Kirghizstan : les investissements directs étrangers bondissent de 27,3%
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Les investissements directs étrangers ont fortement progressé au Kirghizstan en 2025, avant d’accélérer encore au premier trimestre 2026. Derrière cette hausse se dessine une stratégie plus large : attirer des capitaux, mais surtout les orienter vers l’industrie, les technologies, l’énergie et les régions.

Au Kirghizstan, les investissements directs étrangers dépassent 1,1 milliard d’euros en 2025

Le Kirghizstan affiche une nette progression de ses investissements directs étrangers. Le 24 août 2026, à Bichkek, le président Sadyr Japarov a annoncé que le pays avait attiré l’équivalent d’environ 1,12 milliard d’euros d’IDE en 2025. Cela représente une augmentation de 27,3% en un an. Cette annonce intervient dans un contexte de croissance soutenue et de forte activité dans les infrastructures. Elle ne constitue d’ailleurs pas un simple bilan annuel. Les premières données disponibles pour 2026 suggèrent que la dynamique s’est prolongée, voire renforcée, tandis que les autorités tentent d’élargir la géographie et la nature des projets proposés aux investisseurs.

Le chiffre présenté par Sadyr Japarov représente une hausse proche d’un tiers sur un an. Le volume des capitaux étrangers annoncé pour 2025 atteint ainsi environ 1,12 milliard d’euros. Le chef de l’État a présenté cette progression comme un signe de confiance des investisseurs internationaux dans les perspectives économiques du Kirghizstan et dans la possibilité d’y développer des projets de long terme.

L’annonce a été faite lors de la réouverture de l’hôtel Ak-Keme, à Bichkek. Le choix du lieu n’était pas neutre. Le gouvernement présente la rénovation de cet actif public par un investisseur privé comme l’un des exemples de sa stratégie actuelle : remettre des infrastructures en activité, attirer des capitaux privés et améliorer l’offre de services dans une capitale qui reçoit davantage de visiteurs, d’entrepreneurs et de délégations étrangères.

Dans le même discours, le président a indiqué que le portefeuille du Centre kirghiz des partenariats public-privé dépassait désormais 90 projets, représentant plus de 4,47 milliards d’euros. Parmi eux, 71 projets sont déjà en cours de réalisation. Ces opérations concernent notamment le développement régional, la sécurité énergétique, les transports et l’environnement. Ce montant ne doit toutefois pas être confondu avec les investissements directs étrangers : le portefeuille de PPP constitue un ensemble beaucoup plus large de projets susceptibles de mobiliser des capitaux publics ou privés, nationaux comme internationaux.

Sadyr Japarov a également affirmé que plus de 273.000 nouveaux emplois avaient été créés en 2025 dans l’économie kirghize. Là encore, il ne s’agit pas d’emplois attribuables aux seuls investissements étrangers. Ce chiffre sert plutôt aux autorités à inscrire la progression des IDE dans un ensemble plus vaste de réformes, de constructions et de nouveaux projets économiques.

Kirghizstan : les investissements directs étrangers accélèrent encore en 2026

Les premiers mois de 2026 confortent la tendance. Au premier trimestre, les IDE reçus par le Kirghizstan ont atteint environ 331,3 millions d’euros, soit 34% de plus qu’au cours de la même période de 2025. Après la hausse de 27,3% enregistrée sur l’ensemble de l’année précédente, cette nouvelle progression montre que l’afflux de capitaux ne s’est pas interrompu au changement d’exercice.

Surtout, la composition des investissements commence à compter autant que leur volume. L’industrie manufacturière a reçu l’équivalent de 77,2 millions d’euros au premier trimestre. Dans le secteur de l’information et des communications, les investissements ont parallèlement progressé de 75% sur un an. Ces données sont importantes pour une économie qui cherche à ne plus dépendre uniquement du commerce, de l’immobilier, des matières premières ou de grands projets ponctuels.

Kairat Itibaev, président de l’Association des investisseurs étrangers, insiste précisément sur cette évolution. « L’investisseur, ce n’est pas seulement du capital, mais aussi des technologies et un accès aux canaux de vente », explique-t-il dans un entretien publié par Kabar le 19 août 2026. Pour lui, l’objectif devrait être d’attirer davantage de projets capables d’introduire de nouvelles méthodes de gestion, d’intégrer les entreprises kirghizes aux chaînes internationales et, à terme, de renforcer les exportations.

