Restaurants ouzbeks : un financement public pour conquérir l’étranger
Restaurants ouzbeks : un financement public pour conquérir l’étranger

L’Ouzbékistan veut accélérer l’implantation de ses restaurants à l’étranger. Pour encourager les entrepreneurs à exporter la cuisine ouzbèke, les autorités proposent de rembourser jusqu’à la moitié des frais d’ouverture d’un établissement. Cette aide publique, désormais accessible en ligne, s’inscrit dans une stratégie plus vaste de promotion gastronomique, déjà expérimentée sous différentes formes par plusieurs pays.

L’Ouzbékistan finance jusqu’à 50% des dépenses de ses restaurants à l’étranger

Depuis le 9 octobre 2026, les entrepreneurs ouzbeks peuvent déposer une demande de subvention en ligne pour ouvrir des restaurants nationaux à l’étranger. Le dispositif, dont la mise en service a été annoncée par le portail gouvernemental MyGov, est administré par le Comité du tourisme. Il s’adresse aussi bien aux porteurs de nouveaux projets qu’aux propriétaires d’établissements déjà ouverts.

Cette mesure concrétise une ambition inscrite dans le décret présidentiel du 15 mai 2025 consacré au développement touristique. Le gouvernement de Shavkat Mirziyoyev entend faire de la gastronomie un outil de rayonnement culturel, mais également un débouché commercial pour les producteurs nationaux. Derrière la promotion du plov, des mantis et des samsas se dessine ainsi une stratégie économique visant à renforcer la présence ouzbèke sur les marchés internationaux.

Restaurants de cuisine ouzbèke à l’étranger : une aide plafonnée à 22.300 euros

Le principe est attractif. L’État prend en charge jusqu’à 50% des dépenses nécessaires à l’ouverture d’un restaurant ouzbek à l’étranger, dans la limite d’environ 22.300 euros par établissement. Cette équivalence repose sur les taux de change publiés par la Banque centrale d’Ouzbékistan au 10 octobre 2026. Il s’agit d’une subvention unique, accordée après examen du dossier, et non d’un financement intégral de l’investissement.

Les frais admissibles couvrent plusieurs postes déterminants pour l’installation d’un restaurant. Sont notamment concernés les dépenses d’immatriculation de l’activité, l’obtention des autorisations nécessaires, la location des locaux, leur aménagement, ainsi que l’achat du matériel et des équipements de cuisine.

L’aide ne concerne pas exclusivement les futurs restaurateurs. Les entrepreneurs qui exploitent déjà un établissement spécialisé dans les plats traditionnels ouzbeks peuvent également déposer une demande. Cette possibilité élargit la portée du dispositif aux professionnels ayant déjà engagé leurs propres capitaux pour développer leur activité hors du pays.

L’accès au programme reste toutefois encadré. Les candidats doivent être enregistrés officiellement en Ouzbékistan. En outre, le texte fondateur prévoit que les restaurants bénéficiaires soient implantés dans les pays étrangers prioritaires déterminés par le Comité du tourisme. Cette disposition signifie que le soutien public ne doit pas être considéré comme automatiquement accessible pour toutes les destinations.

Le décret fixe par ailleurs un objectif de 50 établissements spécialisés dans la cuisine nationale à l’étranger chaque année, selon Lex.uz. Il ne s’agit pas d’un bilan d’ouvertures déjà réalisées, mais d’une cible inscrite dans la politique publique. Sa réalisation dépendra notamment de la demande des entrepreneurs, de l’attractivité des marchés visés et de l’éligibilité des projets présentés.

Restaurants ouzbeks : un financement public pour conquérir l’étranger

© National PR-centre

Cuisine ouzbèke à l’étranger : démarches, délais et aides à l’exportation

Pour bénéficier de la subvention, les entrepreneurs doivent passer par le portail public MyGov, dans la rubrique consacrée aux aides financières. L’administration exige un dossier suffisamment complet pour vérifier la réalité du projet et la nature des dépenses engagées.

Les justificatifs comprennent notamment les documents attestant l’enregistrement du restaurant dans le pays d’accueil et le droit d’utiliser les locaux. Le demandeur doit également prouver que son établissement respecte les réglementations sanitaires et les exigences de sécurité incendie. Des justificatifs financiers, des documents relatifs aux livraisons de produits depuis l’Ouzbékistan ainsi que des photographies de l’intérieur et de l’extérieur du restaurant sont demandés. Lorsque cela est nécessaire, les pièces établies dans une langue étrangère doivent être accompagnées d’une traduction officielle.

Le Comité du tourisme dispose de 18 jours ouvrés pour examiner la demande. Une fois le dossier approuvé, les fonds doivent être transférés sur le compte bancaire du bénéficiaire dans un délai de sept jours ouvrés. Si des irrégularités documentaires sont constatées, l’entrepreneur peut les corriger et soumettre à nouveau son dossier, sans que cette possibilité garantisse l’attribution de l’aide.

Le soutien public ne s’arrête pas aux travaux d’installation. Le décret présidentiel prévoit également la prise en charge de 50% des frais de transport liés à l’acheminement annuel de 300 kg de produits alimentaires depuis l’Ouzbékistan, avec un plafond d’environ 7.500 euros par entreprise. Cette composante vise à faciliter l’approvisionnement des établissements en ingrédients d’origine ouzbèke.

