubler dans les prochains mois. À mesure que les différents secteurs entreront en construction, les besoins devraient encore augmenter.

Le sommet de cette mobilisation est attendu entre 2030 et 2031, avec potentiellement 13.000 à 13.500 travailleurs présents sur le projet. Les entreprises ouzbèkes devraient réaliser une part importante des travaux de construction générale.

Parallèlement, la fabrication des équipements nucléaires a commencé en dehors du chantier. Une ébauche de cuve de réacteur de faible puissance pesant 105 tonnes a déjà été produite. Les opérations à Djizak ne représentent donc qu’une partie du processus industriel engagé pour équiper la future installation.

Centrale nucléaire ouzbèke : Rosatom accélère les travaux à Djizak

© Rosatom

L’Ouzbékistan et Rosatom préparent la construction des quatre réacteurs

La particularité de cette centrale réside dans sa configuration. L’Ouzbékistan a choisi de réunir sur un même site des unités nucléaires de puissances différentes, plutôt que de construire séparément une petite installation et une centrale classique. Le projet prévoit deux réacteurs RITM-200N de 55 mégawatts chacun et deux réacteurs VVER-1000 de 1 000 mégawatts chacun. La puissance électrique installée atteindrait ainsi 2 110 mégawatts lorsque les quatre unités seront achevées.

Pour l’heure, ces installations ne se trouvent pas toutes au même stade de réalisation. Les travaux de fondation concernent principalement la partie de faible puissance. Du côté des grands réacteurs, les équipes poursuivent les études d’ingénierie, les reconnaissances techniques et l’adaptation des solutions de conception.

Rosatom envisage de lancer les travaux de construction de grande ampleur sur le secteur des grands réacteurs en 2027, selon les déclarations d’Alexeï Lihatchev rapportées par Big Asia. Il faudra néanmoins distinguer le commencement de ces opérations de l’achèvement des installations nucléaires, qui interviendra bien plus tard.

Le calendrier prévisionnel prévoit un premier démarrage technique d’un petit réacteur en 2029. La mise en service du premier réacteur de grande puissance est envisagée pour 2033, tandis que l’achèvement de l’ensemble de la centrale se situerait entre 2034 et 2035, d’après le même média. Ces échéances restent des objectifs industriels susceptibles d’évoluer au fil de la réalisation du projet.

À pleine capacité, la centrale devrait produire environ 17,2 milliards de kilowattheures d’électricité par an. Cette estimation correspond à la production attendue une fois les différentes unités opérationnelles. Elle ne doit donc pas être interprétée comme une production déjà disponible pour le réseau ouzbek.

Le groupe russe insiste également sur l’originalité du programme. Alexeï Lihatchev a présenté sa composante nucléaire de faible puissance comme un projet « unique au monde actuellement réalisé dans le cadre d’un contrat d’exportation ». Cette qualification reflète la position de Rosatom, qui met en avant l’association de réacteurs de puissances différentes au sein d’une même centrale destinée à un client étranger.

La centrale nucléaire, un investissement majeur pour l’Ouzbékistan

Au-delà du défi technique, la construction de la centrale représente un engagement financier considérable. Le coût de base du projet intégré est évalué à environ 8,5 milliards d’euros. Ce montant demeure une évaluation du programme, et non un bilan définitif de dépenses. La question du financement constitue donc un enjeu important pour les partenaires. La Russie devrait notamment accorder un crédit préférentiel à l’exportation afin de contribuer à la réalisation de la centrale.

Le programme résulte d’une succession d’accords entre Tachkent et Moscou. La coopération nucléaire bilatérale s’appuie sur un accord intergouvernemental de 2018, modifié le 27 mai 2024 pour intégrer la construction d’unités de faible puissance.

Le partenariat a ensuite été approfondi en septembre 2025, lors de la signature de nouveaux documents entre Rosatom et l’agence ouzbèke de l’énergie atomique, Uzatom. Puis, le 24 mars 2026, les deux parties ont conclu un accord complémentaire définissant la configuration intégrée de la centrale. Ce dernier changement a consolidé le choix d’associer des unités nucléaires de grande et de faible puissance.

