Narendra Modi en Ouzbékistan : douze documents signés à Tachkent
Narendra Modi en Ouzbékistan : douze documents signés à Tachkent

La visite d’État de Narendra Modi à Tachkent, fin août 2026, ne s’est pas limitée à une démonstration de proximité politique avec Shavkat Mirziyoyev. Derrière le cérémonial, l’Inde et l’Ouzbékistan ont élevé leur relation au rang de partenariat stratégique global, publié un paquet de douze documents et ouvert plusieurs chantiers concrets, du commerce préférentiel aux minerais critiques, en passant par les paiements numériques, la santé, l’agriculture, l’enseignement supérieur et le tourisme.

Narendra Modi à Tachkent : une visite qui change l’échelle du partenariat

Le Premier ministre indien s’est rendu en Ouzbékistan les 29 et 30 août 2026. La portée de la rencontre tient surtout à la combinaison de deux niveaux d’accord. D’un côté, les gouvernements ont signé ou adopté des textes institutionnels qui fixent le cadre des prochaines années. De l’autre, ministères, entreprises et opérateurs ont précisé des projets sectoriels qui devraient donner un contenu économique à ce nouveau statut politique. C’est notamment le cas dans les mines, les paiements numériques, l’agriculture, la santé et les liaisons aériennes.

Le résultat diplomatique le plus visible est le passage des relations ouzbéko-indiennes au niveau d’un partenariat stratégique global, annoncé à l’issue des négociations. Shavkat Mirziyoyev et Narendra Modi ont parallèlement convenu d’intensifier les contacts politiques, les échanges parlementaires, les travaux de la Commission intergouvernementale et ceux du Conseil d’affaires. Un mécanisme spécifique piloté par les ministres des Affaires étrangères doit surveiller l’application des engagements, selon la déclaration conjointe publiée après la visite.

Narendra Modi en Ouzbékistan : douze documents signés à Tachkent

© Президент Республики Узбекистан

Cette architecture répond à une ambition économique nettement chiffrée. Le commerce bilatéral a progressé de 33% en 2025, pour atteindre l’équivalent de 1,12 milliard d’euros. Tachkent et New Delhi veulent porter ce volume à environ 4,32 milliards d’euros d’ici 2030, selon l’objectif de 5 milliards de dollars annoncé par les deux gouvernements.

La densification du tissu entrepreneurial est déjà perceptible. Plus de 400 entreprises à participation indienne opèrent actuellement en Ouzbékistan, selon le vice-ministre ouzbek des Investissements, tandis que le nombre d’entreprises conjointes a été multiplié par sept au cours des dernières années. Pour aller plus loin, les deux pays souhaitent élargir la gamme de produits échangés, réduire les obstacles non tarifaires et les barrières à l’investissement.

Un élément mérite une attention particulière : l’éventuel accord commercial préférentiel. L’étude de faisabilité conjointe a été achevée et les ministères concernés doivent désormais examiner les étapes suivantes. Un responsable ouzbek a par ailleurs indiqué qu’un projet d’accord existait déjà et que des travaux d’étude de marché devaient encore être achevés. Autrement dit, la visite a permis d’accélérer le processus, mais elle n’a pas encore débouché sur la signature d’un accord préférentiel définitif.

Visite de Narendra Modi à Tachkent : commerce, uranium et paiements étaient à l’ordre du jour

La coopération minière constitue l’un des dossiers les plus stratégiques. Le mémorandum signé sur la géologie et les ressources minérales doit ouvrir la voie à des projets dans l’exploration, l’extraction et la transformation, y compris pour des matières premières considérées comme critiques ou stratégiques. Les deux pays veulent également développer leur coopération dans l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire et attirer des sociétés indiennes vers des gisements ouzbeks.

