Au Turkménistan, plusieurs témoignages récents décrivent des soldats rendus à la vie civile bien avant la fin de leur service après une blessure grave ou une maladie. Derrière ces départs anticipés apparaissent des conditions sanitaires difficiles, le manque de nourriture, des travaux sans rapport direct avec l’entraînement militaire et, après la démobilisation, de nouvelles complications administratives.
Au Turkménistan, des soldats réformés après des blessures graves
Le 24 août 2026, Azattyq Asia, la branche Asie centrale de Radio Liberty, a rapporté que, dans le velayat de Lebap, un nombre croissant de jeunes soldats rentraient chez eux avant le terme prévu de leur service pour raisons médicales. Le média s’appuie notamment sur les récits anonymes de deux anciens appelés. Il n’existe cependant aucun chiffre officiel permettant de mesurer l’ampleur de ce phénomène.
Cette absence de données est centrale. Au Turkménistan, le service militaire est obligatoire pour les hommes âgés de 18 à 27 ans, et aucune forme de service civil alternatif n’est prévue. Dans le même temps, les autorités ne rendent pas publics de bilans détaillés sur les blessures, maladies graves, handicaps, décès ou suicides survenus dans les rangs. Les informations disponibles reposent donc sur un assemblage de témoignages, de médias spécialisés et de quelques dossiers individuels publiés par l’Ombudsman turkmène.
Le premier cas rapporté le 24 août 2026 concerne un ancien militaire de 19 ans originaire de Turkmenabat. Il affirme avoir été blessé pendant son huitième mois de service alors qu’il participait au nettoyage d’une pièce provenant d’un ancien char. Selon son récit à Azattyq Asia, une lourde partie métallique est tombée sur son pied. « Les os de mon talon ont été complètement broyés », raconte-t-il, dans une traduction du témoignage recueilli par le média. Après une opération et la pose d’une structure métallique, il aurait été déclaré inapte à poursuivre son service, puis renvoyé chez lui.
Son récit ne s’arrête pas à l’accident. L’ancien appelé affirme n’avoir reçu aucune indemnisation et soutient qu’on lui aurait réclamé 7.000 manats turkmènes pour faire reconnaître son handicap, soit environ 1.717 euros. Cette accusation n’a pas été confirmée par une source officielle. Le jeune homme dit également avoir appris qu’il lui était interdit de quitter le pays pendant cinq ans après sa démobilisation.
Un deuxième ancien appelé de Lebap raconte une trajectoire différente, mais tout aussi préoccupante. Affecté dans une unité de Serhetabat, il dit être tombé malade au quatrième mois de son service. « La situation alimentaire et sanitaire était très difficile », affirme-t-il. En quatre mois, le jeune homme assure avoir perdu 10 kilogrammes, selon le même média. Il a ensuite été hospitalisé à cause d’une accumulation de liquide dans les poumons avant d’être, lui aussi, libéré du service avant terme.
Après son retour, il aurait découvert une interdiction de sortie du Turkménistan valable pendant cinq ans, selon son récit. Sa famille affirme avoir finalement versé l’équivalent d’environ 1.714 euros à un intermédiaire afin de faire lever la restriction.
Des soldats face à la maladie, au manque d’eau et à la sous-alimentation
Les témoignages recueillis par Azattyq Asia font écho à d’autres informations publiées au cours des douze derniers mois. Le 5 août 2026, ce même média rapportait que des appelés étaient envoyés sur des champs de coton pour effectuer des travaux agricoles. D’après une source proche des forces armées citée par le média, les soldats quittaient leurs unités tôt le matin et restaient dans les champs jusqu’au soir. Une fois les réserves d’eau épuisées, certains auraient bu l’eau trouble des canaux d’irrigation.
La conséquence décrite est directement sanitaire. « De plus en plus de jeunes soldats souffrent de diarrhée », indiquait la source citée par Azattyq Asia. Un militaire interrogé par le média affirmait également que certains appelés dépourvus de médicaments étaient atteints de dysenterie et hospitalisés. Le nombre de personnes concernées n’a toutefois pas pu être établi et les autorités n’ont pas apporté de bilan public permettant de vérifier l’étendue de ces épisodes.
La question du travail agricole dépasse d’ailleurs le seul cadre militaire. Le 20 août 2026, Hronika Turkmenistana rapportait le lancement d’une nouvelle phase de la campagne cotonnière dans le velayat de Lebap. Selon ce média spécialisé, des employés de la santé et de l’éducation devaient notamment effectuer des rotations de 15 jours dans les champs. Ce reportage ne concerne pas directement les soldats, mais il montre que l’affectation temporaire de personnels publics à des travaux agricoles reste signalée dans la même région.
À ce contexte s’ajoute la chaleur. Le 17 août 2026, le portail officiel « Turkménistan : l’Âge d’or » prévoyait des températures pouvant atteindre 43 °C dans le velayat de Lebap entre le 17 et le 23 août. Cette donnée ne permet pas d’établir que les militaires cités dans les témoignages du début du mois ont précisément travaillé sous ces températures, mais elle renseigne sur les conditions climatiques estivales auxquelles sont confrontées les personnes effectuant des activités physiques en extérieur.