La réalisation de ce programme s’accompagne d’un effort de formation. Lors de leur rencontre, Shavkat Mirziyoyev et Alexeï Lihatchev ont notamment examiné la préparation des ingénieurs, techniciens et futurs agents d’exploitation. Selon la présidence ouzbèke, les formations s’appuient sur la filiale de Tachkent de l’université nationale de recherche nucléaire MEPhI, ainsi que sur les installations spécialisées de Rosatom.

Le recrutement du personnel destiné à exploiter le premier petit réacteur devrait commencer avant la fin de 2027. Les autorités doivent ainsi préparer les équipes appelées à travailler dans les installations bien avant leur démarrage technique.

Le projet de Djizak pourrait, par ailleurs, constituer une première étape dans un programme nucléaire national plus étendu. Le 16 octobre 2026, Shavkat Mirziyoyev a évoqué des perspectives de construction de nouvelles centrales et de futures négociations avec des investisseurs. Ces ambitions restent toutefois distinctes du chantier actuellement engagé avec Rosatom. Aucune construction supplémentaire ne peut être considérée comme acquise sur la seule base de ces annonces.

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© Rosatom

Alexeï Lihatchev veut développer une ville nucléaire et l’industrie locale

La centrale de Djizak ne doit pas rester une installation industrielle isolée. Autour du chantier, les autorités ouzbèkes et Rosatom souhaitent créer un environnement urbain capable d’accueillir durablement les employés, leurs familles et les entreprises associées au programme nucléaire.

La construction d’une ville destinée aux spécialistes a déjà commencé. Le groupe russe prévoit d’y accueillir plus de 30.000 personnes. Le projet d’aménagement présenté aux autorités ouzbèkes prévoit plus précisément une capacité proche de 33.000 habitants. Cette future agglomération devrait s’étendre sur quelque 200 hectares. Le programme immobilier comprendrait environ 10.000 appartements, dont 3.000 lors de la première étape. Les autorités envisagent également des logements économes en énergie, des établissements scolaires, des structures de santé et des équipements sportifs.

L’objectif dépasse la simple construction de résidences pour les équipes du chantier. La ville doit également permettre l’installation progressive du personnel permanent, chargé de l’exploitation et de la maintenance des installations nucléaires. Les discussions entre Shavkat Mirziyoyev et Alexeï Lihatchev ont ainsi porté sur la qualité des infrastructures urbaines et la formation d’une communauté professionnelle spécialisée.

Un autre projet accompagne cet aménagement. Rosatom prévoit la création d’un pôle industriel à 25 kilomètres du site de la centrale. Les partenaires souhaitent y développer des activités de production, des compétences techniques et des entreprises capables de répondre aux besoins du secteur nucléaire. Cette stratégie a fait l’objet d’une conférence organisée à Tachkent le 20 octobre 2026 à l’initiative d’Uzatom et avec la participation de représentants de Rosatom et d’entreprises ouzbèkes. Les échanges ont notamment concerné les systèmes de contrôle radiologique, les équipements électriques de secours, la ventilation spécialisée, les matériaux isolants et les composants utilisés dans les travaux de construction.

Les autorités veulent porter à au moins 30% la part des produits fabriqués en Ouzbékistan dans le projet. Une telle politique implique de développer les capacités des fournisseurs nationaux, notamment grâce à des partenariats industriels avec des entreprises russes. « Les entreprises communes avec les partenaires russes constitueront un instrument essentiel pour atteindre ces objectifs », a déclaré Shahzod Alirizaev, responsable adjoint d’Uzatom.

D’autres secteurs figurent dans cette coopération. Lors de la rencontre du 23 octobre 2026, les responsables ont également abordé la médecine nucléaire, les technologies de fabrication additive et le développement des compétences scientifiques, selon Rosatom. Ces activités pourraient progressivement s’articuler avec les infrastructures industrielles prévues autour de Djizak.

La création de cette ville et de ses entreprises associées constitue désormais un chantier parallèle à celui des réacteurs. Les prochaines étapes porteront notamment sur la réalisation des logements, le développement des infrastructures sociales, les partenariats avec les fournisseurs ouzbeks et la formation des équipes qui devront assurer, à terme, le fonctionnement quotidien de la première centrale nucléaire du pays.

Par Païsiy Ukhanov
Le 10/23/2026

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