L’Ouzbékistan s’apprête à ouvrir un débat social majeur. Le gouvernement propose de repousser progressivement le départ à la retraite des hommes comme des femmes, tout en durcissant l’exigence d’ancienneté et en révisant en profondeur le calcul des pensions. Présenté comme une adaptation à l’allongement de la vie et aux déséquilibres financiers du système, le projet prévoit néanmoins une longue période de transition et plusieurs protections pour les salariés proches de la retraite.
Ouzbékistan : le projet de réforme qui repousse progressivement l’âge de la retraite
Le 15 septembre 2026, le ministère ouzbek de l’Économie et des Finances a soumis à la discussion publique un projet de réforme prévoyant de faire passer l’âge général de la retraite de 60 à 63 ans pour les hommes et de 55 à 58 ans pour les femmes. Le relèvement ne commencerait toutefois qu’en 2028 et devrait s’achever en 2039.
Il ne s’agit donc pas encore d’une réforme définitivement adoptée. La consultation doit rester ouverte jusqu’au 30 septembre 2026, et les paramètres présentés peuvent encore évoluer avant une éventuelle adoption. Murodbek Atadjanov, directeur exécutif du Fonds extrabudgétaire des pensions, a également insisté dans un entretien accordé au média ouzbek Spot.uz sur le fait que les pensions déjà attribuées et les droits déjà constitués ne seraient pas revus à la baisse.
En Ouzbékistan, la retraite avancerait par petites étapes sur plusieurs années
Le mécanisme retenu se veut graduel. À compter du 1er janvier 2028, l’âge de départ augmenterait de trois mois chaque année, jusqu’à atteindre 63 ans pour les hommes et 58 ans pour les femmes en 2039. La hausse totale de trois années serait ainsi étalée sur une période de douze ans.
Les premiers concernés seraient les hommes nés en 1968 et les femmes nées en 1973. Une femme née en 1973 et qui aurait dû partir à 55 ans avec les règles actuelles devrait ainsi, durant la première étape, attendre 55 ans et trois mois, la date précise dépendant de son mois de naissance, a détaillé le responsable dans le même entretien.
Ce calendrier répond à une logique assumée de transition lente. L’âge de la retraite n’a pas été modifié en Ouzbékistan depuis 1993. Dans le même temps, l’espérance de vie masculine serait passée d’environ 65 à 73 ans et celle des femmes d’environ 70 à 77 ans. La durée moyenne de perception d’une pension serait ainsi passée d’environ 5 à 13 ans pour les hommes et de 15 à 22 ans pour les femmes.
Même après la réforme envisagée, le Fonds estime que les hommes percevraient leur pension pendant environ 11 ans après un départ à 63 ans et les femmes pendant environ 20,4 ans après un départ à 58 ans. Le responsable du Fonds justifie précisément la progression de trois mois par an par la volonté d’éviter un changement trop brutal pour les personnes ayant déjà organisé leur fin de carrière.
Hommes et femmes : quelles garanties pendant la transition ?
Le recul de l’âge légal s’accompagnerait de protections professionnelles. Le projet prévoit d’empêcher qu’un salarié soit licencié ou qu’un candidat soit écarté d’un emploi uniquement parce qu’il se trouve à l’approche de la retraite. Les personnes officiellement reconnues comme chômeuses dans les situations prévues par la législation conserveraient, par ailleurs, la possibilité de partir jusqu’à deux ans avant l’âge général.
Les métiers souterrains, nocifs ou particulièrement pénibles resteraient soumis à des règles préférentielles. Les hommes employés à temps plein dans ces activités pourraient conserver des possibilités de départ comprises entre 50 et 55 ans et les femmes entre 45 et 50 ans. Le détail resterait déterminé par la législation applicable aux différentes catégories professionnelles.
Autre élément important : le relèvement de l’âge général ne bloquerait pas l’accès aux sommes déjà constituées dans le volet par capitalisation. Les hommes pourraient continuer à récupérer leurs avoirs individuels à partir de 60 ans et les femmes à partir de 55 ans. Le projet entend également préserver les avantages fiscaux, les facilités de transport et les avantages dans le domaine de la santé actuellement liés au statut de retraité.
Les autorités envisagent parallèlement de réduire la durée du travail des salariés les plus âgés. À partir du 1er janvier 2027, les femmes de plus de 55 ans et les hommes de plus de 60 ans bénéficieraient d’un temps de travail réduit tout en conservant leur rémunération moyenne.
Un droit existant serait toutefois supprimé. Dès 2027, les femmes disposant de 20 années d’ancienneté ne pourraient plus faire valoir la règle permettant actuellement un départ à 54 ans, soit un an avant l’âge général, selon Spot. Pour les personnes ne réunissant même pas l’ancienneté minimale ouvrant droit à une pension, l’âge d’accès à l’allocation de vieillesse évoluerait parallèlement de 65 à 68 ans pour les hommes et de 60 à 63 ans pour les femmes.
