L’UNICEF mobilise des fonds à Almaty contre les violences faites aux enfants
L'UNICEF mobilise des fonds à Almaty contre les violences faites aux enfants

À Almaty, l’UNICEF prépare un dîner de gala consacré à la lutte contre les violences faites aux enfants. Derrière cette soirée de prestige, l’organisation veut financer des mesures concrètes contre le harcèlement scolaire, le cyberharcèlement et la maltraitance. L’objectif est ambitieux : renforcer la prévention dans les établissements scolaires, former les professionnels et améliorer l’accompagnement des victimes dans l’ensemble du Kazakhstan.

Kazakhstan : l’UNICEF organise un dîner de gala à Almaty pour protéger un million d’enfants

Le 20 novembre 2026, le Ritz-Carlton d’Almaty accueillera le gala caritatif annuel de l’UNICEF, organisé à l’occasion du 80e anniversaire du Fonds des Nations unies pour l’enfance. Environ 200 représentants du monde des affaires, philanthropes, diplomates et personnalités culturelles sont attendus. L’événement entend mobiliser le secteur privé autour d’une priorité nationale : protéger davantage les enfants contre les violences, à l’école, à la maison et sur Internet.

Les organisateurs espèrent recueillir plus de 589.000 euros. La collecte doit soutenir un programme de prévention et de prise en charge des victimes. Une initiative qui intervient alors que plusieurs études mettent en évidence l’ampleur des violences éducatives et du harcèlement dans le pays.

L’UNICEF mobilise Almaty autour d’un dîner de gala

Cette édition anniversaire marque une nouvelle étape dans la mobilisation des entreprises et des mécènes kazakhstanais. L’organisation, fondée en 1946, souhaite notamment transformer les contributions privées en dispositifs durables de protection de l’enfance, au-delà de l’aide apportée à des situations individuelles.

Le dîner réunira des personnalités économiques et culturelles autour d’une programmation associant gastronomie, spectacles et vente aux enchères. D’après l’UNICEF Kazakhstan, la chanteuse d’opéra Maria Mudryak, l’artiste Dequine, le groupe The Jigits et ALEM, ambassadeur de bonne volonté de l’organisation dans le pays, figurent parmi les invités musicaux annoncés. L’événement prévoit également des rencontres entre entrepreneurs, artistes et représentants d’organisations engagées dans la défense des droits des enfants.

Les enchères constitueront un autre temps fort de la soirée. Parmi les premières pièces annoncées figure un tapis mural traditionnel kazakh, ou tuskiiz, datant de 1969 et provenant de la collection privée de Natalia Krivets et Thierry Plezan. Une estampe colorée de Salvador Dalí, issue de sa série consacrée à Tristan et Iseult de 1970, sera également proposée. L’œuvre a été mise à disposition par Danagul Tolepbay, fondatrice de la galerie Pygmalion.

Au-delà des objets mis en vente, les organisateurs proposent aux entreprises de réserver des tables ou de contribuer directement à la collecte. Le site officiel du gala affiche des places individuelles allant d’environ 980 à 1.570 euros, ainsi que des tables proposées entre 9.820 et 12.580 euros. La participation financière est ainsi pensée pour associer philanthropie individuelle et engagement des entreprises.

Maltraitance et harcèlement : une menace persistante pour les enfants

Le choix de consacrer cette édition à la protection contre les violences repose sur des indicateurs préoccupants. Selon l’enquête MICS 2024, 37,9% des enfants kazakhstanais âgés de un à quatorze ans ont subi des méthodes disciplinaires violentes, comprenant des agressions psychologiques ou des châtiments corporels. Derrière ce chiffre se dessine une réalité qui dépasse largement les établissements scolaires et concerne également l’environnement familial.

À l’école, la situation appelle elle aussi une réponse structurée. Une étude nationale de santé publique réalisée en 2022 faisait apparaître une prévalence du harcèlement de 17,5% chez les enfants interrogés, tandis que 6,8% déclaraient subir des intimidations deux à trois fois par mois.