L’enjeu est double. Les restaurants peuvent ainsi mettre en valeur leur identité culinaire tout en ouvrant des perspectives commerciales aux fournisseurs du pays. La vente de spécialités traditionnelles à l’étranger peut devenir un canal supplémentaire pour les producteurs d’ingrédients, les entreprises de transformation alimentaire et les distributeurs. Cependant, les possibilités d’approvisionnement resteront soumises aux réglementations douanières, sanitaires et commerciales applicables dans chaque État d’accueil.

Pour financer ce volet de la politique gastronomique, le décret prévoit une enveloppe annuelle d’environ 2,25 millions d’euros. Elle s’inscrit dans un ensemble de mesures de soutien au tourisme représentant environ 3,75 millions d’euros par an, sur une période allant du 1er septembre 2025 au 1er janvier 2028. Ces sommes correspondent à des allocations prévues par la réglementation et non à des dépenses effectivement réalisées.

La politique publique repose donc sur une articulation entre soutien aux entreprises, promotion touristique et développement des exportations. L’ouverture d’un restaurant à l’étranger peut permettre à des consommateurs de découvrir la cuisine ouzbèke avant même d’envisager un séjour à Tachkent, Samarcande ou Boukhara. Pour les autorités, la restauration devient ainsi un instrument de visibilité internationale qui complète les campagnes touristiques traditionnelles.

Restaurants de cuisine nationale à l’étranger : la Géorgie et la Thaïlande ont leurs dispositifs

L’Ouzbékistan n’est pas le seul pays à mobiliser sa cuisine pour renforcer sa présence internationale. En Géorgie, le ministère des Affaires étrangères a lancé le 10 juillet 2026 un programme de subventions intitulé « Saveurs géorgiennes », destiné à promouvoir les traditions culinaires nationales auprès des communautés étrangères. Le mécanisme géorgien accorde une place importante à la diaspora. Les restaurants géorgiens déjà implantés à l’étranger, les clubs culinaires, les associations communautaires et certains ressortissants établis hors du pays peuvent solliciter un soutien pour développer leurs projets. Le programme englobe aussi l’organisation d’événements gastronomiques, d’ateliers et d’activités d’apprentissage des recettes traditionnelles. Les projets sont notamment évalués sur leur faisabilité, leur durabilité, leur potentiel de rayonnement et leur coopération avec les représentations diplomatiques. Contrairement au mécanisme ouzbek, cette initiative ne repose pas sur une compensation générale et systématique de la moitié des frais d’ouverture. Elle privilégie le financement de projets sélectionnés, avec une dimension communautaire et culturelle plus marquée.

La Thaïlande suit une autre voie. Depuis plusieurs années, Bangkok développe son influence gastronomique grâce au label public Thai SELECT, attribué aux établissements qui respectent des critères d’authenticité culinaire et de qualité. Cette certification est utilisée pour valoriser les restaurants thaïlandais à l’étranger et renforcer la confiance des consommateurs. Le réseau compte 1.499 restaurants certifiés dans 72 pays. Parmi eux, 270 se trouvent aux États-Unis, dont 63 à New York. Ces données donnent une idée de l’ampleur internationale atteinte par cette politique de valorisation gastronomique.

Restaurants ouzbeks : un financement public pour conquérir l’étranger

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La stratégie thaïlandaise ne se limite pas à la certification. Le Département de promotion du commerce international organise également des formations, des rencontres professionnelles et des opérations de mise en relation entre restaurateurs installés à l’étranger et fournisseurs alimentaires nationaux. L’objectif est de consolider les établissements existants tout en stimulant les exportations de produits thaïlandais.

La différence avec l’Ouzbékistan réside principalement dans le choix des instruments. Tachkent privilégie une subvention financière directe liée aux dépenses d’installation. Bangkok mise davantage sur la certification, la visibilité commerciale, la professionnalisation des restaurateurs et la structuration des circuits d’approvisionnement. Dans les deux cas, les établissements de restauration jouent un rôle d’intermédiaire entre les producteurs nationaux et les consommateurs étrangers.

La Corée du Sud mobilise aussi sa cuisine à l’étranger

La Corée du Sud constitue un autre exemple de politique gastronomique internationale. Séoul soutient depuis 2010 des organisations regroupant restaurateurs, distributeurs d’ingrédients et professionnels de la cuisine coréenne à l’étranger. Le réseau rassemble 27 associations dans 20 pays. Ces structures peuvent bénéficier d’actions de conseil, de soutien à l’approvisionnement collectif, de campagnes promotionnelles et de programmes destinés à améliorer la compétitivité des restaurants. La France, notamment Paris, figure parmi les territoires couverts par ce réseau.

La stratégie sud-coréenne s’appuie également sur un dispositif diplomatique. En janvier 2026, 30 ambassades et consulats ont été désignés pour soutenir les exportations alimentaires, notamment en facilitant le traitement des obstacles commerciaux et sanitaires. Cette organisation montre comment la promotion gastronomique peut associer les administrations économiques et les représentations diplomatiques.

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Pour l’Ouzbékistan, ces expériences étrangères offrent plusieurs modèles distincts. La Géorgie finance des projets portés notamment par sa diaspora, la Thaïlande structure un réseau de restaurants certifiés, et la Corée du Sud conjugue accompagnement professionnel, promotion culturelle et diplomatie économique. Le dispositif ouzbek se distingue, quant à lui, par un remboursement direct des investissements et une aide complémentaire à l’acheminement d’ingrédients nationaux. Sa mise en œuvre dépend désormais de la sélection des projets et des destinations retenues par le Comité du tourisme.

Par Païsiy Ukhanov
Le 10/11/2026

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