Le Tadjikistan a ramené la pauvreté de 83% dans les années 1990 à 19% en 2025, a annoncé le premier vice-Premier ministre, Hokim Kholikzoda. Derrière ce recul spectaculaire, les données les plus récentes dessinent toutefois un paysage plus contrasté : salaires en hausse, croissance soutenue et investissements importants, mais aussi écarts de revenus, dépendance aux transferts des migrants et accès encore inégal à l’eau, à l’assainissement et à une alimentation suffisante.
Au Tadjikistan, la pauvreté recule à mesure que l’économie croît
Le 25 août 2026, le premier vice-Premier ministre du Tadjikistan a annoncé que son pays avait fait reculer le taux de pauvreté de 83% dans les années 1990 à 19% en 2025. Si cette évolution témoigne de progrès remarquables, les données les plus récentes révèlent une réalité plus nuancée : les salaires progressent, la croissance économique reste dynamique et les investissements se maintiennent à un niveau élevé, mais les inégalités de revenus persistent.
Le discours gouvernemental associe directement le recul de la pauvreté à l’expansion de l’économie. Le produit intérieur brut serait passé d’un équivalent d’environ 1,24 million d’euros en 1991 à près de 16,42 milliards d’euros en 2025, tandis que la croissance annuelle moyenne sur la période aurait atteint 7,6%. Plus de 62,18 milliards d’euros d’investissements auraient été mobilisés sur l’ensemble de la période, dont environ 14,76 milliards d’euros d’investissements étrangers.
Le mouvement se poursuit sur le terrain industriel. Au 1er juillet 2026, les cinq zones économiques franches du pays comptaient 123 entreprises tadjikes et étrangères, qui avaient créé 2.196 emplois depuis le début de leurs activités, attiré environ 250,6 millions d’euros d’investissements et produit pour plus de 371,2 millions d’euros de biens industriels. Le 27 août, douze accords de coopération représentant plus de 89,6 millions d’euros ont encore été signés lors d’un forum d’investissement à Gouliston.
Tadjikistan : salaires, prix et emplois derrière la baisse de la pauvreté
La progression des revenus nominaux est l’un des éléments les plus visibles de la conjoncture actuelle. En juin 2026, le salaire mensuel nominal moyen atteignait environ 353 euros, en hausse de 21,3% sur un an. Le salaire minimum restait proche de 93 euros, tandis que les rémunérations moyennes atteignaient environ 776 euros dans la finance et l’assurance, 651 euros dans l’information et les communications, mais seulement 129 euros dans l’agriculture, la sylviculture et la pêche.
La hausse des salaires doit néanmoins être mise en regard de celle des prix. Entre janvier et juillet 2026, les prix à la consommation ont progressé de 2,6%, contre 2% sur la même période en 2025. Les services ont augmenté de 3,8% et les produits non alimentaires de 2,1%, tandis que les fruits ont renchéri de 22,2%. Le coût des carburants et lubrifiants a bondi de 29,6% : le gaz liquéfié a augmenté de 35,8%, le diesel de 48,9% et l’essence de 19,2%. Les services communaux ont, eux, progressé de 12,2%.
L’enjeu est donc moins de produire de la croissance que de la transformer en emplois suffisamment nombreux et rémunérateurs. Le gouvernement table sur environ 309.000 nouveaux emplois en 2027, 326.000 en 2028 et 346.000 en 2029, après 280.000 créations annoncées pour 2025. À une échelle plus locale, trois nouvelles usines ouvertes dans la zone économique franche de Dangara le 26 août 2026 ont créé 45 postes ; sur les sept premiers mois de 2026, cette zone avait attiré environ 8,35 millions d’euros d’investissements et créé 140 emplois.
Pauvreté au Tadjikistan : des vulnérabilités encore très visibles
Le taux officiel de 19% ne résume pas à lui seul les conditions de vie. Un rapport conjoint de douze organisations de la société civile indique que la part de la population vivant sous un seuil de 3,15 euros par jour, serait passée de 32% en 2009 à 9,1% en 2024. Cet indicateur n’est pas construit sur la même base que le taux national de pauvreté de 19% annoncé pour 2025 ; il mesure une autre dimension de la précarité et ne peut donc pas être comparé directement.
Le rapport met surtout l’accent sur l’accès aux services essentiels. Seuls 41% des habitants disposeraient d’eau potable via un réseau d’approvisionnement et 15% d’un système d’assainissement. Dans les zones rurales, l’accès au réseau d’eau tomberait à 22%. Entre 29% et 56% des ménages, selon la région et la méthode retenue, ne pourraient pas financer une alimentation suffisamment calorique et nutritive. Chez les enfants âgés de 6 à 23 mois, 9% seulement recevraient une alimentation conforme à l’ensemble des pratiques recommandées et 28% bénéficieraient d’une diversité alimentaire minimale.
La dépendance à la migration reste un autre facteur de vulnérabilité. Les transferts d’argent des travailleurs migrants auraient représenté jusqu’à 48% du PIB au cours des quatre dernières années, dont environ 85% en provenance de Russie. Au début de 2025, le Tadjikistan disposait de 41 accords dans le domaine du travail avec 15 États, mais l’économie nationale continue de dépendre fortement de revenus gagnés à l’étranger. Le rapport souligne aussi un écart majeur sur l’emploi : le chômage officiel était de 1,9% en décembre 2024, tandis qu’une estimation de la Banque mondiale citée dans le document le situait à 11,5%.
Tadjikistan : la prochaine étape se joue dans la qualité de la croissance
Les autorités veulent maintenir un rythme élevé jusqu’à la fin de la décennie. Le scénario macroéconomique approuvé pour 2027-2029 prévoit une croissance réelle de 8,4% en 2027, 8,6% en 2028 puis 8,8% en 2029. À cet horizon, le PIB nominal est projeté à environ 27,01 milliards d’euros et les investissements en capital fixe à près de 4,77 milliards d’euros.
L’effort doit également porter sur les capitaux étrangers. Les investissements directs étrangers sont projetés à près de 859 millions d’euros en 2029, contre environ 591 millions d’euros en 2027. Dans le même temps, les autorités tablent sur une population active occupée passant de 2,98 millions de personnes en 2027 à 3,15 millions en 2029. L’objectif affiché consiste à alimenter l’industrialisation, l’énergie, les services et les infrastructures tout en élargissant la base de l’emploi intérieur.
C’est sur ce point que se joue la portée sociale du recul de la pauvreté. Les données disponibles montrent qu’une croissance rapide peut coexister avec de fortes disparités entre secteurs, un accès insuffisant aux services de base et une dépendance élevée aux virements de la diaspora. Au Tadjikistan, le passage de 83 % à 19 % constitue donc un indicateur central du récit économique de l’indépendance ; la phase suivante dépendra surtout de la capacité du pays à diffuser davantage les gains de productivité, les salaires et les services publics dans les régions et les catégories de population qui restent les plus exposées.
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