Ouzbékistan : la valorisation énergétique de déchets passe à l’échelle industrielle
Ouzbékistan : la valorisation énergétique de déchets passe à l’échelle industrielle

L’Ouzbékistan accélère sa stratégie de valorisation énergétique des déchets. Le pays veut faire de l’incinération avec production d’électricité un pilier de sa nouvelle politique de gestion des déchets ménagers, avec des investissements chinois déjà engagés, deux premières mises en service annoncées avant fin 2026 et une deuxième vague de projets en préparation.

Valorisation énergétique des déchets : un programme chinois au bénéfice de l’Ouzbékistan

Le 10 septembre 2026, le président de l’Ouzbékistan, Shavkat Mirziyoyev, a examiné l’avancement des projets d’investissement consacrés à la gestion des déchets, à leur traitement et à la production d’électricité. Cette présentation a permis de préciser le calendrier du programme, son financement, sa géographie et les objectifs de production d’énergie. Au cœur du dispositif figurent six projets de production d’électricité par incinération de déchets prévus sur la période 2026-2027. Leur coût cumulé représente l’équivalent de 805 millions d’euros. Ces projets sont réalisés avec des entreprises chinoises, précise la présidence.

Au 1er septembre 2026, environ 247,4 millions d’euros avaient déjà été engagés dans les six projets. Dans le même temps, les achats de biens et de services auprès de fournisseurs ouzbeks avaient atteint environ 66,1 millions d’euros. Environ 2.000 travailleurs locaux participaient aux chantiers.

La carte du programme couvre les régions de Kachkadaria, Samarcande, Tachkent, Andijan, Ferghana et Namangan. Les centrales de Kachkadaria et de Samarcande doivent être mises en service en 2026, tandis que les capacités prévues dans les quatre autres régions doivent suivre en 2027. Les deux premières installations devraient être lancées avant fin 2026.

La présidence ouzbèke n’a pas précisé quelles entreprises chinoises seront partenaires pour quel projet. On sait néanmoins que Shanghai SUS Environment a été reteny comme partenaire du projet de Samarcande. L’usine est construite sur 15 hectares d’un site d’environ 100 hectares correspondant à la décharge centrale située dans la mahalla Navruz, dans le secteur de Khushrav. La première pierre y a été posée le 18 juillet 2025, et les travaux sont toujours en cours.

En Ouzbékistan, les premières usines de valorisation de déchets attendus dès 2026

Le calendrier est désormais resserré : deux usines seront lancées avant fin 2026, il s’agit des deux sites de Kachkadaria et de Samarcande. Une fois les six installations pleinement opérationnelles, leur capacité cumulée doit atteindre 3,6 millions de tonnes de déchets ménagers solides traités par an. Elles doivent parallèlement produire 1,6 milliard de kilowattheures d’électricité par an. Le gouvernement lie directement ces volumes à la réduction de la pression exercée sur les décharges et à une transition progressive vers le principe dit de « zéro déchet ».

L’exécutif insiste aussi sur l’encadrement environnemental : les futures unités devraient respecter les exigences ouzbèkes ainsi que des standards européens. Le responsable a également indiqué que les seuils d’émissions de dioxyde de carbone en sortie de cheminée devaient rester dans les limites autorisées pour l’atmosphère.

La question des compétences est traitée en parallèle. Un vivier de 1.000 spécialistes doit être constitué pour les futures installations avec Green University, l’Université d’État de Samarcande et l’Université d’État de Karchi. Les investisseurs doivent recruter des citoyens ouzbeks, et la formation de nouveaux ingénieurs locaux doit accompagner le déploiement de technologies encore peu présentes dans le pays.

La combustion produira enfin des cendres, qui doivent à leur tour entrer dans une chaîne de traitement. Les investisseurs prévoient de les transformer en Ouzbékistan afin de créer de la valeur ajoutée, puis d’en exporter une partie vers leurs pays d’origine. L’objectif affiché est donc d’éviter que le résidu de l’incinération ne devienne simplement un nouveau flux à enfouir.

Valorisation énergétique des déchets : une seconde vague déjà dessinée

Le gouvernement ne compte pas s’arrêter aux six projets en chantier ou programmés. Cinq projets supplémentaires ont été présentés par des entreprises de Singapour, de Corée du Sud et de Chine, selon la présidence. Leur coût cumulé atteint l’équivalent de 539,2 millions d’euros.

Ces cinq installations sont envisagées au Karakalpakstan ainsi que dans les régions de Djizak, Sourkhan-Daria, Boukhara et Khorezm, selon la présidence. Elles permettraient de traiter 1,9 million de tonnes supplémentaires de déchets ménagers solides par an et de produire 635 millions de kilowattheures d’électricité chaque année.

Cette seconde vague, qui devrait être mise en service d’ici 2027, doit créer 500 emplois, selon la présidence, permettre une économie annuelle de 158 millions de mètres cubes de gaz naturel et réduire les émissions de gaz à effet de serre de 316 000 tonnes. Ces objectifs donnent au programme une dimension qui dépasse la seule collecte des déchets : il touche à la production électrique, à la consommation de gaz et à la politique climatique.

Déchets et décharges : l’Ouzbékistan veut changer de modèle

Au-delà des mégawatts et des chantiers, la réforme vise le fonctionnement même du système de déchets. Le développement des zones éco-industrielles et des capacités de réception et d’incinération devait réduire de 40% le volume de déchets acheminés vers les décharges. Un objectif de réduction de 50% du nombre de décharges a également été évoqué. Ce usines devraient couvrir toutes les catégories de déchets, alors que le cadre antérieur se concentrait sur les déchets ménagers, et devraient également ouvrir de nouvelles activités pour faire de la gestion des déchets une branche économique à part entière.

La transformation annoncée concerne aussi le foncier. Les autorités ont donné des instructions pour créer à terme des jardins et des parcs sur les emplacements de certaines décharges fermées. Cette politique accompagne la volonté de réduire l’enfouissement, mais elle suppose que l’incinération, le recyclage, la gestion des cendres et la dépollution des anciens sites progressent de manière coordonnée.

Illustration www.magnific.com.

Par Rodion Zolkin
Le 09/14/2026

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