Il faut cependant distinguer ce mémorandum d’un éventuel nouvel accord d’approvisionnement en uranium. Celui-ci n’a pas été signé pendant la visite. Les discussions sur un contrat de long terme ont été qualifiées de positives et les deux parties sont proches d’un accord, selon Sibi George, secrétaire du ministère indien des Affaires étrangères pour l’Occident. Le ministre ouzbek de l’Industrie minière et de la Géologie, Bobur Islamov, a de son côté expliqué : « Nous mettrons en œuvre de nouveaux projets pour développer les principaux gisements de minerai de fer et de charbon, ainsi que pour explorer le cuivre ».

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La visite ouvre également une voie plus discrète, mais potentiellement très concrète pour les voyageurs et les entreprises : les paiements numériques. HUMO et NIPL, la branche internationale de la National Payments Corporation of India, ont conclu un accord destiné à permettre l’usage d’UPI en Ouzbékistan. Son déploiement pourrait intervenir dans environ un an. « Une fois l’accord mis en œuvre, les touristes indiens pourront utiliser en Ouzbékistan des applications compatibles avec UPI pour effectuer leurs paiements », a fait savoir le diplomate.

L’agriculture fait partie des autres secteurs où les annonces sont déjà très opérationnelles. Dans la région du Khorezm, des variétés de coton tolérant à la salinité sont testées sur 12.000 hectares, a annoncé le ministre ouzbek de l’Agriculture Ibrokhim Abdurakhmonov. L’Ouzbékistan travaille également à l’exportation vers l’Inde de plus de 30 catégories de produits, tandis que plus de 10 tonnes de semences indiennes de variétés précoces de cumin ont été importées en 2026.

Le jute illustre encore mieux la recherche de chaînes de valeur nouvelles. La culture conjointe couvre déjà près de 2.000 hectares, alors que l’Ouzbékistan importe pour l’équivalent d’environ 25,9 millions d’euros de fibres naturelles. « Dans les prochaines années, le jute sera cultivé sur au moins 55.000 hectares. En Inde, il est cultivé sur un million d’hectares », a déclaré Ibrokhim Abdurakhmonov. Les discussions portent parallèlement sur l’importation de viande indienne, sa préparation conformément aux exigences halal et le développement de sociétés conjointes.

La visite a débouché sur la signature de douze documents

Le paquet officiel rendu public à Tachkent comprend douze documents, selon la présidence ouzbèke le 30 août. La pièce maîtresse est la déclaration conjointe qui consacre le nouveau partenariat stratégique global. Elle est complétée par un programme d’échanges culturels pour 2026-2030 et par un programme de coopération touristique pour 2026-2028. Ces deux textes donnent un calendrier pluriannuel à des secteurs où les échanges existaient déjà mais restaient moins structurés.

Le volet scientifique et humain est particulièrement fourni. Les gouvernements ont signé un accord sur l’enseignement supérieur et la recherche scientifique, un mémorandum consacré à l’Ayurveda et aux autres médecines traditionnelles, ainsi qu’un accord de coopération environnementale. Un protocole prévoit par ailleurs des recherches archéologiques sur les sites de Fayaztepa et Karatepa, deux ensembles liés au patrimoine bouddhique ancien de l’actuel Ouzbékistan. Un autre mémorandum porte sur la coopération archivistique.

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Les dimensions économiques et institutionnelles ne sont pas oubliées. Un mémorandum doit organiser le dialogue économique et financier, tandis qu’un autre encadre la coopération en géologie et dans les ressources minérales. L’Université d’économie mondiale et de diplomatie d’Ouzbékistan et le Sushma Swaraj Institute of Foreign Service indien ont également signé un texte de coopération. Enfin, un accord établit un partenariat entre la région ouzbèke de Samarcande et l’État indien du Gujarat.

À ces douze textes s’ajoutent des initiatives sectorielles qui ne doivent pas être confondues avec le paquet intergouvernemental proprement dit. C’est notamment le cas de l’accord HUMO-NIPL sur les paiements, des discussions avec des entreprises minières, des arrangements agricoles ou encore des projets médicaux. Cette distinction permet de mesurer plus précisément la visite : certains dossiers sont juridiquement actés, d’autres ont été transformés en programmes de travail et plusieurs, comme le nouvel accord de long terme sur l’uranium, restent encore à finaliser.