L’enquête mettait également en évidence la participation d’une partie des élèves aux comportements de harcèlement. Parmi les enfants de onze à quinze ans, 14,1% reconnaissaient avoir eux-mêmes harcelé leurs camarades. Le problème ne concerne donc pas uniquement les victimes : il implique également les auteurs, les témoins et les adultes responsables de l’encadrement scolaire.

 

 

À ces violences s’ajoute leur prolongement numérique. D’après l’étude KazKidsOnline, 21% des enfants interrogés avaient déjà été confrontés au cyberharcèlement. Les messageries, les groupes de discussion et les réseaux sociaux peuvent prolonger des agressions commencées dans une salle de classe. La séparation traditionnelle entre vie scolaire et vie personnelle devient alors moins protectrice, notamment lorsque les humiliations circulent dans les espaces numériques fréquentés par les élèves.

Ces statistiques proviennent d’enquêtes distinctes, menées auprès de populations et à des périodes différentes. Elles ne peuvent donc être additionnées. Elles soulignent néanmoins la diversité des situations auxquelles doivent répondre les institutions : maltraitance domestique, intimidation entre élèves, violences psychologiques ou harcèlement en ligne.
Le principal obstacle ne tient pas seulement à l’identification des faits. Un enfant victime peut hésiter à parler, craindre des représailles ou ignorer vers qui se tourner. Dans certains cas, la multiplication des interlocuteurs aggrave son sentiment d’insécurité. Comme le rappelle le représentant de l’UNICEF au Kazakhstan, le docteur Rashed Mustafa Sarwar, « lorsque l’enfant subit des violences, la sécurité se résume à des choses simples ». L’enjeu est de permettre aux victimes de retrouver un environnement où elles se sentent écoutées et protégées.

L’UNICEF veut financer une protection concrète des enfants

La campagne associée au gala repose sur plusieurs engagements complémentaires. Le premier concerne la prévention dans les établissements scolaires. L’UNICEF entend déployer des programmes destinés à un million d’enfants et d’adolescents. Ces actions doivent favoriser une meilleure compréhension des violences, encourager des relations respectueuses entre élèves et développer des environnements éducatifs plus sûrs, y compris dans les usages numériques.

Cette démarche suppose d’agir avant que les situations ne dégénèrent. Elle ne se limite donc pas à sanctionner les comportements signalés, mais vise également à donner aux équipes éducatives les moyens de reconnaître les premiers signes de harcèlement. Un élève progressivement isolé, des humiliations répétées ou des agressions numériques peuvent nécessiter une intervention rapide. Encore faut-il que les adultes disposent de procédures adaptées et sachent comment orienter les victimes.

C’est le deuxième volet du programme. L’UNICEF prévoit la formation de 15.000 professionnels. Enseignants, psychologues, travailleurs sociaux, juristes et policiers doivent bénéficier d’une préparation renforcée au repérage des risques et à la gestion des signalements. L’ambition est d’améliorer la coordination entre les différents acteurs afin d’éviter qu’un enfant ne soit renvoyé d’un service à un autre sans bénéficier d’une réponse adaptée.

Pour Azamat Zhamantchinov, coordinateur des programmes de protection de l’enfance de l’UNICEF Kazakhstan, il est essentiel de « ne pas seulement réagir aux violences, mais aussi les prévenir ». Cette approche place la prévention au même niveau que l’intervention d’urgence. Elle suppose également d’accompagner les victimes avec précaution, afin de ne pas leur imposer de raconter à plusieurs reprises les événements traumatisants qu’elles ont subis.

Le troisième axe porte sur le développement des structures d’accueil. Le projet prévoit 20 centres spécialisés couvrant les 20 régions du Kazakhstan. Ces établissements doivent fonctionner selon le principe du guichet unique. Autrement dit, les familles et les enfants concernés pourraient accéder à un accompagnement coordonné, plutôt que de multiplier les démarches auprès de différents services.

