Alors que sa première centrale nucléaire vient seulement d’entrer dans sa phase de construction, l’Ouzbékistan prépare déjà un deuxième projet. Le président Shavkat Mirziyoyev l’a révélé publiquement pour la première fois, donnant une nouvelle dimension à une stratégie énergétique conçue pour accompagner l’industrialisation du pays, sécuriser l’approvisionnement électrique et rassurer les investisseurs.
Shavkat Mirziyoyev confirme la prochaine construction d’une deuxième centrale nucléaire
Le 17 août 2026, en déplacement dans la région du Khorezm, Shavkat Mirziyoyev participait à une cérémonie consacrée au lancement de nouveaux projets d’investissement lorsque le président ouzbek a évoqué la centrale nucléaire en construction dans la région de Djizak, avant de dévoiler qu’un second projet était déjà en préparation.
Cette annonce marque une accélération nette. Jusqu’ici, Tachkent concentrait surtout sa communication sur son premier complexe nucléaire, bâti avec la Russie. Désormais, le pouvoir ouzbek affiche publiquement l’ambition d’aller au-delà d’une installation unique, même si les caractéristiques techniques du deuxième projet restent inconnues. Ni sa localisation, ni sa puissance, ni son calendrier n’ont encore été rendus publics.
La formule choisie par le président a immédiatement attiré l’attention. « Je veux vous confier un secret aujourd’hui : nous menons d’importants préparatifs pour la deuxième centrale », a déclaré Shavkat Mirziyoyev. C’est la première fois que le chef de l’État confirme aussi explicitement et publiquement la préparation d’un deuxième site nucléaire.
Mais derrière l’effet d’annonce se trouve un raisonnement économique très concret. Pour Shavkat Mirziyoyev, la disponibilité d’une électricité stable et suffisamment compétitive constitue désormais un élément de la politique d’attractivité du pays. « J’apporte mes investissements, mais quel sera le prix de l’électricité ? Quelles seront les garanties ? », a-t-il résumé en reprenant les interrogations des investisseurs. Le président estime que l’Ouzbékistan doit sécuriser son système énergétique pour tenir ses objectifs de développement à l’horizon 2030.
Ce lien entre énergie et investissement est particulièrement visible dans le Khorezm. La présidence ouzbèke indique que la cérémonie du 17 août s’est tenue dans un contexte de multiplication de projets industriels et d’infrastructures dans la région. L’électricité devient ainsi non seulement une question de sécurité énergétique, mais également un instrument de politique industrielle : il s’agit de garantir aux nouvelles usines, aux grands projets étrangers et aux zones économiques une alimentation suffisamment prévisible pour soutenir leur activité.
Le nucléaire prend, dans ce dispositif, une fonction différente de celle des seules capacités solaires, éoliennes ou hydrauliques. Tachkent cherche une production pilotable de grande puissance susceptible de compléter les renouvelables. Asia-Plus rapporte d’ailleurs que la trajectoire énergétique du pays prévoit l’apparition de 0,3 GW de capacités nucléaires en 2030, puis 2 GW en 2035 et 4 GW à l’horizon 2040. À ce dernier stade, l’atome occuperait une place sensiblement plus importante dans le bouquet électrique national.
Ouzbékistan : ce que l’on sait de la deuxième centrale nucléaire
Pour le deuxième projet, les informations s’arrêtent presque là. Le gouvernement n’a communiqué aucun emplacement, aucune configuration de réacteurs et aucune date de début des travaux. Il n’est donc pas possible, à ce stade, d’affirmer que cette future centrale reproduira le modèle technologique retenu dans la région de Djizak, ni qu’elle sera confiée au même partenaire industriel.
Cette prudence est essentielle car le mot « préparation » peut recouvrir de nombreuses étapes : choix de site, études environnementales, arbitrage sur la puissance, définition du modèle de financement, négociations industrielles ou préparation du cadre réglementaire. Les propos disponibles de Shavkat Mirziyoyev ne permettent pas encore de déterminer où se situe exactement le projet dans cette chaîne. Ils établissent toutefois un fait politique : Tachkent ne considère plus son premier chantier nucléaire comme une expérience isolée.
Le contraste avec le premier projet est frappant. Celui de Djizak est déjà techniquement beaucoup plus défini. Le complexe doit totaliser 2.110 MW. Il associe deux grands réacteurs VVER-1000 d’environ 1 000 MW chacun et deux petits réacteurs modulaires RITM-200N de 55 MW chacun. Cette combinaison vise à réunir sur un même site une production nucléaire de grande puissance et une génération modulaire.