Shavkat Mirziyoyev élargit l’accord à l’éducation, la santé et au tourisme

L’enseignement supérieur est déjà l’un des liens humains les plus solides entre les deux pays. Environ 16.000 étudiants indiens, principalement dans les formations médicales, étudient en Ouzbékistan. Quatre universités indiennes disposent d’une présence dans le pays. « Nous avons déjà une base. Nous avons maintenant convenu de porter cette coopération à un niveau supérieur », a déclaré Sibi George.

New Delhi a également annoncé 100 bourses Lal Bahadur Shastri pour l’apprentissage de l’hindi par des étudiants ouzbeks. À plus long terme, la relation académique s’appuie sur un socle déjà conséquent : plus de 2.700 citoyens ouzbeks ont participé au programme indien ITEC et plus de 400 étudiants ouzbeks ont reçu des bourses ICCR, y compris dans le cadre d’AYUSH. Une chaire de sanskrit de l’ICCR doit également être créée à l’Université d’État des études orientales de Tachkent.

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Dans le domaine environnemental, l’Inde prévoit en outre un financement équivalant à environ 864.000 euros pour un projet de restauration écologique dans la région de la mer d’Aral, selon le montant de 1 million de dollars figurant dans la déclaration conjointe et converti au taux croisé du 3 septembre. Ce financement doit être fourni dans le cadre d’un programme de subventions du gouvernement indien.

La santé est un autre axe de croissance. Plus de dix projets de coopération avec l’Inde sont déjà en cours dans le pays, et cinq projets supplémentaires, principalement pharmaceutiques, étaient envisagés autour de la visite. Les discussions portent notamment sur la production locale de médicaments, l’oncologie, la cardiologie et la protonthérapie. « En Inde, il existe de grandes cliniques, comme Apollo et d’autres. Elles ont elles aussi exprimé le souhait d’ouvrir des établissements similaires en Ouzbékistan », a fait savoir Eldor Adilov.

Le tourisme complète ce dispositif. Les deux pays disposaient déjà de 14 vols directs par semaine. Depuis le 1er septembre 2026, certains citoyens indiens peuvent en outre entrer en Ouzbékistan sans visa pour une durée maximale de 30 jours. L’exemption est toutefois conditionnelle : elle exige notamment un visa multiple valable délivré par l’un des États ou espaces énumérés par Tachkent, ainsi qu’un billet vers l’Inde ou un pays tiers. Elle ne constitue donc pas une suppression générale et réciproque des visas.

Le marché indien progresse rapidement. D’apès le Comité national des statistiques, l’Ouzbékistan a enregistré 45.500 voyages touristiques de citoyens indiens en 2023, 70.600 en 2024 et 80.900 en 2025. Entre 2022 et 2025, le volume a été multiplié par près de 1,8. Les autorités veulent désormais davantage cibler les familles et les séjours avec enfants. Une liaison Hyderabad-Tachkent doit être lancée à compter du 28 septembre à raison de deux vols hebdomadaires.

Reste désormais la phase la moins spectaculaire, mais la plus décisive : l’exécution. Shavkat Mirziyoyev et Narendra Modi ont demandé que les engagements sectoriels soient accompagnés de feuilles de route précisant les mécanismes, les responsables et les échéances. Le gouvernement ouzbek prévoit également de regrouper les programmes sectoriels dans une feuille de route commune, a fait savoir le vice-ministre des Investissements. La visite de Tachkent a donc produit davantage qu’un paquet de déclarations : elle a fixé une architecture de suivi destinée à transformer les accords politiques en projets industriels, commerciaux et humains mesurables.

Par Rodion Zolkin
Le 09/03/2026

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