Cette organisation vise notamment à rapprocher les interventions psychologiques, sociales et juridiques. Lorsqu’un enfant révèle une situation de violence, il doit pouvoir être orienté rapidement vers les professionnels compétents, tout en bénéficiant d’une prise en charge respectueuse de ses besoins. Le dispositif cherche ainsi à réduire le risque de traumatisation secondaire, qui peut survenir lorsque les victimes sont contraintes de répéter leur témoignage sans accompagnement suffisant.

Le Kazakhstan dispose déjà de mécanismes institutionnels de lutte contre le harcèlement. Les règles adoptées par le ministère de l’Éducation en décembre 2022 prévoient notamment des actions de sensibilisation, une intervention face aux signalements et un accompagnement psychopédagogique. Le pays dispose également du numéro national 111, accessible en permanence pour les questions de protection des enfants et de soutien aux familles.

Les financements annoncés doivent donc contribuer à renforcer une architecture existante plutôt qu’à remplacer les responsabilités des établissements et des services publics. Il s’agit toutefois d’objectifs, et non de résultats déjà obtenus. Leur réalisation dépendra des ressources effectivement mobilisées, des partenariats institutionnels et des modalités de déploiement des programmes.

Dîner de gala : les collectes précédentes et les nouveaux engagements

L’UNICEF peut s’appuyer sur l’expérience des précédentes éditions organisées au Kazakhstan. En 2024, une soirée caritative à Astana avait permis de recueillir plus de 180.000 euros. Les dons étaient destinés à favoriser l’inclusion numérique des enfants ayant des besoins éducatifs particuliers. Ils ont notamment soutenu l’installation de matériel adapté dans les écoles et la formation des équipes pédagogiques.

L’édition suivante, organisée à Almaty en 2025, a marqué une progression importante des contributions. Le dîner caritatif avait permis de collecter environ 556.000 euros. Cette collecte, destinée au renforcement de la santé mentale des adolescents, a servi de base à des programmes de formation et d’accompagnement déployés dans plusieurs régions du pays.

Le bilan intermédiaire présenté par l’UNICEF fait état de 197.875 professionnels de l’éducation formés dans le cadre du programme Senimdi Dos. À cela s’ajoutent 3.254 psychologues scolaires et de collèges, ainsi que 1.062 professionnels de santé préparés à l’utilisation du protocole international mhGAP développé par l’Organisation mondiale de la santé et l’UNICEF.

Ces résultats montrent l’importance accordée à la formation des personnels qui côtoient quotidiennement les adolescents. Le dispositif ne se limite pas aux consultations psychologiques : il cherche également à développer des compétences de détection et d’orientation au sein des établissements scolaires et des structures médicales.

Le programme de santé mentale soutenu lors de la précédente collecte doit encore franchir une nouvelle étape. L’UNICEF prévoit de toucher 140.000 adolescents supplémentaires, dont 10.000 enfants identifiés comme particulièrement exposés à des risques et devant bénéficier d’une aide précoce. Ces objectifs appartiennent au prolongement de l’initiative précédente et doivent être distingués du programme de protection contre les violences annoncé pour le gala de 2026.

Sur le plan financier, les deux premières éditions kazakhstanaises avaient rapporté ensemble plus de 736.000 euros. Le nouveau rendez-vous entend poursuivre cette mobilisation,avec un objectif supérieur à 589 000 euros pour l’édition à venir.

Le financement constituera néanmoins une première étape. L’efficacité du dispositif devra aussi être appréciée à travers la qualité de l’accompagnement, la rapidité des interventions et l’accessibilité des services aux familles. Former des professionnels ou annoncer des centres ne suffit pas, à lui seul, à démontrer une diminution du harcèlement.

Par Païsiy Ukhanov
Le 10/17/2026

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