La nourriture constitue un autre point de tension récurrent. En novembre 2025, Hronika Turkmenistana avait interrogé des jeunes revenant du service. Le média décrivait un régime composé notamment de citrouille bouillie, chou, betteraves et bouillie de riz, avec une alimentation jugée insuffisante par ses témoins. Hronika affirmait que des troubles gastro-intestinaux étaient fréquents et que la sous-alimentation pouvait fragiliser les organismes face aux infections. Il n’existe, là encore, aucune statistique sanitaire officielle permettant de mesurer la fréquence de ces pathologies dans l’ensemble des unités militaires.
Le Turkménistan reconnaît des démobilisations médicales, sans publier de bilan
L’un des éléments les plus solides du dossier vient paradoxalement de documents officiels. Dans son rapport sur l’année 2024, publié le 27 août 2025, l’Ombudsman du Turkménistan décrit le cas d’un habitant du velayat de Balkan ayant demandé de l’aide pour être libéré des forces armées pour raisons de santé. Après intervention auprès du ministère de la Défense, l’intéressé a été placé dans la réserve avant terme parce qu’une commission médicale l’avait déclaré inapte.
Le même document mentionne un deuxième dossier particulièrement éclairant. Le père d’un militaire s’était adressé à l’Ombudsman après une forte détérioration de la vue de son fils pendant le service. Après examen, le militaire a été démobilisé le 16 novembre 2024 sur décision de la commission médicale militaire centrale, selon le rapport de l’Ombudsman. Une indemnité de 40.000 manats lui a également été versée pour des examens complémentaires, soit environ 9.814 euros. Ce cas officiel montre qu’une compensation peut être accordée, ce qui contraste avec le témoignage du jeune blessé au talon qui affirme n’avoir rien reçu.
Les difficultés ne se limitent pas aux appelés. Le 4 août 2026, Hronika Turkmenistana annonçait que cinq élèves de l’Institut militaire du ministère de la Défense avaient demandé à quitter leur formation après leur première année. Selon le média, leur décision était liée à ce qu’ils avaient découvert des conditions de la carrière militaire. La durée d’une journée de travail pourrait atteindre 12 heures, affirme Hronika. Le média ajoute que les cinq élèves auraient dû accepter de rembourser environ 1.500 euros chacun, conversion, ainsi qu’une interdiction de sortie du pays pendant cinq ans.
De son côté, Turkmen.News a rapporté le 31 juillet 2026, sur la base de sources militaires anonymes, que certains officiers et sous-officiers cherchant à quitter les forces armées verseraient entre environ 1.285 et 1.714 euros à des intermédiaires pour obtenir plus rapidement la signature nécessaire. Selon ces mêmes sources, la procédure pourrait prendre entre un mois et demi et deux mois. Ces accusations ne sont pas corroborées officiellement et concernent des militaires de carrière, non les conscrits malades ou blessés.
Maladie et sortie du Turkménistan : l’après-service sous contrainte
La question des paiements informels apparaît néanmoins jusque dans les documents de l’Ombudsman. Son rapport consacré à 2025, publié le 2 juin 2026, relate le cas d’un père ayant remis 30.000 manats, soit environ 7.361 euros, à un intermédiaire promettant de faire libérer son fils du service militaire en raison d’une maladie. Dans ce dossier précis, le rapport ne décrit pas un pot-de-vin versé à l’administration : il s’agit d’une affaire de fraude présumée par un intermédiaire. Après la plainte du père et les vérifications engagées, la somme lui a été intégralement rendue, selon l’Ombudsman.
Le sort administratif des anciens soldats constitue un autre volet de l’affaire. Les deux anciens appelés interrogés le 24 août par Azattyq Asia disent avoir été frappés d’une interdiction de sortie de cinq ans. Or, trois jours auparavant, le même média rapportait une nouvelle série de refus de départ concernant des jeunes Turkmènes souhaitant étudier à l’étranger. Une source travaillant à l’aéroport d’Achgabat affirmait que des dizaines de jeunes étaient empêchés quotidiennement d’embarquer depuis une dizaine de jours. Les personnes interrogées disaient ne pas recevoir de décision écrite expliquant la mesure.
Le rapport officiel de l’Ombudsman pour 2025 apporte ici un élément complémentaire. Il reconnaît l’existence de plaintes de citoyens dénonçant des obstacles à des départs à l’étranger jugés nécessaires et précise que ces demandes sont transmises au Service national des migrations. Le document ne permet cependant pas de confirmer l’existence d’une règle générale interdisant pendant cinq ans aux anciens appelés réformés de quitter le territoire.
Même se déplacer à l’intérieur du pays pour des soins peut s’avérer compliqué. Le 17 août 2026, Hronika Turkmenistana rapportait que deux commissions fonctionnaient à Turkmenabat afin d’aider notamment les personnes handicapées, les retraités et les patients devant se rendre à Achgabat pour un traitement à obtenir un billet d’avion. Le média expliquait cette procédure par une pénurie persistante de places sur les liaisons intérieures.
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