Kazakhstan : uranium, pétrole et intelligence artificielle au cœur du partenariat français
Kazakhstan : uranium, pétrole et intelligence artificielle au cœur du partenariat français

Le Kazakhstan s’impose comme un partenaire stratégique de la France, notamment pour ses approvisionnements énergétiques et ses ambitions technologiques. Dans une tribune publiée dans Valeurs Actuelles, Sébastien Boussois analyse la place que Paris pourrait accorder à cette puissance d’Asie centrale, située entre la Russie, la Chine et l’Europe.

Pour une relation durable avec Astana afin de réduire certaines vulnérabilités françaises

Dans sa tribune, intitulée « Entre Trump et Xi Jinping, comment Emmanuel Macron a choisi le Kazakhstan pour la France », Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques, chercheur spécialisé dans les questions de géopolitique et de relations internationales, ainsi que consultant dans les médias, défend l’idée que la relation franco-kazakhstanaise dépasse les échanges diplomatiques traditionnels. L’auteur met en avant trois enjeux principaux : l’autonomie stratégique, la sécurisation des ressources énergétiques et le développement de l’intelligence artificielle.

Le sujet est celui d’un pays encore relativement peu présent dans les débats français, malgré son poids dans plusieurs secteurs économiques. Sébastien Boussois, qui dirige par ailleurs l’Institut Géopolitique Européen et travaille également avec l’équipe Sécurité Défense du Conservatoire national des arts et métiers, à Paris, ainsi qu’avec l’Observatoire géostratégique de Genève, décrit le Kazakhstan comme un « partenaire majeur pour la France ». Pour lui, Astana mérite une attention plus soutenue de la part des responsables politiques, des entreprises et des décideurs économiques français.

Sébastien Boussois ne présente pas le Kazakhstan comme un simple partenaire commercial supplémentaire. Il défend plutôt l’idée qu’une relation durable avec Astana peut contribuer à réduire certaines vulnérabilités françaises. Selon son analyse, les approvisionnements en matières premières, la transformation industrielle et les nouvelles technologies doivent être considérés ensemble, plutôt que comme des dossiers séparés. Cette approche donne au rapprochement franco-kazakhstanais une dimension géopolitique qui dépasse les seuls échanges bilatéraux.

La France a tout intérêt à diversifier ses sources d’approvisionnement en se tournant vers le Kazakhstan

L’un des principaux arguments développés par Sébastien Boussois concerne les ressources naturelles du Kazakhstan : il insiste sur le poids de l’uranium dans la relation entre les deux pays. Cette matière première revêt une importance particulière pour la France, dont le parc nucléaire joue un rôle central dans la production d’électricité. La disponibilité de fournisseurs alternatifs constitue, dans cette perspective, un enjeu industriel autant que diplomatique.

Le Kazakhstan occupe en effet une place importante dans l’extraction mondiale de l’uranium. Ce pays représente environ 39% de la production mondiale. L’enjeu ne se limite pas à l’énergie nucléaire. Sébastien Boussois rappelle également que le Kazakhstan fournit entre 10% et 13% du pétrole brut importé par la France. Cette fourchette souligne la place prise par le pays dans les flux énergétiques français. Elle rappelle aussi que la relation bilatérale ne se résume pas aux sommets présidentiels et aux déclarations diplomatiques : elle dépend de flux commerciaux ayant des conséquences concrètes pour l’économie française.

Le raisonnement de l’auteur s’inscrit dans une réflexion plus large sur la diversification des sources d’approvisionnement. Le recours à un éventail plus large de partenaires peut limiter l’exposition à une crise régionale, à des tensions diplomatiques ou à des perturbations logistiques. Il ne supprime pas pour autant les risques : un fournisseur important peut lui-même être confronté à des contraintes de production, à des arbitrages politiques ou à des difficultés de transport. La diversification ne consiste donc pas simplement à remplacer une dépendance par une autre, mais à construire plusieurs solutions complémentaires.

Pour la France, le Kazakhstan présente toutefois une particularité : il associe des ressources énergétiques abondantes à une volonté affichée de renforcer ses relations avec l’Europe. Dans la lecture proposée par Sébastien Boussois, ce rapprochement offre à Paris une possibilité de consolider ses approvisionnements tout en développant un partenariat politique de long terme. La portée de cette stratégie dépendra néanmoins des conditions commerciales, de la fiabilité des flux et de la capacité des deux pays à maintenir leurs engagements dans la durée.

Le Kazakhstan est bien positionné pour diversifier ses partenariats sans nécessairement rompre avec ses voisins

La place accordée à la Russie et à la Chine constitue un autre axe central de la tribune. Le Kazakhstan partage ses frontières avec ces deux puissances et conserve un héritage soviétique important. Pour Sébastien Boussois, cette situation géographique oblige Astana à rechercher des partenariats supplémentaires afin de préserver sa marge de manœuvre. Le rapprochement avec la France et, plus largement, avec l’Europe représente dans cette perspective un moyen de diversifier ses relations sans nécessairement rompre avec ses voisins.

Cette volonté d’autonomie ne signifie pas que le Kazakhstan puisse se soustraire à toutes les influences régionales. Son environnement géographique, ses infrastructures et ses échanges économiques entretiennent des liens structurels avec la Russie et la Chine. L’intérêt d’une relation européenne réside plutôt dans la possibilité d’élargir ses options diplomatiques et économiques. Sébastien Boussois présente ainsi l’ouverture vers l’Europe comme une orientation stratégique qui s’est renforcée depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022.

En cette année de 35ème anniversaire de son indépendance, la question de la souveraineté du Kazakhstan demeure au cœur de l’analyse de Sébastien Boussois. L’auteur évoque notamment la volonté d’Astana de ne pas dépendre excessivement d’un seul partenaire, qu’il s’agisse de Moscou ou de Pékin.

Miser sur un pôle numérique régional

La dimension technologique occupe une place importante dans la tribune. Sébastien Boussois rappelle que le Kazakhstan cherche à dépasser son rôle traditionnel de fournisseur de matières premières pour développer des activités à plus forte valeur ajoutée. L’intelligence artificielle figure parmi les secteurs visés par cette ambition : Astana entend renforcer ses compétences d’ingénierie et attirer des investisseurs capables de soutenir l’émergence d’un « pôle numérique régional ».

Le développement de l’intelligence artificielle exige des infrastructures informatiques importantes, notamment des centres de données capables de traiter et de stocker de grandes quantités d’informations. Ces installations mobilisent de l’électricité, des terrains, des réseaux et des investissements conséquents. Dans ce contexte, la disponibilité de ressources énergétiques peut représenter un avantage concurrentiel pour les pays qui cherchent à accueillir des activités numériques intensives.

Par Rodion Zolkin
Le 10/16/2026

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