Ouzbékistan : l’ancienneté minimale serait nettement relevée
La réforme ne porte pas seulement sur l’âge. Le seuil minimal d’ancienneté nécessaire pour obtenir une pension de vieillesse passerait progressivement de 7 à 15 ans d’ici 2034. L’augmentation commencerait en 2027 à raison d’une année supplémentaire chaque année : le seuil serait ainsi de 8 ans en 2027 puis de 11 ans en 2030.
Cette mesure ne doit pas être confondue avec l’ancienneté nécessaire pour une pension complète. Le projet maintient l’exigence actuelle de 25 années pour les hommes et de 20 années pour les femmes. Autrement dit, le changement vise avant tout le seuil minimum permettant d’entrer dans le système de pension, et non la durée de carrière donnant droit à une pension complète.
Le durcissement ne serait pas rétroactif. Les pensions déjà accordées avec une faible ancienneté ne seraient pas recalculées. Une personne qui n’atteindrait pas le minimum applicable l’année de son départ pourrait toujours recevoir l’allocation de vieillesse cinq ans après l’âge général de la retraite.
L’enjeu est d’autant plus sensible que les pensions restent modestes. La pension moyenne nationale équivaut actuellement à environ 125 euros par mois et la pension médiane à environ 84 euros par mois. Le minimum cité pour une pension avec ancienneté incomplète représente environ 65 euros par mois.
Les travailleurs indépendants sont également concernés. En juillet 2026, environ 2,8 millions de personnes étaient enregistrées comme travailleurs indépendants et quelque 800.000 d’entre elles, soit environ 30%, payaient volontairement des cotisations ouvrant des droits à pension. Le projet prévoit de rendre cette contribution obligatoire. Le montant annuel évoqué par le directeur du Fonds correspond à environ 32 euros.
Retraite : la réforme touche aussi le calcul, l’épargne et les cotisations
Le mode de calcul serait lui aussi profondément remanié. Aujourd’hui, la pension est calculée sur la base de cinq années de revenus prises dans les dix dernières années de carrière. À partir de 2027, la période de référence serait progressivement élargie jusqu’à atteindre vingt années, tandis que les 10% de périodes correspondant aux revenus les plus faibles seraient retirées du calcul.
Le plafond salarial utilisé pour déterminer la pension serait également relevé. Il passerait d’un montant équivalent à environ 445 euros à environ 482 euros de revenu mensuel pris en compte. Pour les personnes concernées, le Fonds estime que cette modification pourrait augmenter la nouvelle pension d’environ 20 euros par mois, soit près de 8%.
L’État veut en parallèle donner davantage de poids à l’épargne individuelle. Un salarié versant volontairement 5% de son salaire sur son compte de retraite pourrait recevoir un complément budgétaire atteignant jusqu’à 50% de son propre versement. Une partie du prélèvement social correspondant aux revenus supérieurs au seuil défini devrait également alimenter le compte individuel à hauteur de 1%, puis de 2% à partir de 2033 et de 3% à partir de 2040.
À compter de 2030, les fonds accumulés pourraient en outre être utilisés avant la retraite dans certains cas, notamment pour le traitement d’une maladie grave ou pour financer l’apport initial d’un prêt immobilier. Le projet prévoit également de transférer dès 2027 la gestion du système d’épargne-retraite de la Banque populaire au Fonds de pension et de préparer d’ici la fin de 2027 une base juridique permettant le développement de fonds de pension privés et d’entreprise.
Derrière ce vaste chantier se trouve une pression financière croissante. En 2025, le Fonds de pension a encaissé l’équivalent d’environ 4,16 milliards d’euros et dépensé environ 5,65 milliards d’euros, laissant un écart proche de 1,49 milliard d’euros couvert par le budget national. Plus de 4,3 millions de personnes reçoivent aujourd’hui une pension, soit plus de 11% de la population, tandis que le pays ne compte qu’environ deux travailleurs officiels cotisant régulièrement pour un retraité.
Cette contrainte devrait s’accentuer avec le vieillissement de la population. La proportion des retraités pourrait atteindre 15% de la population en 2040 et le nombre d’habitants âgés de plus de 65 ans passer de 2,25 millions à 4,02 millions. En l’absence de changements, le transfert budgétaire destiné au Fonds pourrait atteindre l’équivalent d’environ 6,7 milliards d’euros en 2040, soit 29,3% de ses dépenses.
Le directeur du Fonds récuse néanmoins l’idée que l’objectif serait uniquement budgétaire. « Notre objectif n’est pas d’économiser l’argent du budget », a déclaré Murodbek Atadjanov à Spot. Il affirme que la réforme doit surtout mieux relier le montant futur de la pension à l’ancienneté, au revenu déclaré et à la participation personnelle du citoyen au système.
La transformation doit enfin s’accompagner d’une nouvelle infrastructure numérique. Une application mobile baptisée « Pensiya » doit être lancée en avril 2027 afin de permettre aux citoyens de contrôler leur ancienneté et leurs revenus, d’estimer leur future pension et de gérer leur épargne. Le ministère de l’Économie et des Finances doit également préparer avant le 1er décembre 2026 les modifications législatives nécessaires dans le domaine des pensions publiques, de l’épargne-retraite et de la fiscalité sociale.
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