Les estimations de production annuelle appellent toutefois à la prudence. Certains médias évoquent jusqu’à 17 milliards de kWh par an, tandis que d’autres placent le niveau plancher à 15,2 milliards. La puissance installée de 2.110 MW est cohérente entre les principales sources, mais le volume annuel attendu n’est donc pas présenté de manière identique. Plutôt que d’effacer cette différence, elle doit être considérée comme une variation des estimations disponibles à ce stade du projet.
Shavkat Mirziyoyev accélère un programme nucléaire déjà massif
Le calendrier de la première installation donne une idée de l’ampleur de l’engagement pris par l’Ouzbékistan. Le lancement technique du premier petit réacteur est annoncé pour octobre-novembre 2029. Le deuxième petit réacteur doit suivre environ six mois plus tard. Le premier grand bloc devrait entrer en service en 2033, puis l’ensemble du chantier être achevé entre 2034 et 2035.
La facture est tout aussi significative. La base de coût publiée pour cette première centrale ne dépasserait pas 9,5 milliards de dollars, ce qui représente environ 8,1 milliards d’euros après conversion au taux historique USD/EUR du 20 août 2026. Une part importante du financement doit être obtenue sous forme de crédits, notamment grâce à un financement russe à l’exportation.
La relation avec Moscou ne se limite pas au financement. Le chantier est associé à Rosatom et à son ingénierie nucléaire. Le groupe russe doit participer à l’approvisionnement en combustible, à la maintenance de la centrale ainsi qu’à la gestion des matières utilisées. Pour l’Ouzbékistan, l’entrée dans le nucléaire civil implique donc la création simultanée d’une infrastructure industrielle, d’une chaîne de compétences et d’un dispositif de sûreté pour une technologie qui engage le pays sur plusieurs décennies.
La préparation d’une deuxième centrale avant même la mise en service du premier réacteur montre à quel point l’ambition a changé d’échelle. Asia-Plus rappelle que la stratégie énergétique prévoit jusqu’à 4 GW de capacité nucléaire en 2040. Le premier complexe, avec ses 2,11 GW prévus, représenterait déjà une part substantielle de ce palier. L’hypothèse d’un deuxième projet s’inscrit donc dans une trajectoire de long terme plutôt que dans une décision isolée annoncée au gré d’une visite présidentielle.
Ouzbékistan : sûreté, déchets et dialogue avec le Kazakhstan
L’expansion de l’atome place parallèlement la sûreté nucléaire au premier plan. Le 21 août 2026, soit quelques jours après la déclaration de Shavkat Mirziyoyev, des délégations du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan se sont réunies à Tachkent pour aborder l’utilisation pacifique de l’énergie atomique, la sécurité nucléaire et radiologique, la protection de l’environnement et l’échange d’informations. Selon le gouvernement kazakhstanais, les discussions ont accordé une attention spécifique au suivi transfrontalier et à l’évaluation de l’impact environnemental des installations nucléaires.
Astana et Tachkent ont également souligné la nécessité d’échanger des informations en amont et de tenir des consultations régulières entre administrations compétentes. Ce point prend une importance croissante puisque les deux États développent désormais leurs propres programmes nucléaires. La question ne concerne donc plus uniquement la conception technique des centrales : elle touche aussi la coordination régionale en matière d’environnement, de radioprotection et de préparation aux risques.
Un deuxième dossier sensible apparaît en parallèle : celui des déchets radioactifs. Le Comité ouzbek chargé de la sécurité industrielle, radiologique et nucléaire vient de faire savoir que les capacités existantes du Centre républicain de stockage pourraient suffire encore quatre à cinq ans. Sur dix installations de stockage, quatre seraient déjà remplies, tandis que les autres afficheraient des niveaux de remplissage allant de 50% à 92%. Le pays compterait par ailleurs environ 2.500 sources radioactives exploitées par 176 entités.
À cet héritage contemporain s’ajoute celui de l’ancienne industrie de l’uranium. Plus de 57 millions de tonnes de déchets uranifères se seraient accumulées entre 1964 et 1994 sur le site de résidus GMZ-1. Entre 2023 et 2025, une subvention de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement de 9 millions d’euros a financé la réhabilitation de sites à Yangiabad et Charkesar. Dans ce contexte, le Parlement ouzbek examine un texte destiné à donner à la gestion des déchets radioactifs un cadre juridique spécifique couvrant leur production, leur traitement, leur transport, leur stockage et leur enfouissement.
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