Cette approche met en avant plusieurs secteurs. L’agro-industrie et la transformation alimentaire occupent une place centrale, car une partie importante de la valeur ajoutée des produits agricoles peut encore être créée localement. Viennent ensuite l’énergie, notamment renouvelable, les infrastructures logistiques et les corridors de transport. S’ajoutent les technologies de l’information, l’intelligence artificielle, l’économie numérique, la médecine et le tourisme, autant de branches que les autorités cherchent à transformer en nouveaux points d’entrée pour les capitaux internationaux.

Kirghizstan : l’offensive d’investissement gagne les régions

La politique d’attraction des capitaux ne se joue plus uniquement à Bichkek. Au cours de la troisième semaine d’août, l’Agence nationale des investissements a multiplié les déplacements dans les régions. L’objectif affiché est double : identifier les obstacles qui ralentissent les projets déjà lancés et améliorer la préparation des nouveaux dossiers avant leur présentation aux investisseurs.

À Batken, dans le sud-ouest du Kirghizstan, l’agence a examiné le 21 août 2026 plusieurs catégories de projets. Le portefeuille régional comprend notamment des centrales solaires, un ensemble résidentiel, le développement du marché municipal de Kyzyl-Kiya par un mécanisme de partenariat public-privé, la fabrication de matériaux de construction ainsi que des activités liées à l’extraction et à la transformation de l’antimoine. L’Agence nationale des investissements insiste sur la nécessité de transformer ces projets en entreprises opérationnelles, infrastructures et emplois, plutôt que de mesurer le succès uniquement à l’aune des annonces financières.

À Naryn, le 20 août 2026, le travail a davantage porté sur l’environnement administratif des investisseurs. Les représentants de l’agence ont discuté du suivi des projets, de la fiabilité des données, des mécanismes publics d’accompagnement et surtout de la suppression des obstacles administratifs. Ils ont également examiné l’activité de la zone économique libre de Naryn et ses possibilités d’accroître ses capacités de production.

Un jour plus tard, une démarche comparable a été menée dans la région d’Och et dans la deuxième ville du pays. Les discussions ont porté sur l’accompagnement des projets existants, la coopération entre autorités publiques et entreprises et la préparation de nouveaux investissements. Le projet urbain Och-City a notamment fait l’objet d’un examen de son état d’avancement et de ses besoins en infrastructures, selon l’Agence nationale des investissements.

Kirghizstan : attirer des capitaux ne suffit plus

Cette multiplication des initiatives régionales révèle l’un des défis majeurs du Kirghizstan. La croissance statistique des IDE ne garantit pas automatiquement une transformation durable de l’économie. Pour obtenir cet effet, les entreprises locales doivent être capables d’accueillir de grands investisseurs, de présenter des comptes transparents, de démontrer la rentabilité de leurs projets et de répondre aux standards internationaux de gouvernance.

Kairat Itibaev souligne ainsi que l’arrivée d’un investisseur doit être préparée bien avant les premières négociations. Les partenaires étrangers veulent connaître les débouchés, les coûts, les capacités de production, les technologies utilisées et le délai nécessaire pour rentabiliser leur participation. Pour de nombreuses petites et moyennes entreprises kirghizes, souvent structurées autour de propriétaires familiaux, ce passage à des normes plus formalisées de gestion et de transparence reste une étape déterminante.

Le second défi concerne la qualité du capital attiré. Un investissement qui finance une unité de transformation, apporte des technologies ou ouvre l’accès à un marché d’exportation peut produire des effets économiques très différents d’un flux consacré à des opérations commerciales à court terme. L’Association des investisseurs étrangers plaide donc pour une évaluation plus large : nouvelles usines, emplois, technologies transférées, exportations, intégration aux chaînes de valeur et capacité des investisseurs déjà présents à réinvestir dans le pays.

Cette logique rejoint les priorités observées dans les régions. Batken cherche à combiner énergie solaire, industrie et transformation de ressources minières. Naryn travaille sur ses capacités productives et sa zone économique libre. Och veut structurer de nouveaux projets urbains et faciliter leur accompagnement. Pour les autorités kirghizes, le prochain test sera donc moins de maintenir un taux spectaculaire de croissance des IDE que de convertir les capitaux déjà attirés en capacités de production durables, tout en constituant une réserve de projets suffisamment solides pour alimenter les investissements des prochaines années.

Par Rodion Zolkin
Le 08/25/2026

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